Même si elles abordent différemment l’embarrassante question relative à la fermeture ou pas des établissements scolaires à cause de la recrudescence des cas de contaminations, les organisations syndicales du secteur convergent sur la nécessité de réunir tous les moyens nécessaires de nature à prémunir l’école de cette pandémie et permettre le suivi des cours.

Les syndicats ne cessent pas en effet d’évoquer «un manque flagrant» dans les moyens mis à la disposition des établissements en matière de protection sanitaire, notamment dans certaines régions du pays où un constat de déficit en moyens a été établi dès les premiers jours de la rentrée du cycle primaire qui a eu lieu le 21 octobre dernier.
Près d’un mois plus tard, les choses ne semblent pas avoir changé significativement, d’où l’insistance des organisations syndicales à réclamer des moyens pour accompagner cette rentrée qui intervient dans un contexte pandémique préoccupant.
C’est dans ce contexte justement que des voix s’élèvent de plus en plus pour réclamer la fermeture des écoles vu que les contaminations au coronavirus repartent à la hausse, craignant ainsi que ces établissements deviennent des «clusters» ou des «foyers de contaminations».
Le Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE) suspend, dans ce sens, le maintien de la scolarité des élèves à la nécessité de la mise à la disposition des établissements tous les moyens qu’exige le contexte sanitaire.
Pour cette organisation syndicale, il faut prendre les mesures adéquates en «fermant complètement les établissements scolaires dans le cas où la situation sanitaire continuerait à s’aggraver» et que le nombre de cas de contamination persisterait dans l’augmentation jusqu’à ce que la situation soit maîtrisée et que toutes les conditions appropriées soient réunies pour réduire la transmission de l’infection dans le milieu scolaire.
Le même syndicat relève ce qu’il qualifie d’une «contradiction» entre les décisions du ministère de tutelle et le manque flagrant de moyens et de procédures aménagés pour réussir l’application du protocole sanitaire élaboré par la tutelle et approuvé par le comité scientifique de suivi de l’évolution de coronavirus dans le pays.
Le SNTE reproche particulièrement aux autorités, «la réduction» du budget de fonctionnement des établissements du collège et du lycée et du «déficit financier des assemblées communales» qui gèrent les écoles primaires.
Contrairement au SNTE, le Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’Éducation (CNAPESTE) se dit contre la fermeture des établissements scolaires, sous réserve que les autorités compétentes fournissent les moyens humains et matériels nécessaires aux écoles afin de pouvoir lutter efficacement contre l’épidémie, en appelant à instaurer la «coordination sectorielle» au niveau des wilayas. Pour cette organisation syndicale, «la situation sanitaire exceptionnelle constitue une menace à la vie de la communauté éducative en raison du manque flagrant des moyens humains et matériels nécessaires pour faire face à l’épidémie».
Le CNAPESTE réitère dès lors son appel à l’adresse des pouvoirs publics pour accompagner les établissements en moyens nécessaires dans ce contexte épidémique, alertant sur un probable «impact psychologique négatif de la situation sur le personnel d’encadrement».
Pour rappel, vendredi dernier, le professeur Mohamed Belhocine, président de la Cellule d’investigation et de suivi des enquêtes épidémiologiques estime que la fermeture des écoles à l’heure actuelle n’est pas une alternative à proposer.
L’école à ses yeux ne pourrait être fermée qu’en cas d’évolution de la situation sanitaire qui nécessiterait un confinement général. Sinon pour le moment, M. Belhocine trouve qu’il n’est pas question de «sacrifier l’éducation d’une génération entière d’élèves, simplement parce qu’il y a une flambée épidémique».
Quant au ministère de l’Education nationale, il a installé pour sa part, avec le département de la Santé, des commissions mixtes, chargées du suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19 dans le secteur de l’éducation au niveau central et local. Ces commissions mixtes ont décidé de «suspendre automatiquement la scolarité» au niveau des établissements qui ont enregistré un nombre de 4 cas de coronavirus pendant 15 jours.
Les enseignants du primaire passent à l’action
De son côté, la Coordination nationale des enseignants du cycle primaire a préféré passer à l’action en optant pour l’organisation aujourd’hui d’une protestation dans les établissements scolaires, afin de demander l’application rigoureuse du protocole sanitaire et la préservation de la santé des élèves et du personnel enseignant.
«La coordination suit avec beaucoup d’intérêt l’évolution et la situation des établissements scolaires et du secteur dans ce contexte de propagation du coronavirus dans plusieurs écoles à travers le territoire national», est-il écrit dans un communiqué que l’organisation a rendu public.
La coordination, qui dit faire un constat de «contradiction et d’opacité» entre ce qui est édicté dans le protocole sanitaire et les défaillances constatées sur le terrain, exige de lever «l’ambiguïté» sur plusieurs dossiers, reprochant à la tutelle d’adopter une politique de «bricolage et de mutisme», alors qu’il y a un impératif de trouver des solutions «urgentes et immédiates aux préoccupations soulevées», par l’ensemble du corps enseignant. n