La situation de déséquilibre que vit le système de retraite constitue plus que jamais une préoccupation pour le gouvernement, un véritable boulet qui s’ajoute à l’héritage empoissonné de l’ère Bouteflika.

Le chef du gouvernement Abdelaziz Djerad n’a pas hésité à désigner un « système de retraite en quasi faillite » illustré par des « déficits cumulés qui ont atteint à fin 2019, 2 500 milliards de DA et dont le financement est assuré par des avances du Trésor».
Plus que le constat inquiétant, les prévisions sont alarmantes, car si le déficit enregistré par la Caisse nationale de retraite (CNR), au titre de l’année 2019, est de 601,11 milliards de DA, il « risque d’atteindre, à défaut de réformes structurelles du système, un montant de 1 093,4 milliards de DA à l’horizon 2030 ».
Pour y remédier, le chef de l’Exécutif a donné des instructions à l’effet de revoir le management des caisses de la sécurité sociale avec l’impératif d’introduire « davantage de transparence ». Il s’agit, selon l’instruction du Premier ministre, de recourir à la numérisation
« en modernisant leur mode de gestion afin de réduire les coûts de leur fonctionnement ».
M. Djerad, qui a présidé un Conseil interministériel consacré à l’examen du dossier relatif à la situation des Caisses de sécurité sociale et de retraite ainsi que les perspectives de leur redressement, a donné aussi l’orientation d’organiser l’examen annuel de la situation financière du système national de sécurité sociale par les deux chambres du Parlement au moyen d’un instrument juridique approprié et d’agir simultanément sur les deux axes de redressement suggérés. Le premier est censé porter sur « l’introduction des réformes paramétriques » et le second suggère un « recours aux sources additionnelles de financement ».
M. Djerad a expliqué, concernant les mesures alternatives de financement du système national de sécurité sociale, qu’il s’agira d’identifier « l’ensemble des domaines potentiels dont le segment du médicament, le tabac, l’alcool et autres produits nocifs à la santé, les taxes douanières et l’IRG ».
Il a appelé à associer les différents intervenants notamment les partenaires sociaux dans la définition des modalités pratiques de mise en œuvre des réformes préconisées du système national de sécurité sociale, de privilégier la démarche de mise en œuvre graduelle des mesures possibles de redressement en fixant les actions prioritaires, et de coordonner avec le secteur de l’industrie pour la concrétisation de l’opération de recouvrement des créances détenues sur les entreprises publiques. M. Djerad a ordonné également d’engager la révision de la composante actuelle des conseils d’administration des différentes caisses, de renforcer la fonction de contrôle et améliorer les modes de recouvrement des cotisations sociales et des créances, d’intensifier les actions de sensibilisation et de vulgarisation en faveur du recours au médicament générique et à la production nationale, et de relancer le dossier relatif à la contractualisation entre la sécurité sociale et les établissements publics de santé.
Déficit et incertitudes
L’aveu de la quasi-faillite du système national de retraite marque ainsi une rupture avec la promesse lancée, depuis 2015, par les chefs de gouvernement successifs de dépasser le déficit qui s’est fortement creusé. « A travers son budget social, le gouvernement a toujours aidé la CNR à assurer son équilibre, notamment à travers la prise en charge des compléments différentiels des pensions et d’allocations de retraites. En effet, le principe de calcul de pension ne permet pas souvent aux retraités, ayant eu de courtes carrières, d’avoir une pension décente », a noté à Reporters, Walid Merouani, chercheur au CREAD. Relevant que dans ce cas, le gouvernement intervient pour augmenter la pension au montant minimum qui est de 75%, le salaire national minimum garanti (SNMG), le chercheur a souligné qu’en plus des soutiens aux petites pensions, le gouvernement a souvent effectué des transferts sociaux en faveur de la CNR pour assurer son équilibre.
A l’évidence, ces solutions de soutien aux retraites sont assez efficaces sur le court terme dans le sens où elles permettent de rééquilibrer le système sans pénaliser le salarié (augmentation du taux de cotisation) ou le retraité (baisse du taux de remplacement ou augmentation de l’âge de départ à la retraite), explique le chercheur. Ce dernier a ajouté que sur le long terme, ces mesures sont incertaines pour la simple raison que le gouvernement puise ses avoirs, principalement, de la fiscalité pétrolière. Or, cette ressource n’est pas pérenne pour prendre en charge les déficits récurrents du système de retraite.
Quelle parade ainsi devant le déficit qui va s’accentuer en temps de rareté des recettes pétrolières ? L’Exécutif évoque un recours à des taxes et à des impôts. Ce qui est loin de constituer une réponse pérenne… <