Le torchon brûle entre le ministère de l’Industrie pharmaceutique et le laboratoire danois Novo Nordisk Algérie. Après la montée au créneau du laboratoire danois contre ce qu’il a considéré comme des «allégations» du ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, le département de ce dernier a réagi hier dans des termes durs à l’égard du laboratoire danois.

PAR NAZIM BRAHIMI
Ce dernier a indiqué avant-hier (mardi) que c’est avec «stupéfaction» qu’il a pris connaissance en date du 27 avril 2022, d’une vidéo comportant des «allégations» du ministre de l’industrie pharmaceutique que le groupe «conteste vivement».
Dans sa réaction au communiqué de Novo Nordisk Algérie, le ministère de l’Industrie pharmaceutique déclare qu’il «se réserve le droit d’user de toutes les mesures et voies prévues par la législation et la réglementation en vigueur à l’encontre de toute personne physique ou morale qui useraient de diffamation de manipulation de l’opinion ou de lobbying contraires aux intérêts de l’économie nationale et de la préservation de la santé de nos concitoyens».
Pour le département de Lotfi Benbahmed, les termes de la communication du ministère de l’Industrie Pharmaceutique ne sauraient être définis «d’allégations» par une partie «de surcroît déclarée défaillante à de multiples niveaux», citant les griefs retenus contre le laboratoire danois.
Il est fait état dans ce registre de la mise en demeure notifiée par l’Inspection Générale du Ministère de l’Industrie Pharmaceutique en date du 31 janvier 2022 «suite à la rétention d’insuline», mesure accompagnée par des «convocations multiples de la Direction technique de Novo Nordisk par la Direction de la Régulation et la Direction de la veille stratégique l’enjoignant à déposer les programmes d’importation en 2021 et à les réaliser en 2022».
Le ministère de l’Industrie pharmaceutique a indiqué qu’afin de «s’assurer de l’approvisionnement du marché national, les programmes d’importation ont été soumis à Attestation de régulation, toutes signées une fois déposées», relevant que de «nombreux Procès-verbaux de l’Observatoire National sur la disponibilité attestant de phénomène de rétention et de tension persistante tel que relevé par les acteurs du marché».
Le ministère a mis aussi en avant les dénonciations officielles auprès de ses services de l’Association des Distributeurs Pharmaceutiques (ADPHA) sur «la vente concomitante systématique pratiquée par les services commerciaux dudit Laboratoire».
En ce qui concerne le projet de production, le ministère a rappelé que pour n’avoir pas respecté ses engagements en termes de production d’insuline en Algérie Novo Nordisk avait été interdit d’importation entre 2001 et 2003.
Echec de la joint-venture
Autre reproche fait à Novo Nordisk, le ministère a souligné qu’en 2012 Novo nordisk signe un contrat avec Saïdal pour produire les insulines Novo Nordisk dans l’unité où Saïdal produit de l’insuline (INSUDAL) en flacon depuis 2006. Or, non seulement plus aucune production d’insuline ne sera réalisée sur ce site, mais Novo Nordisk reprendra le marché PCH de Saïdal par de l’importation…
Faisant part également d’un mémorandum d’entente signé en 2019, pour une joint-venture Novo Nordisk /Saïdal pour une unité de production d’insuline à Boufarik, le ministère déplore qu’en 2022, soit «plus de 23 ans après ses premiers engagements, aucune production d’insuline n’a été réalisée par Novo Nordisk en Algérie».
Pourtant, regrette le département de Benbahmed, «l’Etat algérien a mis en place toutes les conditions pour la réussite de ce projet en joint-venture avec Saïdal notamment en accordant en concession à Novo Nordisk un terrain à Boufarik dans lequel celle-ci a réalisé uniquement une unité de montage de stylos servant à injecter l’insuline et toujours pas d’unité de production d’insuline».
Et au ministère de l’Industrie pharmaceutique de relever que les multiples réunions organisées entre les deux parties depuis 2020 et les différents rapports de Saïdal font ressortir des exigences de Novo Nordisk «économiquement et réglementairement inacceptables» par Saïdal notamment «en s’arrangeant une majorité absolue et en proposant à Saïdal une position de faire-valoir avec des parts minoritaires non bloquante vouant ainsi à l’échec cette joint-venture».
Le ministère a indiqué, dans sa réaction, avoir «relevé et opposé officiellement, en présence de Saidal, tous ces dépassements et incohérences au laboratoire qui ne peut en aucun cas déclarer sa ‘’stupéfaction’’», ajoutant qu’il lui a été exigé «d’approvisionner plus régulièrement le marché en application de son programme d’importation, d’instruire ses services commerciaux à l’effet d’interdire ses pratiques de vente concomitante et de rétention de produits et de clairement se déterminer sur sa volonté d’adhérer à la politique pharmaceutique nationale, notamment à travers une joint-venture équilibrée avec SAIDAL».
Novo Nordisk avait souligné dans son «droit de réponse» qu’il est «présent en Algérie depuis 86 ans» et qu’il «ne cesse de développer ses investissements, notamment industriels, avec deux sites de production», estimant que l’Algérie «est un des rares pays dans le monde à bénéficier d’un tel transfert de production de notre groupe». n