Dans une analyse publiée, hier, Care plaide ouvertement en faveur d’une dévaluation de
la monnaie nationale, soulignant qu’un dinar surévalué en cette période de crise aggraverait l’instabilité macroéconomique de l’Algérie.

Care fait, d’abord, un constat selon lequel les autorités économiques algériennes ont privilégié la recherche de la stabilité des prix au détriment de l’équilibre des relations économiques et commerciales avec le reste du monde. Autrement dit, elles ont choisi de garder un dinar surévalué, évitant ainsi de renchérir ainsi le coût des importations et le niveau des prix internes, mais acceptant du même coup de laisser dériver le déficit des échanges extérieurs, estiment ses experts. Précisant que «la surévaluation du dinar est bel et bien un choix de politique économique des autorités algériennes». Dans leurs tentatives de réguler le commerce extérieur, entamées depuis 2015, les pouvoirs publics ont privilégié les instruments administratifs plutôt que la dévaluation, «pourtant plus simple et plus efficace», estime Care. Contre les instruments administratifs qui ont montré leurs limites, Care défend l’option de la dévaluation du dinar, porteuse, selon ses experts, de plusieurs avantages. Le premier bénéfice attendu d’une dévaluation est celui du «rétablissement progressif des équilibres économiques extérieurs». Il s’agit, à ce titre, «de sortir de la situation intenable dans laquelle les politiques publiques adoptées jusque-là n’arrivent pas à contenir l’hémorragie des comptes extérieurs et donnent lieu à une érosion ininterrompue des réserves de change du pays». Outre le rétablissement des équilibres, Care estime que la dévaluation du dinar accroît sensiblement les recettes du budget de l’Etat. Pour étayer son argumentaire, le Think Tank estime qu’une «variation (dévaluation) de 1% du taux de change USD/DA correspond à un gain en monnaie nationale de 21,55 Mds de DA». «Toute dévaluation de 1% du taux de change du dinar au cours de l’année 2020 équivaut par ailleurs à un gain supplémentaire de 21,45 Mds de DA pour la Banque d’Algérie», indique Care. Plus explicite, l’association de réflexion autour de l’entreprise précise qu’au total, «chaque pourcentage de dévaluation de la valeur du dinar procure au Trésor public l’équivalent de 43 Mds de DA. Une dévaluation de 25% de la valeur du dinar conduirait à des recettes supplémentaires de 1 075 Mds de DA, soit l’équivalent de 54% du déficit budgétaire inscrit dans la Loi de finances complémentaire pour l’année 2020». Il s’agit par-dessus tout d’en finir avec la gestion bureaucratique du commerce extérieur au profit de leviers de politique monétaire plus efficaces et moins contraignants. Il était ainsi temps, pour les économistes de Care, de jeter les bases d’une politique commerciale extérieure cohérente et efficace. «En dépit de l’option clairement retenue en faveur de la stabilité des prix et au détriment de l’équilibre des comptes extérieurs du pays, les autorités algériennes ont sans doute réussi à ralentir le mouvement de dévaluation de la valeur externe du dinar, mais elles n’ont pas vraiment réussi à la contenir. Cette dérive du taux de change de la monnaie nationale se poursuit très visiblement au cours de cette année 2020 et est appelée à se poursuivre encore au cours des années qui viennent, tant que ne seront pas effectivement engagées les réformes profondes de tout un ensemble de politiques publiques consacrées à la gestion des échanges extérieurs, du budget de l’Etat, du système des subventions, des entreprises publiques, etc.», écrit Care. Pour ses experts, la dévaluation est inévitable compte tenu de l’état de détérioration des comptes publics et extérieurs, «le problème c’est d’aménager les conditions de son applicabilité effective». Par ailleurs, les économistes signataires de l’analyse estiment sur leur lancée que le recours massif à la planche à billet dès octobre 2017 a aggravé la surévaluation du dinar. n