Le dispositif Ansej n’en finit pas de compter ses entreprises en difficulté. Sur les 380 000 sociétés créées dans le cadre de ce dispositif, mis en place au profit des jeunes, plus de 70% se trouvent en crise, a affirmé le ministre délégué chargé de la Micro-entreprise, Nassim Diafat, sur les ondes de la Chaîne III.
«Parmi ces entreprises en difficulté, nous avons celles qui ne disposent pas de capitaux pour relancer leur activité. Pour cette catégorie, nous allons instaurer, dès à présent, le rééchelonnement des dettes sur 5 ans avec un déféré d’une année et la suppression des pénalités de retard», a rappelé M. Diafat, dans le sillage de ce qui avait été annoncé il y a quelques jours en matière de mesures bancaires et fiscales d’aide dans le cadre de l’Ansej et de suspension des poursuites judiciaires contre les entreprises concernées jusqu’à fin 2021 au programme. Concernant les personnes porteuses de projets Ansej «décédées» ou «victimes de catastrophes naturelles», l’Etat compte procéder à un effacement partiel de leurs dettes «au cas par cas», a encore précisé le ministre délégué, chargé de la Micro-entreprise.
Pas de traitement pénal pour ceux qui ont détourné les fonds
Même si les poursuites pénales sont exclues contre ceux ayant «détourné» des projets, il ne sera pas, toutefois, question d’effacer l’ardoise. «En application des orientations du Chef de l’Etat, il n’y aura pas de traitement pénal pour ceux qui ont détourné les fonds. Nous leur consentons, cependant, un échéancier de 10 ou 15 ans pour s’acquitter de leurs dettes», a déclaré M. Diafat. En ce sens, un rapport «très détaillé» établi sur ce dispositif depuis sa création, en 1996, n’avait pas tardé à montrer ses limites économiques, parce qu’il répondait en premier lieu à des aspirations politiques sans réelle vision de prospective et de management.
Evoluant sous tutelle du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale depuis sa création, l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes a, dans bien des cas, servi à distribuer de l’argent et à créer des chefs d’entreprise sans créer d’entreprises dignes de cette appellation en matière de gestion et de durée dans le temps. C’est dire que le taux d’entreprises Ansej en crise, évoqué par M. Diafat, n’est en fait qu’un nouveau constat d’échec d’un dispositif qui a été décidé sans stratégie porteuse. Il aurait peut-être pu se retrouver dans un autre ministère moins encombré que celui du Travail et, surtout, être orienté vers les critères qui régissent aujourd’hui l’environnement de l’entrepreneuriat et l’emploi. D’où, le passage de l’Ansej sous tutelle du ministère de la Micro-entreprise, des Start-ups et de l’Economie de la connaissance.
En optant pour ce changement de tutelle, les pouvoirs publics comptent insuffler à l’agence une nouvelle dynamique et permettre à des porteurs de projet, inscrits dans ce dispositif, de bénéficier de l’écosystème de l’innovation et de l’économie du savoir que compte mettre en place le département de la Micro-entreprise, des Start-ups et de l’Economie du savoir, avait-on alors expliqué.
En absorbant l’Ansej, ce département pourrait, en effet, la réorienter en direction de jeunes dont les projets viendraient s’inscrire dans une nouvelle vision entrepreneuriale, en rupture avec la notion de l’entreprise qui y a prévalu à ce jour, se soldant par beaucoup plus d’échecs que de succès pour les projets créés depuis 1996, pour un montant de 334 milliards dinars.
Pour une révision de la catégorie d’âge et du niveau de financement
Cette nouvelle démarche a été manifestée la semaine dernière, lors de la Conférence nationale sur le plan de relance pour une économie nouvelle. Lors des travaux de l’Atelier sur les micro-entreprises et les start-ups, organisé pour la circonstance, il a été question de la nécessité de revoir la catégorie d’âge et de relever le plafond de financement du dispositif Ansej, conformément aux exigences du marché et aux opportunités disponibles.
Supervisés par le ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de l’Economie de la connaissance et des Start-up, Yacine Oualid, les travaux de cet atelier ont conclu également à la nécessité d’élaborer une liste d’idées de projet générateur de richesses et réalisables à court terme afin d’orienter les entrepreneurs. Les participants ont en outre appelé à l’encouragement de la création, dans les zones d’ombre, d’entreprises de services en vue de répondre aux différents besoins, notamment des entreprises gérées par des citoyens de ces zones à même de réaliser le développement et de créer des emplois, et ce, en coordination avec les Collectivités locales. Ils ont préconisé, dans le même sens, l’encouragement de la création de micro-zones d’activités, particulièrement dans les Hauts-Plateaux et le Grand-Sud, pour héberger des secteurs créateurs de richesses et satisfaire les besoins du marché local, tels l’agriculture saharienne, l’industrie de transformation, l’artisanat et les services.
Les experts ont également proposé la mise en place d’une plate-forme numérique unifiée, englobant toutes les données relatives aux micro-entreprises, permettant de consulter les informations juridiques et administratives et d’avoir accès aux services de toutes les micro-entreprises. L’encouragement de la création de cabinets conseil dans le secteur privé a en outre été recommandé pour offrir des prestations d’accompagnement aux entreprises nouvellement créées ou aux porteurs de projet dans tous les domaines, y compris administratifs et juridiques.
L’atelier a également conclu à la nécessité de diversifier les sources de financement, d’assurer un accompagnement orienté selon les besoins du marché et adapté aux données réelles, d’organiser des foires locales et internationales dédiées à la vulgarisation des micro-entreprises algériennes, la commercialisation des produits et services qu’elles offrent. <