Les casseroles que l’on attribue, à tort ou à raison, à Noureddine Bedoui commencent à faire du bruit. L’information faisant état de son audition, donnée au conditionnel, s’est confirmée. Bedoui a bien été auditionné dimanche par les enquêteurs de la Police judiciaire relevant de la wilaya de Constantine. Son interrogatoire a porté sur des faits liés à sa gestion durant l’exercice de ses fonctions de wali au niveau de la wilaya de Constantine.

Le ou les dossiers de Bedoui, cité dans plusieurs affaires, commencent à prendre de l’épaisseur. Bedoui a notamment été entendu dans des dossiers liés à la corruption sous différents gouvernements, dont le sien, le dernier de la période Bouteflika, avec un chevauchement sur la phase Bensalah.
Bedoui qui, dit-on, était en sursis après avoir remplacé Ouyahia à la tête du gouvernement, a néanmoins été convoqué à plusieurs reprises par la justice, surtout en tant que témoin dans des affaires diverses et des scandales. Son nom apparaît, ou plutôt celui de son fils, qui a bénéficié d’une «bourse» de 100 000 Euros, d’Air Algérie pour une formation à l’Académie de l’aviation d’Oxford. N’ayant pas le niveau requis, Réda Bedoui a été recalé puis remis à la disposition d’Air Algérie. Il sera, quand même, recruté par Tassili Airlines comme pilote, mais sans diplôme. C’était en avril 2019 et Bedoui était Premier ministre.
En mai 2020, l’ex-Premier ministre sera auditionné dans l’affaire de dilapidation du foncier à Tipasa au profit de Hamel, l’ex-DGSN et de son fils. La complexité du dossier fera qu’il soit subdivisé en quatre. Une affaire au Tribunal de Sidi-M’hamed et les trois autres dispatchées entre Blida, où il doit comparaître avec Noureddine Berrachdi, ancien Directeur général de la Sûreté de la wilaya d’Alger, et à Tipasa, avec l’ancien wali d’Alger Abdelkader Zoukh, et enfin à Boumerdès.
Il sera accusé aussi en mai 2020, en tant que ministre de l’Intérieur, d’avoir été un pion actif dans la confection des listes FLN pour la course aux postes de députés au même titre que Sellal, en tant que Premier ministre et Tayeb Louh comme ministre de la Justice. En mai de la même année, il sera cité et auditionné aussi dans l’affaire du financement du 5e mandat de Bouteflika. L’enquête révèlera l’existence d’un nombre très important de signatures incorrectes et d’usurpation d’identité. Beaucoup de personnes questionnées, et dont le nom figurait sur les colonnes des formulaires soutenant la candidature de Bouteflika, ont certifié ne jamais avoir apostillé ce document, d’autres ont exposé avoir été forcées à le faire. D’autres ont, en outre, été payées.
Durant ce mois d’octobre, plusieurs rumeurs ont circulé, non encore confirmées, sur la prochaine audition de Bedoui sur sa gestion du Premier ministère, en compagnie de Houda Faraoun, pour son passage sulfureux au ministère des Télécoms, et Djamila Tamazight, ministre de l’Industrie dans le gouvernement Bedoui aussi, pour son rôle présumé d’indus avantages au profit, notamment, de Laïd Benamor, propriétaire du complexe agroalimentaire éponyme.
L’audition de Bedoui à Constantine serait donc une suite logique, serions-nous tentés d’écrire, aux nombreuses citations à comparaître dans différents tribunaux du pays. L’ancien Premier ministre a été entendu sur des actes liés à son intendance durant l’exercice de ses fonctions de wali de la ville des Ponts, un exercice qui s’est étendu sur une période de trois années, de 2010 à 2013. «Le dossier de Constantine» sera transféré au niveau du pôle pénal du Tribunal de Sidi M’hamed dès l’achèvement de l’enquête préliminaire.
Bedoui a aussi été sévèrement taclé par le Premier ministre Abdelaziz Djerad pour avoir laissé des cadeaux empoisonnés à son exécutif, comme l’exploitation du gaz de schiste, des décisions d’engagement dépassant 1 000 milliards de dinars sans prévision des financements nécessaires, et autres lois votées à l’APN, dans la précipitation, sans doute pour «piéger» le nouveau gouvernement. D’ailleurs, et dans cette optique, Djerad avait proposé au président de la République «la préparation d’un projet de loi de finances complémentaire en vue de traiter les dysfonctionnements contenus dans la loi de finances 2020». Ce qui fut fait pour «réparer» les «errements et les incohérences» du dernier gouvernement de l’ère Bouteflika. n