La réforme du mécanisme des subventions généralisées, un projet maintes fois ajourné pour des raisons inconnues, a été une nouvelle fois évoquée. Et c’est le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, qui en parle, s’exprimant, lundi, sur les ondes de la chaine I de la radio algérienne. Selon lui, la révision de la politique des subventions de l’Etat en vue de cibler les catégories sociales qui en ont le plus besoin interviendra au plus tard le deuxième semestre de 2021.
Il fait savoir ainsi à la même occasion qu’un calendrier de la mise en œuvre de cette réforme a été d’ores et déjà arrêté. Les conditions d’accès aux produits subventionnés ont été également identifiées, selon le ministre des Finances. Tout en rappelant que «la protection du pouvoir d’achat et le maintien du caractère social de l’Etat sont consacrées par la Constitution», le ministre des Finances a précisé que son secteur «a défini les critères ouvrant droit à ce soutien». Aymen Benabderrahmane a fait savoir, dans ce contexte, que l’enveloppe destinée au soutien au titre du budget 2021 avait été portée à 17 milliards de dollars, soit 1.960 milliards de dinars. «Il n’est pas normal que les catégories aisées acquièrent les produits subventionnés au même prix que les citoyens à faible revenu», a-t-il estimé relevant «une injustice» dans la répartition de ce soutien. «Nous œuvrons pour que le soutien de l’Etat profite aux citoyens qui en ont le plus besoin», a-t-il dit. Ce n’est pas la première fois qu’un ministre annonce l’intention du gouvernement d’aller vers un ciblage des subventions. Mais la situation financière et l’amenuisement des ressources financières plaide pour une réforme du système, décrié aussi bien par les économistes que par les institutions de l’Etat et de Bretton Woods. Cette volonté de réforme remonte à quelques années déjà, lorsque l’Office national des statistiques (ONS), dans une étude sur la consommation des ménages, rendue publique en 2011, avait jeté un pavé dans la marre, en annonçant que les ménages les plus aisés (10% les plus aisés) allouent pour le poste Transports et Communications vingt-neuf fois plus que les ménages les moins aisés (10% les moins aisés) et un peu plus que tout le reste de la population (90%). La wilaya d’Alger se taille une part substantielle de ces subventions, puisque les statistiques de l’ONS indiquaient qu’en 2012 la proportion d’immatriculations de cette wilaya était de 26%. Cela signifie, en un mot, que les subventions à l’énergie profitent aux ménages aisés plutôt qu’aux pauvres. C’est pourquoi, la révision progressive du dispositif des subventions entamée depuis 2015 a touché essentiellement les produits énergétiques, à savoir les carburants avec, au tableau, trois hausses depuis 2016, et l’électricité et le gaz dont les tarifs appliqués à la consommation moyenne et haute ont été révisés à deux reprises depuis 2016. Le gouvernement entend aller désormais vers un système ciblé qui prend en compte à la fois les besoins des familles en difficulté et l’impératif d’un assainissement des finances publiques. Le dispositif des subventions généralisées pèse pour près d’un quart dans le budget de l’État. Le soutien aux produits énergétiques, à savoir les carburants, l’électricité et le gaz, se taille la part du lion dans cette politique sociale volontariste, soit environ 15 milliards de dollars annuellement. Près de 5 milliards de dollars sont injectés en revanche sous forme de subventions à l’habitat et aux formules d’accès aux logements, tandis que les familles et les produits de base bénéficient d’un soutien annuel d’environ 4,5 milliards de dollars, la santé (3,2 milliards de dollars). Le gouvernement sait qu’une telle politique est désormais insoutenable pour le budget de l’État. D’où cette volonté de hâter la mise en œuvre de la réforme à laquelle ont participé des experts de la banque mondiale, faut-il le rappeler.