La diplomatie algérienne a célébré hier sa journée nationale, une occasion pour son ministre Ramtane Lamamra d’indiquer que l’une de ses principales orientations, à l’heure où son engagement au Sahel est de plus en plus manifeste, est de «renforcer les liens avec l’Afrique» et de défendre «les intérêts de la nation».

Par Nadir Kadi
Le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, a partagé hier certains des principaux «axes» de la diplomatie et la politique étrangères algériennes. Le ministre, qui participait à la célébration de la Journée nationale de la diplomatie, a en ce sens fait savoir que son secteur aura à cœur la défense des intérêts de la nation, la contribution à l’instauration de la sécurité et de la stabilité régionales ou encore le renforcement des liens avec l’Afrique qu’il a cité en premier avant d’évoquer le monde arabe, laissant supposer que le continent sera l’horizon stratégique pour la politique étrangère de l’Algérie dans les années à venir.
La priorité sera la défense de l’intérêt national partout où il sera en jeu, a déclaré le chef de la diplomatie qui revient de Rome où il a participé à un forum économique Italie-Afrique après une tournée continentale qui l’a mené d’Addis Abeba jusqu’à Bamako, capitale du Mali, vis-à-vis duquel l’Algérie joue une carte politique décisive à travers les efforts consentis pour faire aboutir l’ensemble des dispositions de l’Accord d’Alger de 2015. «Il est logique que l’activité diplomatique de notre pays soit axée au cours des années à venir sur la défense des intérêts de la nation, la contribution à l’instauration de la sécurité et de la stabilité régionales, au renforcement des liens avec l’Afrique et le monde arabe et à la promotion du partenariat et de la paix dans le monde», a encore souligné le ministre algérien des Affaires étrangères. Une déclaration qui intervient dans un contexte particulier, marqué par un rapprochement plus manifeste avec le Mali – indication selon laquelle on s’attend à un engagement plus important de la diplomatie algérienne au Sahel – et après la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc, le «coup de froid» entre Alger et Paris ou encore les «crises» sécuritaires aux frontières.
En effet, le ministre, pour qui la sécurité nationale «est intrinsèquement liée à la capacité de l’appareil diplomatique à anticiper les événements et à déceler les menaces extérieures», a insisté, rapporte l’APS, sur le rôle «capital et central» de la diplomatie algérienne «dans la stratégie de sécurité nationale (…) en veillant, aux côtés des services de sécurité, à la préservation de l’intégrité territoriale, de l’indépendance et de la souveraineté et de l’unité nationales». Evoquant dans cette même logique la question de la stabilité régionale, Ramtane Lamamra a rappelé, hier, le travail de la diplomatie algérienne en faveur du rétablissement de la sécurité et de la stabilité en Libye, déclarant que «la contribution de l’Algérie se manifeste à travers les efforts qu’elle n’a eu de cesse de consentir pour le rétablissement de la paix et de la stabilité en Libye. Outre le soutien au processus de dialogue national, notre pays a œuvré à la création et à l’activation du mécanisme des Etats voisins de la Libye».
Une action qui se poursuit, ajoute en substance R. Lamamra : «L’Algérie demeure attachée à l’intensification de la coordination et de la coopération pour faire aboutir le processus politique en cours dans ce pays frère, où nous souhaitons que les prochaines élections permettent effectivement de tourner la page de la crise.» Le ministre ajoute plus loin que «l’Algérie reste disposée à poursuivre ses efforts de soutien à nos frères et à leur permettre de tirer parti de son expérience en matière de réconciliation nationale». Un soutien clair proposé au voisin libyen qui rappelle les dernières déclarations du ministre des Affaires étrangères au sujet du Mali. R. Lamamra avait, en effet, déclaré mardi dernier depuis Bamako : «En tant que pays africain fortement attaché à notre indépendance nationale, nous nous tenons aux côtés du Mali frère et nous rappelons à qui veut bien nous entendre et entendre la voix de la raison que l’Afrique, qui est le berceau de l’humanité, est également le tombeau du colonialisme et du racisme, et la lutte de libération nationale du peuple algérien a contribué à l’accélération de cette histoire et nous en sommes très fiers.»
«En tant qu’Etat pivot, l’Algérie œuvre à l’instauration de la paix, de la sécurité, de la sécurité et au renforcement de la coopération», a souligné encore hier M. Lamamra. Le chef de la diplomatie n’a pas manqué de réaffirmer la solidarité constante de l’Algérie avec les peuples en lutte pour le recouvrement de leurs droits fondamentaux et leur autodétermination ainsi que son soutien inconditionnel au peuple palestinien et indéfectible au peuple sahraoui.
Quant aux relations diplomatiques entre Alger et Paris, en «crise» depuis la demande des autorités françaises d’accélérer les procédures d’expulsion des clandestins algériens, et plus encore, suite aux déclarations du Président français sur la question de la mémoire et de l’Histoire, ayant entraîné le rappel de l’ambassadeur algérien le 2 septembre, il est à signaler que Ramtane Lamamra a précisé jeudi à l’agence turque Anadolu : «Nous avons un long passé difficile et complexe avec la France (…) Nous avons toujours réussi à gérer nos relations de manière à préserver notre réputation, nos droits et notre souveraineté. Nous avons fait comprendre à tous nos partenaires, et en particulier la France, que l’Algérie n’accepte pas de compromettre sa dignité en échange de coopération (…) Nous n’accepterons aucune intervention dans les affaires intérieures, de surcroît la mise en doute de l’existence de notre nation avant la colonisation française.».
Pour rappel, la Journée nationale de la diplomatie célèbre la date du 8 octobre 1962. Jour où l’Algérie à officiellement rejoint les l’Organisation des Nations unies en tant qu’Etat indépendant. En ce sens, R. Lamamra a félicité hier les cadres du ministère à la demande du Président de la République «pour leur travail diplomatique continu au service de l’Algérie (…) et pour la construction de l’Algérie nouvelle». Le ministre, tout en rappelant l’histoire de la diplomatie algérienne, a par ailleurs insisté sur un élément nouveau, à savoir la «diplomatie économique», en déclarant que «le programme du gouvernement se base sur des mécanismes attribués au ministère des Affaires étrangères afin d’aboutir à des partenariats stratégiques capables d’ouvrir de nouveaux espaces à l’Algérie». Enfin, M. Lamamra a plaidé pour «l’établissement de passerelles de communication et de dialogue avec les enfants de la communauté algérienne à l’étranger». n