PAR MILINA KOUACI
Les conditions socioprofessionnelles des travailleurs secouent à nouveau le front social, plus que jamais en ébullition au vu des nombreuses catégories professionnelles qui maintiennent la pression.
Les enseignants, les paramédicaux, ont effet, paralysé la semaine en cours leurs secteurs respectifs, tandis que les fonctionnaires des impôts menacent d’observer un arrêt de travail si les restrictions sur l’exercice syndical ne sont pas levées.
A moins que les ministères de tutelle ne convainquent ces organisations syndicales à surseoir à leurs actions, les grévistes comptent reconduire leurs mouvements jusqu’à satisfaction de leurs revendications socioprofessionnelles.
A l’heure actuelle, où le bilan des contaminations au coronavirus repart à la hausse, les paramédicaux ont observé, hier, le deuxième jour d’une grève nationale de deux jours. Le Syndicat algérien des paramédicaux (SAP) compte reconduire sa grève le mois prochain si le ministère ne tient pas à ses engagements et ne concrétise pas les revendications du corps paramédical.
Cette corporation de 40 000 adhérents estime qu’elle était «contrainte« de reprendre le chemin de la contestation pour faire aboutir ses revendications. Il s’agit en particulier de la révision des statuts particuliers des paramédicaux, de réhabiliter la corporation paramédicale, ainsi que le versement des 5e et 6e tranches de la prime de Covid-19. Ce syndicat menace de renouer avec la grève après les échéances locales, si aucune évolution n’est enregistrée dans leurs dossiers.
S’agissant du Syndicat autonome des fonctionnaires des impôts (Safi), il a suspendu un sit-in de protestation nationale qu’il devait observer dimanche dernier devant la Direction des impôts de Khenchla. Le Directeur régional des impôts de Constantine a invité le syndicat à une réunion de travail afin de débattre des revendications soulevées. Le bureau national du Safi a ainsi décidé de surseoir à son action, dans l’espoir que la réunion sera concluante. Les fonctionnaires des impôts dénoncent les agissements du directeur par intérim de la direction de la wilaya de Khenchela qui «exerce une pression contre les travailleurs, notamment ceux qui dénoncent la dégradation que connaît la direction depuis sa prise de fonction«.
Dans le secteur de l’Education, le Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’Education (Cnapeste) a entamé, hier, la troisième semaine de grève cyclique de deux jours. Il a également annoncé une grève nationale les 21 et 22 du mois en cours. Le deuxième jour de la grève sera appuyé par des actions de protestations devant les directions de l’Education de chaque wilaya. «Ce sont des actions décidées en raison de l’aggravation de la crise sociale, des conditions de vie et la détérioration continue du pouvoir d’achat«, écrit le syndicat dans un communiqué rendu public.
Cette formation syndicale accuse clairement les pouvoirs publics et le ministère de tutelle «d’ignorer« les préoccupations et revendications socioprofessionnelles et de «cibler les droits et acquis sociaux«. Le syndicat, qui tient toujours à sa décision de boycott des activités administratives, revendique principalement l’amélioration du pouvoir d’achat, l’augmentation des salaires, de la promotion de son statut matériel et moral, et le rétablissement de la retraite anticipée.
Pour sa part, le chargé de la communication au ministère de l’Education nationale a indiqué, hier, que la grève observée par le Cnapeste a connu une faible adhésion qu’il situe à 2, 3 %.
Dans une déclaration à Reporters, le responsable a affirmé que le taux de suivi de la grève ce mardi était de 2, 3%.
De son côté, l’Organisation algérienne des professeurs de l’Education (Oape) a appelé à une action de protestation nationale, mais qui sera décidée en concertation avec les autres syndicats du secteur, indique l’Oape dans un communiqué rendu public. Ce syndicat appelle le gouvernement à augmenter le point indiciaire à 100 DA et d’augmenter en urgence la prime de l’indemnité de soutien scolaire et remédiation pédagogique (ISSRP) servie mensuellement au taux de 15 à 60%.
Il demande de rétablir la retraite anticipée, d’appliquer avec effet rétroactif le décret présidentiel 266/14 fixant la grille indiciaire des traitements et le régime de rémunération des fonctionnaires et de reclasser les enseignants du secondaire, du moyen et du primaire au même grade de base et de réduire le volume horaire dans les trois cycles.
L’Oape demande sur un autre volet, au président de la République, d’instituer une loi criminalisant les agressions contre le personnel enseignant.

BELABED : «En passe de concrétiser les décisions du Président«
Le ministre de l’Education nationale, Abdelhakim Belabed, a tenu à rassurer le personnel du secteur que ses services travaillent avec «détermination« pour répondre aux revendications du partenaire social.
A l’occasion d’une rencontre bilatérale consacrée à la révision du statut particulier du personnel du secteur, le ministre a indiqué que son département travaille «sans relâche pour surmonter les difficultés et résoudre les problèmes du secteur« conformément aux lois en vigueur, et ce, en application des instructions du Président de la République.
Il rappelle qu’il s’est engagé, le 9 août, lors d’une réunion de travail avec l’ensemble des syndicats du secteur afin d’organiser des rencontres bilatérales pour se rapprocher et écouter le partenaire social et ses préoccupations. «Nous travaillons avec une grande détermination et sans relâche pour prendre en charge et solutionner tous les problèmes du secteur«, a dit le ministre. Il a indiqué que le gouvernement est en passe de concrétiser les décisions du président concernant l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens, y compris ceux de l’Education«.
Il ajoute que «le secteur de l’Education nationale est un secteur sensible, stratégique qui compte un grand nombre de fonctionnaires. Un secteur auquel l’Etat accorde beaucoup d’intérêt et d’attention«.
Abdelhakim Belabed insiste à souligner que le secteur de l’Education travaille dans le cadre du gouvernement pour assurer la «stabilité et la quiétude« et prendre en charge tous les dossiers qui lui sont soumis conformément aux lois en vigueur.