S’il a fini par rompre définitivement avec l’industrie automobile dans sa version «importations déguisées», pratiquée au sein des usines autorisées à activer à partir de 2014, le gouvernement ne semble pas pour autant prêt à abandonner ce secteur. Bien au contraire, les portes de l’industrie nationale restent grand ouvertes à la filière automobile, tout comme à celles de l’électronique et l’électroménager.

Une ouverture qui privilégiera toutefois les seuls projets réellement industriels et porteurs d’une valeur ajoutée à l’économie nationale, avait souligné le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali Braham, dans ses réponses aux questions des députés de l’Assemblée populaire nationale (APN).
Il s’agit, en fait, d’un nouveau départ que les pouvoirs publics veulent actionner pour ces filières, a expliqué le ministre, précisant que cette démarche reposerait sur la mise en place d’un environnement favorable aux investisseurs à partir des mesures contenues dans le Projet de loi de finances complémentaire (PLFC) 2020, soumis à débats à l’APN, mardi et mercredi dernier, sur le dispositif réglementaire qu’introduiront les nouveaux cahiers des charges en matière d’industrie, qui sont prêts et dont l’application interviendra après l’adoption du PLFC «Ces dispositions sont en adéquation avec la stratégie du ministère de l’Industrie et des Mines, visant à asseoir un système d’investissement clair qui permet aux investisseurs désireux de produire en Algérie de travailler sans entraves afin de parvenir à un réel produit local», a indiqué le ministre, précisant que l’objectif «est d’asseoir ce système d’investissement d’ici le milieu de l’été». Il soulignera que «ce sont les lois et les procédures qui trancheront la pertinence de l’investissement et non pas les responsables ni l’accord du ministre». Référence faite une énième fois aux projets montés avec la bénédiction de l’ancien système, sous la houlette du ministre de l’Industrie et des Mines en fuite à l’étranger, Abdelslam Bouchouareb, puis ses successeurs, actuellement incarcérés dans le cadre des scandales qui ont marqué la jeune histoire de l’industrie automobile locale. Dans le cas précis de l’industrie automobile, le premier responsable du secteur relèvera qu’à la faveur de l’abolition de la règle 51/49, le nouveau cahier des charges «permettra aux opérateurs étrangers de conclure des partenariats avec des opérateurs nationaux ou de lancer des investissements avec leurs propres fonds, avec la condition de réaliser un taux d’intégration nationale dès le lancement du projet. Reste à savoir sur quels opérateurs étrangers peut-on compter encore dans un secteur automobile mondial, déjà en grande difficulté ces dernières années, avant d’être mis carrément à genoux ces derniers mois par la pandémie de la Covid-19. On voit mal, en effet, des constructeurs automobiles ou de pièces de rechange venir investir en Algérie, alors que les années à venir leur seront plus que difficiles à passer pour maintenir en activité leurs usines déjà opérationnelles ailleurs dans le monde.

Pas de quotas, mais des taxes pour réduire les importations
On en saura un peu plus une fois le cahier des charges en vigueur et, en attendant la réaction de ces opérateurs, le secteur automobile aura l’occasion de renouer avec l’ère des concessionnaires et l’importation des véhicules neufs, au cas où le PLFC est adopté, aujourd’hui dimanche, par l’APN. Un retour au passé qui «permettra d’approvisionner le marché national en attendant d’asseoir une véritable industrie automobile nationale, une réalisation qui pourra nécessiter 24 mois au moins».
Toutefois, si, à son annonce, au sortir du dernier Conseil des ministres, cette mesure a été accueillie avec satisfaction aussi bien par les concessionnaires, dépossédés de leur activité ces quatre dernières années, que par le citoyen qui ne trouvait plus de véhicule depuis plusieurs mois, les réjouissances n’ont pas tardé à s’estomper et à laisser place à la déception depuis la publication du texte intégral du PLFC, précisant que l’importation des véhicules neufs sera assujettie à des taxes, jugées excessives par l’ensemble des observateurs, à commencer par les acquéreurs potentiels qui attendaient impatiemment ce type de mesure. Pour le représentant du gouvernement, le recours à l’imposition de taxes douanières et fiscales servira à réduire la facture d’importation des véhicules au lieu de mesures d’interdiction ou de système de quotas. Une justification qui semble plutôt privilégier la demi-mesure à l’égard d’un citoyen qui est toujours le premier à payer une facture salée. Ainsi après avoir subi la hausse des prix des véhicules sous l’ère du prétentieux «made in bladi», voilà que le citoyen est sollicité pour renflouer les caisses de l’Etat en cassant la tire-lire pour l’acquisition d’un véhicule. Ces taxes auraient peut-être été acceptables à une certaine mesure si elles avaient réellement été limitées aux grosses cylindrées, comme a tenu à le soutenir le ministre de l’Industrie et des Mines. «La taxe sur les véhicules neufs concernera les véhicules touristiques de grand cylindre et non les véhicules utilitaires», a-t-il précisé, en effet, devant les députés. Or, le barème de ces taxes est loin d’être présenté ainsi dans le PLFC, puisqu’aucune cylindrée n’est épargnée par le projet du gouvernement de taxer les acquéreurs d’un véhicule neuf. Pis encore, en plus de la cylindrée de 800 cm3 que des mini-citadines partagent avec des motos, on remarque que c’est le gros de la clientèle du marché qui est visé par la taxe, notamment celle de 250 000 DA décidée pour les véhicules essence d’une cylindrée inférieure ou égale à 1 500 cm3 qui représente près de 50% des achats en Algérie. On remarquera, au passage, qu’une fois de plus, les pouvoirs publics favorisent le diesel en optant pour seulement 200 000 DA de taxe pour la même cylindrée. La grosse cylindrée, à laquelle a fait référence M. Ferhat Ali, est classée bien plus haut chez les constructeurs, faut-il le souligner. Quant à la clientèle de ce type de véhicules, elle passe souvent par les avantages de la licence des moudjahidine, faut-il aussi le rappeler. Ceci étant, la facture d’importation des véhicules directs ne dépassera pas les 2 milliards dollars, montant des importations de pièces destinées au montage automobile, a expliqué Ait Ali Braham. Concernant les incitations au profit des sous-traitants locaux, le ministre a fait savoir que le Gouvernement a opté pour le système préférentiel en exonérant uniquement les compositions de base, fabriquées localement, des droits de douanes et non toutes les pièces d’appareils où de montage automobile afin de promouvoir l’intégration nationale.
Pour ce qui est des postes d’emploi qui seront perdus suite à la fermeture des activités de montage automobile localement, le premier responsable du secteur a déclaré qu’«il n’est pas question de fermeture des ateliers d’assemblage, mais de les contraindre à l’industrialisation locale ou au paiement d’impôts», soulignant que ces usines assuraient 2 874 postes permanents et 946 contrats à durée déterminée, dont 50 avec des étrangers. Le montant total de la masse salariale ne dépasse pas 5 Mds DA (37 millions d’euros), a-t-il ajouté. n