Depuis le 17 novembre dernier, les cas confirmés de coronavirus se sont vigoureusement maintenus au-dessus de la barre de mille cas par jour sans discontinuer une seule fois. Une situation qui interpelle plus que jamais à la mobilisation de tous afin de ne pas atteindre un degré plus alarmant et une saturation de tous les services Covid-19 au niveau des hôpitaux, notamment pour la prise en charge des malades graves nécessitant une réanimation.

PAR INES DALI
La recrudescence de la pandémie et le flux des malades à hospitaliser quotidiennement est loin de rassurer les médecins et autres professionnels de la santé, surtout ceux des villes ou wilayas qui enregistrent un grand nombre de cas, sachant qu’il est difficile de trouver des places pour tous. Car «le problème avec la pandémie de Covid-19, ce n’est pas sa dangerosité simplement, mais sa contagiosité rapide», a affirmé, hier, Lotfi Benbahmed, ministre de l’Industrie pharmaceutique.
En effet, lorsqu’il y a un «grand nombre de malades qui arrivent au même moment» dans un hôpital, il y a forcément «une saturation des services» qui doivent les prendre en charge, a-t-il ajouté, soulignant que «c’est cela qui sature les capacités sanitaires de tous les pays, et on a vu comment les pays les plus développés se sont retrouvés complètement dépassés par le nombre de malades». Dans ce sens, il recommande la plus grande mobilisation de tous tant qu’il n’y a «pas encore une thérapeutique ou un vaccin» contre cette maladie.
La mobilisation, mais surtout la «solidarité» est également très demandée, voire revendiquée dans le milieu des personnels de la santé, dont bon nombre font état de certains «dysfonctionnements» à corriger, notamment pour «la répartition» des malades et l’ouverture de plus de services Covid-19 au niveau des hôpitaux qui ont une grande capacité en termes de lits d’hospitalisation. Ils expliquent que lorsqu’un malade se déplace parfois dans un hôpital, il est redirigé vers un autre, alors que cet autre n’a plus de place dans ses services Covid. «Il arrive aussi que les malades soient parfois envoyés même dans une autre wilaya», nous a-t-on confié. Ce sont ceux-là les dysfonctionnements qu’ils appellent à corriger à travers «une solidarité entre les hôpitaux» et une meilleure «coordination» sachant que normalement, poursuivent-ils, «selon les instructions données par les autorités sanitaires, tous les services doivent être dédiés aux malades Covid lorsque le nombre de cas augmente». En fait, il devrait y avoir «une sorte de régulation qui doit être activée automatiquement en fonction du nombre de cas».
Ces dysfonctionnements ne datent pas d’aujourd’hui, rappelle-t-on, et c’est pratiquement «la même situation vécue durant l’été dernier, où des services avaient cessé leur activité sans pour autant accueillir les malades Covid», nous a-t-on encore confié. Cela confirme, ainsi, les déclarations de Lyès Rahal, directeur des services de santé au ministère de la Santé, selon lequel les lits d’hospitalisation à travers le territoire national sont remplis à 40,5% de leur capacité et ceux de la réanimation à 38,02%.
Oxygène : un problème de stockage et non
de production
A propos des malades en réanimation pour lesquels il est souvent évoqué un problème d’oxygène, le ministre Lotfi Benbahmed a expliqué que «ce n’est pas une problématique de disponibilité de production d’oxygène sachant que nous avons trois producteurs actuellement contre deux au mois de mai, à savoir Lind Gaz, Air Liquid et Calgaz».
Depuis la mise en service de cette dernière, la production d’oxygène a plus que doublé dans le pays. «Nous sommes passés de 150.000 à 320.000 litres par jour aujourd’hui. Nous avons aussi les sociétés Aurès Gaz et Maghreb Gaz que nous sommes en train d’homologuer. Donc la problématique n’est pas dans la production d’oxygène mais dans les moyens de stockage», a révélé le ministre.
Il se fit encore plus précis dans ses explications : «Quand l’oxygène arrive dans un hôpital, il est stocké dans des cuves. Une cuve contient 5000 litres et suffisait pour 15 jours. Actuellement, cette capacité est consommée en une matinée et la rotation du camion qui doit l’alimenter est à 200 km. Imaginez la logistique qu’il faut avec le nombre de points de vente. C’est-à-dire que nous avons des installations qui ne sont pas suffisantes, qui ne répondent pas au nombre de lits qu’on doit oxygéner, les lits de réanimation ayant considérablement augmenté ces derniers temps… Mais il faut aussi avoir les cuves en bon état». Afin de résoudre le problème d’approvisionnement des hôpitaux en oxygène, a poursuivi Lotfi Benbahmed, «nous avons mutualisé l’ensemble des moyens entre tous les producteurs gaziers en termes de production et en termes de logistique pour que leurs sites de production à l’Est, à l’Ouest et au Sud puissent approvisionner les hôpitaux les plus proches le plus rapidement possible. Ainsi, les hôpitaux auxquels les livraisons étaient effectuées une fois tous les quinze jours sont maintenant livrés parfois deux fois par jour».
Mais d’autres problèmes persistent, par ailleurs, au niveau des hôpitaux et il faudra eux-aussi leur trouver une solution. Le ministre a fait savoir que «la tension sur l’oxygène vient de certains hôpitaux qui n’ont pas les bouteilles de gaz avec la pression qu’il faut, et d’autres qui n’ont pas les équipements suffisants». Ce qui l’amène à dire que «pour l’oxygénothérapie, il faut mettre les normes qui existent dans beaucoup de pays aujourd’hui, où c’est le gazier lui-même qui met en place les équipements dans les hôpitaux et qui livre non pas des quantités d’oxygène mais plutôt un certain nombre de lits qui sont oxygénés. Ce qui permet d’avoir une traçabilité et une responsabilité, ce sont des systèmes qui sont informatisés».
Il fera savoir que la société Calgaz propose cette solution aujourd’hui en Algérie, ce qui pourrait résoudre cette problématique d’oxygène au niveau des hôpitaux et contribuer à sauver des vies. «Nous essayerons de mettre cette solution en place avec le ministère de la Santé dans les prochains mois, mais, aujourd’hui, toutes les ressources doivent être mobilisées», préconise-t-il, afin de «continuer à livrer sans interruption les hôpitaux en espérant que la maintenance de leurs cuves et équipements soit faite dans les meilleures conditions».