Au cœur d’une véritable polémique autour de l’enseignement de la langue tamazight pour l’année scolaire 2021-22, qui ne sera pas assuré dans le temps habituel, considérant que la matière est non essentielle, le ministère de l’Education nationale a tenté un exercice d’explication principalement technique qui gagnerait à être consolidé par des arguments solides.

Par NAZIM B.
La décision de faire de tamazight une matière secondaire dans l’enseignement marque un anachronisme par rapport au statut national et officiel de cette langue et des engagements de l’Etat pour sa promotion inscrits dans la Constitution. D’autant plus qu’il a été interpellé par les inspecteurs de la matière, mais aussi par le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) qui a demandé de surseoir à l’application de la circulaire-polémique de la tutelle. Une réunion est ainsi prévue entre le département d’Abdelhakim Belabed et le HCA dans les prochains jours afin d’examiner «les mesures nécessaires à prendre pour poursuivre le renforcement et la consécration de l’enseignement de tamazight conformément aux engagements de l’Etat».
A propos de la circulaire qui a suscité la désapprobation, le ministère a soutenu qu’il «n’était pas mentionné dans la circulaire l’enseignement de tamazight en dehors du volume horaire officiel». Le ministère a souligné dans sa réponse que ledit document «prévoit dans ses dispositions organisationnelles la poursuite de la scolarisation, en dépit des conditions exceptionnelles dictées par la crise sanitaire induite par la pandémie (Covid-19), à savoir la distanciation physique et le maintien du travail par groupes et l’alternance des groupes, les cours devant être dispensés au quotidien, soit la matinée ou l’après-midi». Sauf que, soutiennent des voix outrées par l’option du ministère, le dispositif sanitaire «ne peut justifier qu’une matière soit assurée en dehors des horaires officiels».

Le HCA demande de surseoir à l’application de la circulaire
Par ailleurs, et concernant les plans exceptionnels de scolarisation pour les lycées et collèges, le ministère a indiqué qu’il est entendu par «la programmation des cours de tamazight en dehors de la période d’enseignement par alternance de chaque groupe, son enseignement pendant une période exceptionnelle, le matin ou l’après-midi pendant les jours de cours». Pour le département de Belabed, les cours de tamazight ne seront pas dispensés en dehors du volume horaire officiel ou pendant le week-end, ce qui signifie que son enseignement n’obéit pas au principe d’alternance.
Dans ce qui s’apparente manifestement à une réponse à des voix qui ont vu dans cette affaire des intentions de reléguer l’enseignement de la langue tamazight au second plan, le ministère a indiqué qu’il «ne ménagera pas le moindre effort pour la promotion de tamazight qui est une langue nationale et officielle notamment après son introduction en tant qu’axe essentiel dans l’avant-projet du Plan d’action du Gouvernement».
Une voix au ministère de l’Education a souligné, hier, à Reporters qu’il «n’a jamais été question de remettre en cause l’enseignement de la langue amazigh», évoquant «des imprécisions» dans le contenu de la circulaire, ce qui a entraîné «diverses interprétations», selon la même source.
En attendant la suite que donnera la tutelle à cette affaire, il ne fait point de doute que le département semble prêt à revoir sa copie dans ce registre précis. C’est du moins, ce que suggère sa réponse à la montée au créneau du HCA. «Les deux parties ont convenu de tenir une rencontre de concertation dans les prochains jours pour examiner les voies de consécration d’un cadre de concertation permanent dans la sérénité et dans un esprit de dialogue constructif, en sus de la prise de mesures nécessaires pour poursuivre le renforcement et la consécration de l’enseignement de tamazight, conformément aux engagements de l’Etat», est-il écrit dans la réponse du ministère de l’Education nationale. A suivre…