A l’occasion du deuxième panel, organisé dans le cadre du Salon Expofinances 2017, en marge de la Foire de la production algérienne au niveau du Palais des expositions d’Alger, le ministre du Commerce Mohamed Benmeradi est longuement revenu sur la série de mesures annoncée par le gouvernement pour protéger l’économie nationale et réduire la facture des importations.

Neuf cents produits (900) seront suspendues d’importation en 2018. La liste comprend 45 familles de produits finis, constitués essentiellement de biens et de marchandises qui ne sont pas de large consommation ou de produits pour lesquels les besoins du marché national sont couverts par la production nationale. Mohamed Benmeradi a avoué, hier, que ces dispositions « au titre de la régulation des importations ne peuvent pas constituer la panacée et la réponse à tous nos problèmes », mais le responsable du Commerce estime que les suspensions annoncées constituent l’axe prioritaire pour encadrer les importations, la problématique de l’économie nationale étant « beaucoup plus complexe ».
M. Benmeradi n’a pas manqué non plus de revenir sur le possible impact sur les partenaires économiques de l’Algérie des différentes restrictions qui interviennent à travers ces mesures de suspension après celles des licences d’importation. « Les mesures au titre de l’encadrement des importations ne sont pas toujours bien appréciées par nos partenaires, ce sont pour eux des parts de marchés qu’ils perdent », a-t-il certes dit, mais « pour l’Algérie, il est vital de mettre en place ces dispositifs », a affirmé le ministre du Commerce, rappelant que l’économie nationale se caractérise par un paramètre qui doit changer, à savoir celui du taux d’ouverture de l’économie (échanges extérieurs rapportés au PIB) qui, depuis 20 ans, s’élève à 60%, tandis qu’aux Etats-Unis, par exemple, celui-ci se limite à 15% environ, grâce à une production nationale dense et à un fort taux d’intégration.
Lors de la tenue du panel sur le commerce et les services, Mohamed Benmeradi a tenu à rappeler les raisons qui ont contraint le gouvernement à abandonner le régime des licences d’importation. « C’est un système qui a fait l’objet de critiques, car il a parfois entraîné des pénuries, impacté les approvisionnements d’entreprises et causé des hausses de prix », a-t-il concédé, voyant en la suspension de 900 produits à l’importation un dispositif qui « tout en essayant de limiter les importations, va essayer de booster l’économie nationale ».

Elaboration d’une stratégie à l’export
Pour réduire le déséquilibre de la balance financière du pays, Mohamed Benmeradi a assuré à l’assistance que son département travaillait dans le cadre de l’élaboration d’une stratégie à l’export. « Ce n’est pas l’œuvre d’une année ou de 18 mois », a-t-il indiqué. Appelant par ailleurs les entreprises nationales à monter en cadence et couvrir les besoins du marché national tout en atteignant de meilleurs taux d’intégration dans leur production. « Il faut que nos entreprises investissent dans l’amont, au-delà de la compétitivité de leur production », a affirmé M. Benmeradi. Autre axe de travail pour l’intervenant, améliorer le climat des affaires pour que l’économie nationale constitue un réel attrait pour les investisseurs étrangers. « Le constat qui est fait, concernant les IDE, est que par rapport aux autres pays de la région MENA, l’Algérie n’a pas su attirer ces investissements », a-t-il soutenu. « Il faut peut-être se dire que le problème est chez nous. Et le gouvernement est conscient que le cadre offert aux IDE doit être révisé, surtout s’il s’agit d’investissements susceptibles de réaliser des exportations », a révélé le ministre.

Aux producteurs nationaux de relever le défi
Lors du panel, plusieurs dirigeants d’entreprise ont interpelé le représentant du gouvernement. « On ne s’improvise pas exportateur, on doit d’abord être champion sur le plan national avant de penser à exporter », a estimé Amor Habes, Directeur général de Faderco, entreprise familiale spécialisée dans les produits d’hygiène. « Nous-mêmes, nous avons dû nous protéger sur le marché national, parfois face à des entreprises qui activent de manière illicite ou en faisant du dumping », raconte le responsable. Il estime par ailleurs qu’il est « beaucoup plus facile d’importer que d’exporter » malgré les avantages qu’apporte la législation. « Nous avons administré l’action d’exporter à une entreprise de trading tunisienne pour intégrer des marchés européens et africains », dira Amor Habes. Ajoutant que lorsqu’il sollicite des multinationales, celles-ci demandent « pourquoi venir chez vous alors qu’avec nos entreprises au sud de l’Europe, on peut exporter avec un taux de 0 % de droits de douanes. Cela, en plus de la règle de 51/49 ». Boudjemaâ Keniche, représentant de l’entreprise Ifri, évoque pour sa part la filière oléicole. « Elle est régulièrement détenue par des personnes qui ne sont pas du métier. » Il rappelle le taux d’huile frelatée qui constitue une concurrence déloyale. « L’Algérie ne produit que 10% à 15% d’huile extra vierge. Nous commercialisons celle-ci à 700 DA/l alors que l’huile frelatée inonde le marché à 200 DA/l », regrette-t-il.