La polémique sur la pénurie de médicaments en Algérie s’est poursuivie, hier, avec la déclaration du ministre de l’Industrie pharmaceutique qui a accusé les importateurs de produits pharmaceutiques ou, plus précisément, les «lobbies de l’importation» qui «essayent de semer le doute sur les produits fabriqués en Algérie».

Dans une déclaration à l’APS, le ministre précise que les produits cités comme étant «en rupture ont généralement leurs équivalents fabriqués localement», soulignant que les «lobbies de l’importation» préfèrent «les produits importés, considérant tout produit qui n’est pas importé comme étant en rupture, en dépit de la disponibilité de son générique».
Il cite en exemple l’anticoagulant «Lovenox» qui a fait couler beaucoup d’encre la semaine passée et nourri les polémiques sur les réseaux sociaux, en affirmant que ce médicament, qui fait partie du protocole thérapeutique contre le Covid-19, a son équivalent produit localement, en l’occurrence le «Varenox», «avec près de 200 000 boîtes/semaine par le laboratoire Frater-Razes, 100% algérien».
Tout en rappelant que l’anticoagulant importé était touché par une pénurie mondiale, le ministre de l’Industrie pharmaceutique persiste à dire que «l’Algérie dispose de 25 millions de seringues pré-remplies produites localement, ce qui nous rassure et nous conforte pour cette année et l’année prochaine». Il ajoute, tel qu’il avait déjà annoncé, il y a quelques jours, que la production du «Varenox» a été multipliée par cinq, ce qui «nous permet d’économiser 60 millions de dollars (d’importations)».
Fort de ce constat de la réduction de la facture d’importation, Lotfi Benbahmed estime que les déclarations sur les ruptures de certains médicaments vitaux ont été faites, selon lui, «de manière volontaire» dans l’objectif de «saper les efforts du ministère de l’Industrie pharmaceutique, qui est en train de mettre un plan d’action inédit pour l’Algérie, permettant de lutter contre la surfacturation (des importations) et d’assurer une croissance importante de la production nationale».
D’un point de vue financier, il précise que cette politique de production locale dérange ceux qu’il désigne comme «lobbies» car elle a permis de «révéler, à travers l’attestation de régulation, de nombreuses sociétés qui faisaient de la surfacturation jusqu’à 130 fois le prix du produit».
Pour rappel, le président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), Messaoud Belambri, avait récemment déclaré que plus de 300 médicaments étaient en rupture de stock au niveau des officines, mettant dans le même panier le ministère de l’Industrie pharmaceutique et les distributeurs en tant que responsables de cette situation. Les premiers à réagir sont les distributeurs à travers un communiqué de l’Association des distributeurs pharmaceutiques algériens (ADPHA) qui avaient affirmé, mercredi dernier, dans un communiqué, que la vraie raison de la rareté de certains médicaments en Algérie n’est autre que la forte propagation de la pandémie du coronavirus qui a engendré une augmentation significative de la demande de certains produits, en plus des perturbations dans l’approvisionnement du marché mondial des matières premières. L’ADPHA avait également précisé que la déclaration selon laquelle le nombre de médicaments manquants dépassait 300 était «exagérée» et que le nombre exact ne dépasse pas les 100 produits. Les distributeurs de médicament avaient aussi condamné les accusations injustifiées des syndicats d’officine à leur encontre, estimant que «les syndicats œuvrent pour leurs propres intérêts et non pas pour celui des malades».
Des tests PCR produits localement à 2,5 dollars
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique a également réaffirmé que les tests PCR et antigéniques, destinés au dépistage de la Covid-19, seront bientôt disponibles à des prix raisonnables grâce à leur production locale.
Il détaille à ce sujet que «les tests PCR étaient importés au début de la pandémie à 25 dollars, avant que ce prix ne soit réduit à 12 dollars grâce au concours de l’Armée nationale populaire (ANP). Aujourd’hui, avec les attestations de régulation, nous les importons entre 5 et 7 dollars. Ils seront fabriqués localement pour l’équivalent de 2,5 dollars. Ce qui nous laisse entrevoir une meilleure accessibilité à ces tests par la population».
Concernant les tests antigéniques, le ministre de l’industrie pharmaceutique déclare : «Nous les importons autour de 5 dollars/test, mais, une fois fabriqués localement, ils reviendront à 4 dollars/test. A ce prix, ils pourraient être disponibles pour 1 500 dinars ou 2 000 dinars/test au niveau des laboratoires ou, peut-être même, au niveau des pharmacies, comme cela se fait dans un certain nombre de pays dans le monde.» n