Les opérateurs de la filière lait sont toujours dans l’attente d’une note officielle de la levée des blocages sur l’importation du lait infantile, des laits spéciaux pour nourrisson et de la poudre de lait, plusieurs jours après l’annonce d’une source du ministère de l’Agriculture sur la levée du gel de l’importation de la poudre de lait et sur la lenteur importante dans le traitement des demandes de dérogation des dossiers sanitaires à l’importation (DSI).

Par Sihem Bounabi
A ce sujet, Ali Hamani, président de l’Association des producteurs algériens de boissons (Apab), nous a déclaré, hier : «Certes, on a eu des échos du ministère de l’Agriculture que la situation va être débloquée, mais, pour le moment, aucune note officielle ne l’a confirmé. On nous avait annoncé que ce sera débloqué au plus tard ce dimanche, mais concrètement, sur le terrain c’est toujours bloqué.» Il enchaîne : «On espère que cela va se faire rapidement, car plus vite il y aura la note officielle pour délivrer les DSI et les autorisations d’importation et le temps que la BEF donne les autorisations pour permettre aux banques de domicilier, plus vite cela permettra d’éviter toute rupture de stocks.» Ali Hamani affirme dans ce sillage que «la véritable urgence est celle d’éviter la rupture de stock et donc la pénurie ainsi que la spéculation sur le lait infantile qui est un aliment très sensible destiné aux bébés et aux nourrissons».
Face à cette situation qui perdure malgré l’annonce du ministère de l’Agriculture, le président de l’Apab souligne qu’«il faut que les responsables soient conscients que plus ils retardent la levée des blocages, plus les prix vont flamber à l’importation et, par ricochet, affaiblir encore plus le pouvoir d’achat des citoyens algériens, car l’ensemble des opérateurs seront en forte demande sur le marché en même temps». Ajoutant que l’«on ne comprend pas pourquoi la levée des blocages met autant de temps ? D’autant plus qu’il faut ensuite prendre en compte les délais d’approvisionnement, soit le temps de trouver les containers, de passer les commandes, de fabriquer et même d’étiqueter, car nous avons nos propres spécificités. Tout cela prend du temps… Et plus les blocages perdurent, plus il y aura un impact sur la disponibilité du lait infantile, des laits spéciaux pour bébé et des autres produits laitiers sur le marché».
Il se désole ainsi que «plus on retarde, plus il y aura un problème quant à la disponibilité des produits. Cette attente coûte de plus en plus cher socialement parlant car elle risque de créer de fortes tensions sur la disponibilité des produits, d’une part, pour les importateurs en termes de délais d’approvisionnement et sans compter les spéculateurs».
Une aubaine pour les spéculateurs
Justement en termes de spéculations, plusieurs opérateurs de la filière lait dénoncent déjà la flambée des prix au niveau de Oued Semmar, où la poudre de lait a déjà augmenté de plus de 10% et certains fromages connaissent une augmentation jusqu’à 50 %.
Exaspéré par les blocages qui perdurent, un opérateur de la filière nous confie : «Sincèrement, on ne comprend pas la logique de ces blocages, est-ce l’insouciance, de l’incompétence ou est-ce volontaire pour gagner du temps et réduire la facture d’importation de quelques dollars ?»
Il explique également que l’une des conséquence de ces blocages est qu’à l’international les clients algériens risquent de perdre les contrats qu’il ont réussis à négocier à de très bons prix à cause du dépassement des délais», précisant qu’«il faut savoir qu’il y a déjà une flambée des prix à l’international entre 15% et 30 % à cause de la forte demande chinoise sur la poudre de lait qui a augmenté ces derniers mois».

Flambée des prix à l’international
Dans ce contexte, il nous annonce que, malheureusement, d’ici deux ou trois jours, si la situation perdure certains producteurs locaux seront contraints de mettre une partie de leurs employés au chômage partiel car ils n’auront plus les moyens de suivre la cadence de la pression actuelle qui pèse sur toute la filière et faute de matière première qui est la poudre de lait.
Pour rappel, suite à l’interdiction de l’importation de la poudre de lait par une instruction verbale de la Direction des services vétérinaires ainsi que la lenteur importante dans le traitement des demandes de dérogation des dossiers sanitaires à l’importation (DSI), par rapport aux délais habituels, l’Association des producteurs algériens de boissons (Apab), la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) et la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA) ont alerté, dans un courrier officiel, le Premier ministre et le ministre du Commerce sur les conséquences d’une telles décisions sur les risques de tensions sur la disponibilité du lait et les produits laitiers et surtout de ruptures de stock de lait infantile et de lait pour nourrisson dans les prochaines semaines.
Suite à cette alerte, une source au ministère de l’Agriculture avait annoncé, mardi dernier, la levée du gel sur l’importation de la poudre de lait et surtout les déblocages de la situation par rapport au lait infantile et lait spécial pour nourrisson qui ne sont pas fabriqués en Algérie. Au moment où nous mettions sous presse, aucune note officielle n’a été encore envoyée à la direction concernée pour la levée du gel sur les importations malgré les nombreuses alertes des opérateurs de la filière.