La polémique sur la pénurie de médicaments en Algérie revient sur le devant de la scène et prend l’allure d’un dialogue de sourds entre les syndicats des pharmaciens et les distributeurs de médicament, dont le nouveau rebondissement sont les déclarations, hier, du président du Syndicat national des pharmaciens d’officines (Snapo), Messaoud Belambri, suivies de la réplique des distributeurs des médicaments qui dénoncent une «campagne médiatique malveillante» à des fin syndicalistes.

En attendant l’arbitrage de la tutelle, le ministère de l’Industrie pharmaceutique, le bras de fer entre les syndicats des officines et les distributeurs de médicaments, s’est poursuivi, hier, avec Messaoud Belambri, président du Snapo, s’exprimant, hier, sur les ondes de la Chaîne I de la Radio nationale, où il affirme qu’ «actuellement, l’Algérie connaît sa plus grande pénurie de médicament de son histoire, avec un manque de plus de 300 médicaments».
Il précise que cette pénurie touche en plus des médicaments vitaux importés, les médicaments produits localement et même les plus basiques, à l’instar du paracétamol local qui est en rupture de stock dans la majorité des officines. Le président du Snapo ajoute que cette pénurie impacte le traitement thérapeutique de toutes les maladies dans tous les secteurs.
L‘ADPHA affirme que la pénurie touche 100 médicaments
Face à cette déclaration, l’Association des distributeurs pharmaceutiques algériens (ADPHA) réplique, dans un communiqué publié hier, que concernant la rareté des médicaments, et suite aux déclarations des deux syndicats des officines, selon laquelle le nombre de médicaments manquants dépasse 300, que «ce chiffre est une exagération, car le nombre exact de médicaments manquants ne dépasse pas 100 produits». Par ailleurs, interrogé sur les raisons de cette pénurie de médicaments, Messaoud Belambri estime, entre autres, que cela peut s’expliquer par «le manque de surveillance, de suivi, ainsi que de transparence en raison du manque de numérisation du secteur». Le président du Snapo a appelé à la nécessité de la mise en place par les autorités concernées d’une cellule de vigilance pour mener «des enquêtes sur le terrain afin de diagnostiquer le problème avec les distributeurs et de trouver des solutions».
L’ADPHA a également réfuté les accusations, dans le même communiqué, en soulignant que «la vraie raison de cette rareté est la forte propagation de la pandémie qui a engendré une augmentation significative de la demande de certains produits, d’une part, et à des perturbations dans l’approvisionnement du marché mondial des matières premières et des perturbations enregistrées dans les moyens de transport, d’autre part».
Les distributeurs de médicament se désolent d’être ainsi désignés comme les boucs émissaires de cette situation en précisant qu’«accuser les distributeurs d’être à l’origine de ce phénomène ou d’en avoir bénéficié porte un grand préjudice à leur égard»
L’ADPHA cible aussi à son tour les syndicats des officines en les accusant de contribuer à aggraver la situation de la rareté des médicaments actuelle en soulevant le fait que «la multiplication de ces déclarations malveillantes entraînera une augmentation de la crainte des citoyens, en particulier des personnes atteintes de maladies chroniques, du risque de perdre l’accès à leurs médicaments, ce qui les poussera à effectuer des stockages préventifs et à l’élargissement de ces pénuries à d’autres produits». Elle enfonce le clou en estimant que les syndicats œuvrent pour leurs propres intérêts et non pour celui des malades, en déclarant que «vouloir instrumentaliser la rupture de certains produits en lançant une campagne médiatique visant à atteindre des objectifs syndicaux en pleine pandémie et au détriment de la santé des citoyens, de la réputation des sociétés de distribution et de fabrication de médicaments, est un acte condamnable qui doit cesser et être plutôt remplacé par un dialogue responsable entre toutes les parties concernées sous le patronage du ministère de l’Industrie pharmaceutique.»

Des annonces dans l’attente d’actes efficaces
Pour rappel, il y a un mois, en pleine polémique de pénurie de traitement pour les cancéreux, en plus d’une centaine d’autres médicaments, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, s’était exprimé au sujet de la pénurie de certains médicaments, en expliquant notamment l’impact de la pandémie du Coronavirus sur la disponibilité de certains médicaments. Il avait ajouté que «pour les ruptures de médicaments, il y a des causes exogènes et endogènes», assurant que le ministère de l’Industrie pharmaceutique a pris «les mesures nécessaires pour la régulation du secteur et la disponibilité des médicaments».
Le constat est qu’un mois après cette sortie médiatique, le problème de la disponibilité des médicaments est toujours d’actualité. A ce sujet, le président du Snapo, tout en rappelant son optimiste quant à la création d’un ministère dédié à l’industrie pharmaceutique, créé par arrêté présidentiel et qui a reçu le pouvoir de signer des programmes d’importation et de promotion de l’industrie locale, a tenu à exprimer sa désillusion car «certes il y a pleines d’annonces, mais dans les faits, les résultats sont absents». Il rappelle à ce sujet que les responsables avaient annoncé qu’ «il n’y aura pas de pénurie de médicaments au cours du mois de septembre et jusqu’à la fin de cette année», mais «la réalité confirme le contraire». Concluant que «j’espère qu’il y aura une réaction rapide et forte pour résoudre ce problème, car le patient ne peut plus attendre pour se soigner». <