Ce n’est pas encore le temps de la paix, ni de l’accalmie entre le ministère de l’Industrie pharmaceutique et le SNAPO qui divergent, depuis plusieurs semaines, quant à la tutelle sous laquelle sera mise l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP).
Par déclarations et communiqués interposés, les deux parties se livrent une bataille dans laquelle le SNAPO refuse de faire machine arrière en défendant le principe que l’ANPP ne peut être affiliée qu’au ministère de la Santé. Or, un projet de texte la prévoit sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique.
«On nous accuse d’être contre les réformes engagées par le gouvernement et, par extension, contre la production locale. Or, rien de vrai dans tout cela», selon le président du SNAPO, Messaoud Belambri.
«La nuance est de taille. Nous sommes contre un texte qui a été préparé dans le secret, et c’est notre rôle et notre droit d’afficher nos positions par rapport à un texte qui doit être soumis à la discussion et à la concertation», a ajouté le même responsable.
Il s’agit manifestement d’une nouvelle riposte du SNAPO qui ne cesse d’exprimer son opposition au projet d’ordonnance qui prévoit de mettre l’ANPP sous la direction de l’industrie pharmaceutique.
«Alors que depuis des dizaines d’années, notre pays et tous les acteurs de la santé attendaient que cette agence soit installée et puisse commencer à travailler, on assiste à un coup de manœuvre extrêmement dangereux, visant à essayer de mettre cette agence sous la tutelle de l’industrie, au lieu de celui de la santé. C’est une tentative de passage en force dangereuse, qui suscite de nombreuses interrogations sur les véritables enjeux et motivations de cette manœuvre», avait écrit le SNAPO la semaine passée dans sa lettre ouverte au président Tebboune.
Selon le SNAPO, «mettre une Agence sanitaire sous la tutelle d’un secteur industriel entraînera inévitablement des situations de conflit d’intérêts. Une Agence sanitaire doit disposer d’une autonomie de décision sur le plan technique», estimant que «cette autonomie ne peut se concrétiser que par son placement sous la tutelle du secteur de la santé».
«Si l’Agence venait à être placée sous la tutelle de l’industrie, elle serait, directement ou indirectement, en situation de dépendance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques, et ce, avec induction systématique de conflits d’intérêts inévitables qui vont miner et corrompre notre système de santé», s’était indigné le SNAPO.
La position du SNAPO n’est cependant pas partagée par le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP).
«Contrairement à ce qui a pu être maladroitement déclaré, surtout au sujet d’une institution gouvernementale, ce nouveau dispositif permettra de réduire les conflits d’intérêts, séparant les praticiens de l’Industrie pharmaceutique et permettant, grâce à la numérisation une transparence dans la prise de décision et une traçabilité totale du circuit du produit pharmaceutique», avait estimé le CNOP visiblement favorable à la mise de l’ANPP sous la tutelle de l’industrie pharmaceutique. <