A l’instar des autres villes du pays, Tlemcen n’échappe pas au phénomène des parkings sauvages et son corollaire le racket des « mtarguia ». Armés de gourdins et selon un partage territorial tacite semblable à la « loi » des vendeurs à la sauvette et autres trabendistes de Sidi Hamed, la Qissaria, El Medress, Souq el hzel, la Souiqa, Bab Sidi Boumediène, entre autres, les parkingueurs, ces gardiens informels, accaparent chacun sans coup férir une rue en vue de garder les véhicules à raison de 30 à 50 DA.

Certains automobilistes paient le «goum’reg» sans broncher ou par condescendance, d’autres le font par compassion (en guise d’«aumône») ; les plus irréductibles refusent de se plier à ce diktat, ce qui engendre souvent des altercations au vu et au su des agents chargés de la voie publique (AOP). En dépit d’un communiqué émanant il n’y a pas si longtemps de l’APC de Tlemcen via la radio locale annonçant le gel des contrats de gérance des aires de stationnement, les faux gardiens aux gilets phosphorescents (un faire-valoir «réglementaire») n’en ont cure en continuant à soutirer aux automobilistes une dîme de 50 DA sinon plus. Un véritable racket, encouragé par la passivité ou l’ignorance de certains usagers, au vu et au su de tous. D’autant que les fameux parkingueurs, qui sont facilement repérables au niveau de Ars Didou, Bab el Hdid, El Medress (Tafrata et la rue Benabbou), El Mechouar, Rhiba, Bab El Djiad (Bd Gaouar Hocine et rue du 1er Novembre), le quartier de Sidi Brahim (secteur de la mosquée éponyme et derrière la maison de la Culture), El Blass (devant la BNA et derrière le musée d’art et d’histoire), Blass el Khadem, El Fekharrine (secteur de la résidence de la wilaya et la brigade des stups), la rue Ibn Khamis(ex-siège du commissariat central), la Cité Pasteur (à côté du siège de la sûreté de wilaya), Bab Zir, Rhiba, Imama (devant l’ancien siège de l’APC de Mansourah, la piscine olympique, café Dubaï et AADL), Bab Sidi el Bradai (Dar el Hadith), Ras el Bhar (derrière la prison et à côté de la médersa Dar El Hadith), place Kairouan (en face de la grande poste), Bd Cdt Djaber, le Mechouar (devant la Maison de la culture), El Qala’ inférieure (EPS) derrière le lycée Maliha Hamidou, Sidi Chaker devant l’ex-siège de la Direction de l’éducation, le grand Bassin (devant la station d’essence fermée, au niveau de l’allée ombragée et devant la station du téléphérique), derrière le lycée polyvalent, la rue Kazi Aoul (à côté de l’ex-siège de la brigade de gendarmerie), la rue des Frères Abdeldjebbar (musée d’archéologie), Bab Sidi Boumediène (Joutia), la rue Dib Youb(vers la gare), les deux parkings sis à Chetouane(devant l’APC et la daïra)…, ont tissé un véritable réseau à travers ce créneau juteux. Mais la poule aux œufs d’or, ce sont les 4 parkings «eldorado» se trouvant au cœur de la ville, à savoir Blass derrière l’ancienne mairie, Ars Didou voisin du lycée du Mechouar, Rhiba et Bab Zir (au milieu des ruines du quartier détruit par une bombe en 1994)… A noter que Bab el Djiad à elle seule compte 3 parkings sauvages (deux à la rue du 1er Novembre et un au Bd Gaouar Hocine) abstraction faite de Rhiba et Ars Didou. De même pour Bab el Hdid (rue Cdt Djaber, rue bataille Fillaoucène, rue Damerdji et Bd Mohamed V à proximité de la faculté de médecine). Il faut souligner que certains espaces sont curieusement «épargnés» par ce squat, une désaffection paradoxale dont on a du mal à expliquer les raisons ; il s’agit d’une grande partie de la rue Kazi Aoul (de l’ex station taxi d’Imama au siège de la SEROR), l’allée de la Metchkana (CEM Salima Taleb), l’allée d’El Kala inférieure (voisine du lycée Maliha Hamidou), le secteur du stade municipal et de la piscine Aqua Center, le stade Birouana et le cimetière Sidi Senouci, l’esplanade de Ras El Bhar (en face de l’ex-siège de la DAS), le boulevard du 18 Février d’Imama, la rue Bataille Fillaoucène, l’ex-gare routière de la Metchkana, la gare ferroviaire, entre autres… Signalons au passage les parkings «occasionnels» (mosquée de Sidi Boumediène, Sounna, Sidi Senouci…) activant à la faveur du Vendredi saint. Il y a lieu de signaler un comportement incivique qui consiste à pénétrer en voiture dans le cimetière (le vendredi et même les jours de fête). Quant à l’hôpital, un lieu censé être serein (plaque interdit de klaxonner) et sain (à l’abri de la pollution), il est assailli par le trafic des véhicules de tous genres. Par ailleurs, il existe au niveau du centre-ville des parkings réservés (à l’intérieur des sièges ou à l’extérieur des enceintes), tels la place du 1er Mai (grande poste), l’enceinte du Mechouar, l’esplanade du lycée Maliha Hamidou, le parvis de la maison de la culture, le complexe Les Zianides, l’hôpital Tidjani Damerdji, les UMC, la faculté de médecine, l’auditorium de la caserne Miloud, le tribunal de première instance de la rue de la paix, la cour de Tlemcen, les sièges de la wilaya, l’APC, la daïra, la sûreté de wilaya, la station de radio, DJS (quant au parking de la piscine olympique mitoyen de ce siège, il n’est pas gardé)…

Un seul parking réglementé

Des plaques «Réservé à…» sont arborées devant certains établissements (banques, assurances, bureau de journal…) ; d’autres bénéficient d’une signalisation verticale et horizontale (panneau d’interdiction de stationner), à l’instar des directions (douanes, sûreté, commerce…) ; idem pour l’institut français où un agent de police est de faction (pour des raisons de sécurité s’entend). Quant aux magasins, certains commerçants s’arrogent le droit de stationnement en posant des objets hétéroclites devant leur bien (jante usagée, échelle, cageots…) ou déploient impunément une chaine et le tour est joué : «Réservation forcée». Certains parkings sont ouverts occasionnellement au public (lors d’un évènement), à l’exemple du palais de la culture d’Imama, le palais des expositions de Koudia, le théâtre de plein air de Koudia, le grand Bassin(Sahridj Bedda) ainsi que les UMC… A noter que le spacieux parking du Mechouar où se trouve, entre autres le siège de la direction de la culture, n’est réservé qu’à certaines connaissances (VIP). Idem pour celui de la maison de la culture.

Dans ce sillage, le parking du CEM Salima Taleb du Bd Pasteur est souvent «squatté» par certains qui usent de leur fonction officielle. Quant aux parkings réglementés, il n’en existe qu’un seul, géré par l’APC de Tlemcen, et se trouvant au parc d’attraction de Lalla Setti (50 DA). S’agissant des garages agréés, on peut citer les établissements Bendimered (stade des frères Zerga et Ars Didou), Bouayed (Bab El Hdid), Kazi (la gare ferroviaire), ainsi que 5 autres (Bab Wahran, la Metchkana, Bab Sidi Boumediène, Bab El Djiad, Fekharine et au niveau de l’Allée des pins). La location de la place est mensuelle (entre 1500 DA et 2500 DA). Le garage des frères Gaouar (gare routière) a été dernièrement désaffecté pour servir d’espace commercial. Il faut convenir que le problème du stationnement se pose aussi en termes de culture écologique et économique, autrement dit l’utilisation rationnelle et modérée du véhicule particulier d’autant que les transports en commun (bus, taxis, téléférique) sont à la «portée» de l’usager «auto dépendant» qui devrait réapprendre ainsi la marche en s’accommodant du statut provisoire de «piéton». Côté officiel, rappelons dans ce contexte qu’une journée sans voiture avait été initiée dans les années 1990 par l’APC de l’époque… Pour sa part, l’association pour la sauvegarde et la promotion de l’environnement de la wilaya de Tlemcen (ASPEWIT), présidée par Morsli Bouayed, avait organisé en avril 2015 une journée sans voitures sous le slogan «Respirer un bol d’air frais» destinée à sensibiliser la population sur la pollution du transport urbain et ses effets sur l’environnement. «Les modes de déplacement alternatifs à la voiture est l’occasion idéale de favoriser la prise de conscience collective de la nécessité d’agir contre les nuisances générées par la croissance du trafic motorisé en milieu urbain», explique M. Morsli Bouayed, le président de l’association qui indiquera que 70% du parc automobile de la wilaya de Tlemcen fonctionnent au mazout.

«Cette journée sans voitures ne vise pas seulement la lutte contre la pollution atmosphérique, mais aussi la pollution sonore», a-t-il déclaré à cette occasion.

Un parc automobile en augmentation continue

Devant la carence des autorités en matière de parkings et l’incivisme de certains usagers (addiction automobile), l’initiative de l’Aspewit n’équivaudrait-elle pas à poser un cautère sur une jambe de bois ? Dans ce sillage, la DGSN devrait initier une police montée (à cheval) ou pourquoi pas vélo cyclée(VTT). Un geste écologique, s’il venait à se concrétiser, serait fortement apprécié par la société civile, en l’occurrence. A propos d’écologie, il y a lieu de relever le retour en force du vélo (mode rétro et version moderne de la bicyclette), notamment chez les jeunes parallèlement à la pratique des rollers comme activité sportive, passion ludique et mode de locomotion (un groupe baptisé Crazy Rider anime des exhibitions à l’occasion d’un évènement local). Le parc automobile, en augmentation continue, crée à longueur de semaine de grands embouteillages, en dépit de la mise en œuvre du nouveau plan de circulation, faut-il le souligner. Déjà en 2005, le parc roulant avoisinait les 2 millions de véhicules (crédit à la consommation aidant) alors que celui des taxis «wilaya» compte actuellement 1 324 véhicules en circulation sur le territoire de la wilaya, selon un cadre de la direction des transports…. Au titre du transport public, le parc roulant compte 2 250 véhicules alors que le nombre de taxis est estimé à 5 279 (outre 165 appartenant aux 15 sociétés de taxi privées), selon un rapport de la DT datant de 2018. Les plus récentes données de l’Office national des statistiques (ONS) indiquent qu’au 31 décembre 2009 le nombre d’automobiles immatriculées dans la wilaya de Tlemcen est estimé à 118 742 automobiles (2,85% du total des véhicules en Algérie), contre 92 034 voitures six ans plus tôt (3,04% de l’ensemble de l’époque), soit un accroissement annuel moyen de 4 450 nouvelles immatriculations dans cette wilaya durant cette période.

Pourquoi pas un plan d’urgence de parkings à étages ?

Face à cette tension sur l’espace public et à l’effet d’atténuer le stress du parc roulant en hausse, ne faudrait-il pas d’ores et déjà initier un plan d’urgence en matière de parkings à étages ?Des sites «intra muros» comme la galerie d’art, l’ex-gare routière, la prison civile, Ars Didou, Bab Zir, la minoterie de Bab Wahran, Dar el Asakri, l’ex- Transat… (la caserne Miloud qui aurait pu résorber totalement ce problème abrite aujourd’hui, en dépit d’une pétition enflammée de la société civile, la faculté de médecine et le nouvel auditorium) seraient à même de sortir le chef-lieu de ce goulot d’étranglement nommé casse-tête du stationnement en ville. A noter dans ce sillage qu’un parking à étages est actuellement en voie de construction sur les vestiges d’une minoterie, au niveau de l’ex-gare routière voisine de la cité Sonatiba de Bab El Djiad ; il faut savoir que ce projet dont la première pierre fut posée par le wali de l’époque Larbi Merzoug avait été annulé dans les années 1990 pour cause, semble-t-il, problèmes géophysiques (nature défavorable du terrain). Au fait, que devient l’instruction de l’ex-ministre de l’Intérieur Dahou Ould Kablia chargeant la Direction de la Sûreté nationale de réglementer les parkings sauvages ? Une opération qui s’inscrit dans le cadre de la gestion du volet sécuritaire via la sélection de jeunes par la police et l’attribution de badges pour faire ce travail en contrepartie d’une redevance fixe. Simple effet d’annonce ou ballon sonde ? L’incident de Souk El Tenine survenu sur un parking balnéaire, et qui a coûté la vie, il y a quelques jours à un estivant originaire d’Oued Souf, va-t-il secouer le cocotier de l’incurie des élus locaux et la passivité des services de sécurité ? Faute de volonté politique pour enrayer ce «fléau» social, entretenu sciemment pour cause de paix sociale factice, force est de constater que l’informel «spatial» a de beaux jours devant lui. Quant à rêver de parcmètres intelligents, cela relèverait pour les réalistes d’entre nous, de l’utopie.

gents, cela relèverait pour les réalistes d’entre nous, de l’utopie.