En Espagne, la première journée de Liga s’est terminée lundi dernier dans une opposition entre le Betis Séville et Elche. C’était une fin de match à l’ancienne : trois minutes de temps additionnel, une intensité relativement faible étant donné un avantage largement en faveur des Verdiblancos et un coup de sifflet final pour boucler la rencontre sur le score de 3-0. Une exception, parce que les autres rencontres de ce lever de rideau ne se sont pas toutes déroulées de la même manière. Loin de là. Samedi soir, le duel Barça-Rayo Vallecano (0-0) s’est par exemple conclu avec cinq minutes de temps additionnel lors de la première période, puis… neuf minutes supplémentaires lors du deuxième acte jusqu’aux trois coups de sifflet de l’arbitre Alejandro Hernández Hernández, régulièrement sollicité au cours d’un match âpre et disputé.

LE BUREAU DES PLAINTES
Hélas, ce type de scénario s’est répété le week-end dernier. Douze minutes de temps additionnel pour Cadix-Real Sociedad au total (0-1), onze entre le FC Valence et Gérone (1-0), dix entre le Celta de Vigo et l’Espanyol de Barcelone (2-2). Au moment de faire les comptes, les statistiques sont formelles : en moyenne, un match de la première journée de Liga a duré 99 minutes et 22 secondes, dont 52 minutes et 31 secondes de temps de jeu effectif. Dans les deux domaines, la Liga espagnole domine à chaque fois les classements parmi les plus grands championnats européens (Premier League, Serie A, Bundesliga et Ligue 1).
Forcément, cela n’a pas manqué de faire réagir. Et ce constat pose le doigt sur le rythme saccadé des rencontres, entre fautes régulièrement sifflées, réactions pas toujours très saines envers le corps arbitral et blessures parfois superficielles dans l’unique but de gagner du temps. Alors docteur, la Liga est-elle définitivement malade ?
Même chez les plus ardents défenseurs du championnat espagnol, il devient compliqué de se voiler la face. Culturellement, la Liga a toujours donné lieu à des moments théâtraux, où le chronomètre continue de tourner pendant que les acteurs prennent le devant de la scène en laissant de côté le personnage principal du match, à savoir le ballon, durant quelques secondes voire minutes. Ces pertes de temps (parfois volontaires) sont souvent la conséquence de simulations, provocations ou actions d’anti-jeu faisant désormais partie intégrante du paysage footballistique espagnol.
Parmi les scènes les plus rocambolesques dans ce domaine, il y a les retrouvailles acides en finale de coupe d’Espagne 1984 entre le Barça et l’Athletic Club après l’incident Maradona-Goikoetxea, la mythique et déplacée touchette de Michel envers Carlos Valderrama lors d’un Real Madrid-Valladolid en 1991 ou encore la polémique sur fond de racisme entre Mouctar Diakhaby et Juan Cala lors d’un Valence-Cadix l’an passé.

L’AVIS DE XAVI
Ajoutez à cela que l’apparition de la VAR n’a rien arrangé afin d’œuvrer pour un jeu plus épuré et rapide. Désormais, les rencontres dépassant les 100 minutes à cause d’une utilisation trop chronophage de l’assistance vidéo deviennent de plus en plus fréquentes. C’était déjà le cas la saison passée lors d’un Espanyol-Atlético de Madrid (remporté 2-1 par les Colchoneros grâce à un but de Thomas Lemar à la… 99e minute !) ou d’un Majorque-Osasuna terminé à la 112e…
En septembre dernier, Opta annonçait déjà que la Liga était le championnat au temps de jeu effectif le plus réduit avec seulement 51 minutes et 47 secondes sur les 90 initialement prévues. Au total, cela fait presque 40% du temps réglementaire passé à autre chose que jouer au football. En clair, ce phénomène n’est pas isolé. Cela en devient inquiétant et à la vue des dernières tendances, la situation ne semble pas prête de s’améliorer. Dès lors, comment changer son braquet pour aller vers le meilleur ?
Interrogé à ce sujet en conférence de presse après avoir été tenu en échec par le Rayo au Camp Nou le week-end dernier, Xavi Hernandez a joué cartes sur table. «Tout cela est ridicule. Qu’attendons-nous pour passer à un football en temps de jeu effectif ? Avec cette méthode, nous ne serions pas en train de nous questionner pour savoir s’il faut ajouter huit ou vingt-deux minutes de temps additionnel… Cela devient ridicule car la tricherie devient clairement évidente. Je crois que le football est le seul sport sans temps de jeu effectif.»
À ce titre, il apparaît pertinent de sortir du traditionalisme du football pour piocher dans le règlement du futsal ou du basketball. Dans ces deux sports collectifs, le chrono est stoppé à chaque sortie de balle, mais également lors de fautes régulières comme des passages en force ou des obstructions. Et bizarrement, il y a tout de suite beaucoup moins de monde pour se tordre de douleur sur le parquet.

DIALOGUE LIGA-RFEF, UN COMBAT À PLUSIEURS ÉTAGES
C’est un secret de polichinelle : petit à petit, la VAR gagne du terrain sur le corps arbitral. Cet outil technologique vendu comme une «aide à la prise de décision» tue littéralement le dynamisme lié au football. De plus, le sport roi doit impérativement conserver une dimension humaine au risque de perdre encore plus gros. Garants du respect des règles et décisionnaires en toute impartialité, les arbitres enregistrés au sein de La Liga pour exercer leur autorité doivent réfléchir pour une meilleure fluidité des rencontres, à l’avenir.
Dès lors, cela passe obligatoirement par un développement de leur discernement et davantage de communication sur le terrain comme en dehors. Problème : en Espagne, les hommes en noir sont sous le contrôle de la fédération royale espagnole de football (RFEF), dont le président est Luis Rubiales.
À l’heure où les relations entre Rubiales et Javier Tebas sont très froides sur le plan politique comme économique, cette problématique des arrêts de jeu à rallonge prend la forme d’un sac de nœud presque impossible à délacer. Serait-il possible d’envisager que le vent de révolte vienne finalement des pelouses ? Lassés par cette méthode frauduleuse, les footballeurs pourraient finir par dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : le football s’enlise et nécessite un regain d’action rapide sous peine de perdre son lustre d’antan. Cela fait peut-être vieux con de l’écrire, mais le football, c’était mieux avant. <