Une avalanche de critiques s’abat, depuis quelques jours déjà, sur le gouvernement Djerad, dont l’action économique notamment est au centre d’une vive polémique, alors que les urgences de la crise supposent que l’on passe sans délais à la mise en place des réformes économiques et budgétaires en mesure de rétablir la viabilité des comptes publics. Le chef de l’Etat, lui-même auteur de critiques acerbes à l’encontre du gouvernement, pourrait envisager un remaniement de l’Exécutif dès son retour d’Allemagne.

L’absence de communication autour des nouveaux concessionnaires automobiles agréés a irrité le Premier ministre. Tout comme les membres de la haute chambre du Parlement. Tous ont décoché des flèches d’une rare violence à l’adresse du ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali. Mercredi, lors d’une réunion du gouvernement, Abdelaziz Djerad n’a pas hésité à enfoncer son ministre de l’Industrie, empêtré dans une vive controverse sur la communication des concessionnaires automobiles nouvellement agréés. Le Premier ministre l’a appelé à « veiller à l’exigence de transparence » dans le domaine du traitement des dossiers des concessionnaires pour l’importation et la vente de véhicules. Quelques jours après les critiques et rappels à l’ordre du chef de l’Etat, le mécontentement reste fort quant aux prestations de certains ministres du gouvernement. Et forcément, cela inquiète. Jeudi, le Premier ministre est revenu à la charge comme pour corriger le pas de danse raté de la veille, se mettant cette fois à sermonner l’ensemble de son gouvernement. Même si le ministre de l’Industrie a fauté, c’est la prestation de tout le gouvernement qui a fini par déplaire. Abdelaziz Djerad a appelé ses ministres, jeudi, à l’observation « stricte » d’un certain nombre de directives quant à l’élaboration des textes législatifs et réglementaires. En pleine polémique suscitée par le dossier automobile, se rapportant essentiellement à l’absence de communication des concessionnaires nouvellement agréés et la remise sur le tapis du projet d’importation des véhicules de moins de trois ans, le Premier ministre sort de son silence et tente de recadrer l’action de ses ministres. Sans pointer un doigt accusateur particulièrement sur l’un ou l’autre de ses ministres, Abdelaziz Djerad écrit : « Il m’a été donné de constater que certains projets de textes législatifs et réglementaires initiés par des départements ministériels, voire même ceux présentés en réunion du Gouvernement, manquent de maturation et de concertation intersectorielle, ce qui se répercute sur leur qualité, tant sur le plan de la forme que du fond, et amène le Gouvernement à demander leur réexamen, et parfois à les renvoyer pour développer une nouvelle approche du dispositif envisagé ». En taclant ainsi ses ministres au moyen d’un communiqué diffusé par ses services, Abdelaziz Djerad semble vouloir s’affranchir des contre-performances du gouvernement qui, il y a quelques jours, a fait l’objet de critiques pour le moins acerbes proférées par le chef de l’Etat.
Peu avant le décollage de son avion présidentiel en partance pour l’Allemagne, le président de la République a, dans une succincte déclaration, laissé entendre que les résultats du gouvernement étaient mitigés et dans son action, il y avait du « négatif et du positif ». Dans sa déclaration comme dans son regard, il y avait un mécontentement très lisible surtout lorsqu’il s’adressait au Premier ministre, Abdelaziz Djerad. Cette critique succédait à un premier réquisitoire prononcé en plein Conseil des ministres, le dernier en date. Le chef de l’Etat avait estimé que le bilan des performances ministérielles pour le précédent exercice était plutôt mitigé avec « du positif et du négatif ». C’est dire à quel point l’action du gouvernement fait grincer des dents. A commencer chez le Président de la République. Celui-ci, par ses déclarations, semble donner du grain à moudre à certains observateurs qui voient d’ores et déjà le début de la fin à l’actuelle équipe gouvernementale. D’autant plus que la situation économique et financière va en s’aggravant, nécessitant carrément un gouvernement de guerre. Plusieurs dossiers sont à régler urgemment, dont la mise en place de réformes économiques et d’ajustement budgétaire, afin de réduire les déficits, l’impératif de faire repartir la croissance, remettre les entreprises sur de nouvelles perspectives pour pouvoir absorber un chômage menaçant, reprendre les opérations d’assainissement des finances publiques, etc. C’est dire que la crise est bien plus sérieuse que la gestion du dossier des concessions automobiles et/ou de la distribution du lait en sachet… <