Le chef de l’Etat a pris, dimanche dernier, en Conseil des ministres, de nouvelles mesures destinées à protéger les couches sociales les plus démunies et à améliorer le pouvoir d’achat des ménages. Toutes sont pratiquement conformes à ses annonces et promesses avant et après son élection à la tête du pays de soulager les couches les plus vulnérables de la société. Nombre d’entre elles restent soumises dans la durée au pari de réussir les réformes structurelles qu’il a déclaré mener énergiquement à partir de cette année.

Par Hakim Ould Mohamed
Le chef de l’Etat a pris, dimanche, de nouvelles mesures destinées à protéger les couches sociales les plus démunies et à améliorer le pouvoir d’achat des ménages.
Après les deux années de Covid-19, durant lesquelles les cours des biens alimentaires de base ont connu d’importantes flambées sur le marché mondial, le conflit opposant l’Ukraine à la Russie a contribué à son tour à renchérir les prix des matières premières et alimentaires, ce qui oblige les Etats à être plus vigilants pour éviter aux consommateurs les répercussions de ces hausses sur leur pouvoir d’achat.
De plus en plus de mesures sont prises par le gouvernement pour soulager le fardeau des prix des ménages, pris en tenaille entre une progression fulgurante des prix à la consommation et des salaires restés en berne depuis maintenant plusieurs années. Les premières mesures en faveur de l’amélioration du pouvoir d’achat ont été prises par la loi de finances 2022, plaidant au bénéfice d’une baisse de l’IRG-salaire et une hausse du point indiciaire, considéré comme une variable importante participant au calcul des rémunérations des fonctionnaires. Ces deux mesures sont destinées à réparer les dégâts des deux années de crise sanitaire sur le pouvoir d’achat des ménages. Viendront, ensuite, les dispositions du Conseil des ministres du 13 février dernier, lesquelles étaient destinées plutôt à amortir le choc de la hausse des prix des produits alimentaires de base sur les marchés mondiaux.
Lors de ce Conseil, le président de la République a ordonné le gel de l’ensemble des impôts et des taxes, notamment celles contenues dans la loi de finances 2022 sur certains produits alimentaires. Il avait également instruit son gouvernement à l’effet de prendre toutes les mesures et procédures visant à éviter aux citoyens l’impact de la flambée vertigineuse des prix dans les marchés internationaux durant l’année en cours jusqu’à leur stabilisation. L’Etat s’était engagé, également, à prendre en charge la différence des prix des produits destinés aux citoyens par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), compte tenu de l’augmentation des prix à l’international.

Hausse de l’inflation
Il était question également de renforcer davantage le contrôle sur les subventions dans le secteur de l’agriculture et de l’élevage de bétail pour une stabilité des prix au service des citoyens. En Algérie, comme partout à travers le monde, l’impact de la flambée des biens alimentaires de base s’est traduit par une hausse de l’indice des prix à la consommation ainsi que par un rebond net de l’inflation.
En février, l’Indice ONS des prix à la consommation a atteint 9%, alors que le taux d’inflation en glissement annuel a atteint 7,6%. Le pays renoue avec un niveau d’inflation inconnu depuis 2012, année durant laquelle le taux avait flirté dangereusement avec la barre des 10% avant que la Banque d’Algérie intervienne, l’année suivante, pour mener des opérations de désinflation. Evidemment, le contexte n’est pas le même. En 2012, le rebond de l’inflation était le résultat d’une hausse importante de la masse salariale des suites des rattrapages salariaux concédés aux travailleurs durant les années 2011 et 2012. Cependant, l’inflation de ces derniers mois tire plutôt sa source de la progression exponentielle des cours des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux ainsi que de la hausse de l’inflation dans les pays partenaires de l’Algérie. Ce pourquoi, le chef de l’Etat est revenu à la charge, ce dimanche, pour prendre de nouvelles mesures, destinées à protéger les couches sociales les plus démunies et à améliorer le pouvoir d’achat des ménages. La première catégorie concernée par les nouvelles mesures du chef de l’Etat est celle des retraités pour lesquels des revalorisations devraient intervenir dans les tout prochains jours. Le président a ainsi donné des instructions au gouvernement pour augmenter les pensions de retraite au titre des années 2021 et 2022, à raison d’une valorisation de 10% des pensions inférieures ou équivalant à 15 000 DA, de 5% des pensions comprises entre 15 000 DA à 20 000 DA, de 3% des pensions comprises entre 20 000 DA et 43 000 DA et de 2% pour les pensions de plus de 43 000 DA.

Soutien aux prix et aux agriculteurs
Au chapitre du soutien aux prix et à la production nationale, de nouvelles mesures ont été prises, dimanche, à l’effet de contenir l’impact de l’envolée des cours sur le marché mondial, tout en augmentant la contribution de l’Etat destinée aux agriculteurs. L’Etat s’est ainsi engagé à prendre en charge l’augmentation de la marge bénéficiaire de 1 DA/litre de lait pour les usines et 2 DA pour les distributeurs. D’autres dispositions ont concerné la filière céréalière et la production locale de légumineuses. Le président de la République a ordonné d’augmenter les prix d’achat des légumineuses auprès des agriculteurs, à raison de 3 000 DA pour les haricots et les lentilles et 2 000 DA pour les pois-chiches. Il est question également d’accorder l’exclusivité en matière d’importation des céréales à l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et d’œuvrer à porter le taux de rendement par hectare de blé à pas moins de 40 quintaux à travers l’intensification des recherches scientifiques et agronomiques et de recourir aux dernières technologies d’irrigation agricole, notamment en ce qui concerne les superficies de culture céréalière.
Pas d’autres choix que de développer et de diversifier l’offre domestique en biens alimentaires, alors que le monde fait face à un important choc des prix. Pour éviter que cette tempête laisse des stigmates sociaux, l’Exécutif s’affaire à paramétrer l’offre de sorte à ce que les prix à la production et à la consommation ne soient pas affectés par la conjoncture. Il y va de la protection du pouvoir d’achat des ménages et des petites et moyennes bourses, particulièrement malmenées par les hausses de ces derniers mois. Demeure la question de la régulation des marchés à laquelle d’autres mesures radicales doivent être prises dans les meilleurs délais. <