C’est un mois de septembre très agité qui s’annonce au niveau des tribunaux avec au programme l’audition de plusieurs anciennes figures du règne d’Abdelaziz Bouteflika. Il s’agit notamment du procès des frères Kouninef dans lequel sont cités, comme témoins, les deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que de celui qui concerne les deux anciens ministres de la Solidarité nationale, Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat.
Le premier procès, qui devait se déroulé hier au niveau du parquet de Sidi M’hamed, a été reporté au 2 septembre prochain, alors que le deuxième, également prévu hier, a été renvoyé au 9 septembre.
En plus des deux Premiers ministres, d’autres noms sont cités comme témoins dans l’affaire des frères Kouninef, dont les anciens ministres Abdessalem Bouchouareb (en fuite), Amar Tou, Houda Imene Feraoun, Hocine Necib, Mohamed Loukal (en tant que P-DG de la BNA) et deux autres ministres en fonction, Mohamed Arkab (ministre de l’Energie), en tant que responsable de la Compagnie de l’engineering de l’électricité et du gaz et de Sonelgaz, et Arezki Berraki (des Ressources en eau) en tant que directeur général des barrages et des transferts.
Sont également concernés par cette affaire, trois anciens walis d’Alger, Abdelkader Zoukh, Bachir Far et Ali Bedrissi, qui bénéficient de la procédure de privilège de juridiction.
Les trois walis sont cités en tant que témoins dans la mesure où depuis la transmission du dossier à la Cour suprême, par le parquet d’Alger, en juillet 2019, les auditions n’ont pas été engagées.
Les frères Kouninef sont poursuivis pour «blanchiment d’argent», «transfert illicite de devises à l’étranger», «obtention de marchés publics et de crédits bancaires en violation avec la réglementation», «financement occulte de la campagne électorale du Président déchu pour un 5e mandat», option avortée par le mouvement populaire du 22 février 2019.
Les chefs d’inculpation énoncent aussi «trafic d’influence», «incitation d’agents publics pour bénéficier d’indus avantages», «dilapidation de deniers publics», «passation de marchés en violation du code des marchés publics», «abus de fonction»…
Par ailleurs, le tribunal de Sidi M’hamed devra se pencher, le 9 septembre prochain, sur l’affaire impliquant Djamel Ould Abbès, Saïd Barkat et une vingtaine de prévenus dans le cadre de détournement de fonds du département de la solidarité.
Placé en détention préventive depuis le 7 juillet 2019, l’ancien secrétaire général du FLN est poursuivi pour des motifs de «corruption», «dilapidation de deniers publics», «mauvais usage de la fonction» et «signature de contrats en violation de la réglementation», alors qu’il était ministre de la Solidarité nationale entre 2000 et 2003.
Dans les péripéties de la détention d’Ould Abbès, l’on apprend que l’avocat Farouk Ksentini avait demandé la mise en liberté provisoire de son client en faisant valoir notamment son âge avancé et son état de santé. La demande a été rejetée par le tribunal.
Une autre affaire est aussi programmée le 2 septembre, à savoir le procès de l’ancien député du parti du Front de libération nationale (FLN), Baha Eddine Tliba, qui été reporté la semaine écoulée par le tribunal de Sidi M’hamed. Le report du procès a été expliqué par l’absence de témoins.
Baha Eddine Tliba, qui a été placé sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach en octobre 2019, est accusé notamment de «blanchiment d’argent et financement occulte de partis politiques» et «achat de voix lors des élections législatives de 2017». En septembre 2019, l’Assemblée populaire nationale (APN) avait voté, lors d’une séance à huis clos, la levée de l’immunité parlementaire de Baha Eddine Tliba, suite à une demande du ministre de la Justice, garde des Sceaux.
Mais avant le mois de septembre, les juges auront déjà à traiter l’affaire dite de «madame Maya» prévue le 26 aout au tribunal de Cheraga.
Il s’agit de deux affaires dans lesquelles est impliquée «Madame Maya», cette mystérieuse femme d’affaires qui a bâti une fortune colossale grâce à sa réputation de «fille cachée du Président» et les réseaux qu’elle avait tissés avec des cercles de la décision.
La première concerne deux ex-ministres, Abdelghani Zaalane et Mohamed Ghazi, ainsi qu’un ex-député, poursuivis par la Cour suprême.
La seconde affaire concerne neuf prévenus dont «Madame Maya», ses deux filles, le fils de Mohamed Ghazi et Abdelghani Hamel, tous poursuivis pour «blanchiment d’argent», «trafic d’influence», «octroi d’indus avantages», «dilapidation de deniers publics», «incitation d’agents publics pour l’octroi d’indus avantages» et «transfert illicite de devises vers l’étranger»… <