Si le déficit pluviométrique tel qu’enregistré ces dernières semaines venait à se prolonger, c’est un bon nombre de barrages du pays qui pourraient connaître des seuils critiques de remplissage. Un scénario qui pousse à l’inquiétude et auquel il faudra se préparer.
On se rappelle qu’en date du 25 janvier dernier, l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT) avait révélé, dans un rapport, que le taux moyen de remplissage des ouvrages hydrauliques en exploitation à travers le territoire national a atteint 44,60%. Un pourcentage nettement inférieur car nous sommes à la fin de l’hiver, saison synonyme d’apport en eau supplémentaire par l’effet d’un ciel plus clément en matière de pluviométrie. Mais cela n’a été guère le cas cette fois.
En effet, dans ce registre, il est utile de rappeler que les apports des épisodes pluviométriques qu’ont connus plusieurs wilayas du pays durant la période du 20 novembre 2020 au 25 janvier 2021 ont été très en deçà des données statiques par année répertoriées par l’Office national de la météo (ONM). Autrement dit, c’est durant cette période que les pluies sont d’un apport considérable à l’état de la réserve des barrages du pays. Ce qui n’est pas le cas cette année. Pis encore, dans certaines régions du pays et, particulièrement, à l’Ouest où le déficit pluviométrique est criant au point que certains barrages implantés dans cette partie sont à la veille de connaître des seuils critiques de remplissage si d’ici fin mars les précipitations ne sont pas de retour.
Une hypothèse qui ne saurait tenir la route compte tenu que le pays n’enregistre pas d’importantes pluies dans l’intervalle des mois de mars et avril. C’est du moins ce qui a été constaté ces deux dernières décennies. En clair, les pronostics vont en contresens de cette éventualité. C’est ce que s’accordent à souligner nos experts en prévision météorologique. Ces derniers ne cachent pas leur scepticisme quant à voir la moyenne actuelle de remplissage de nos barrages en exploitation se hisser quelque peu par rapport à la moyenne établie le 25 janvier dernier. « Dans le meilleur des cas, on peut espérer une moyenne de 50 % avec bien sûr des disparités importantes selon que le barrage est dans une région où le stress hydrique est devenu une réalité que d’aucun ne saurait désapprouver », nous a indiqué un cadre qui a tenu à garder l’anonymat. Une autre source concordante nous a affirmé que tout va se jouer en mars-avril. « Si les pluies sont au rendez-vous, la gestion de l’AEP sera moins difficile à traiter, mais dans le cas contraire, il faudra mettre en place toute une série de mesures afin de ne pas trop impacter la distribution de l’AEP, du moins dans les villes de l’intérieur du pays, car dans les villes côtières elles restent alimentées en grande partie à partir des grandes stations de dessalement d’eau de mer », a-t-on appris du côté l’Algérienne des eaux.
Toujours dans ce même ordre d’idées, il importe de savoir qu’au niveau de certaines régions, où la culture maraîchère est très développée et où l’arrosage au quotidien est indispensable, l’eau risque de ne pas être assurée selon les besoins des exploitants agricoles. Dans certaines zones agricoles qui risquent d’être affectées par une insuffisance d’irrigation à partir des barrages proches, la tension chez les exploitants a monté d’un cran. Une situation qui n’a pas manqué d’être soulevée lors de la dernière rencontre des cadres du secteur de l’agriculture qui s’est tenue jeudi dernier, présidée par le ministre du secteur. Certains directeurs des services agricoles de wilaya (DSA), où dans leur wilaya de compétence le stress hydrique commence à se poser avec acuité, ont suggéré à cette même occasion que l’ANBT opère des lâchers dans les barrages implantés dans les régions agricoles à forte dépendance de la pluviométrie qui se fait désirer. Un DSA disant même que « la campagne agricole dans sa wilaya risque d’être compromise si des lâchers ne sont pas opérés ».
On retiendra enfin que tous les espoirs sont portés vers l’observation d’une abondante précipitation sur la totalité de la frange nord du pays. C’est à cette condition que l’impact négatif du stress hydrique sur l’AEP et l’irrigation des terres agricoles peut être moindre. n