Dans ses cadrages budgétaires de la période 2021-2023, présentés hier à la commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale, le gouvernement se montre plutôt optimiste quant à l’évolution des comptes extérieurs avec, comme projections, une nette réduction des déficits extérieurs, ce qui se traduirait par une érosion moins soutenue des réserves de change de l’Algérie. Les avoirs extérieurs devraient s’établir à environ 48 milliards de dollars l’an prochain. Cependant, la feuille budgétaire du gouvernement anticipe une forte dépréciation du dinar et un rebond de la croissance dès le prochain exercice.

En dépit du ralentissement de l’activité économique provoquée par la crise sanitaire et la chute des prix du pétrole, le projet de Loi de finances 2021 met assez clairement le cap sur des niveaux de dépenses qui ne reflètent pas forcément la position fragile dans laquelle se trouve actuellement la trésorerie du pays, et qui ne risque pas de s’améliorer l’année prochaine.
Les dossiers d’urgence s’accumulent et mettent à rude épreuve l’Etat qui, de son côté, semble déterminé à conserver intact, voire triomphant, son caractère social. En ce sens, de nouvelles mesures fiscales sont prévues par le PLF, mais qui ne suffiront sans doute pas à justifier le rythme dépensier annoncé, d’autant qu’aucun signe n’annonce encore une reprise pleine de l’activité économique ni un relèvement de la fiscalité financière qui pâtit de la chute des cours de l’or noir, et aussi du ralentissement de nombreux secteurs d’activité consommateurs de cette source d’énergie. D’où le recours, une nouvelle fois, aux réserves de changes qui ne cessent pas d’être sollicitées, s’amenuisant d’année en année depuis 2014, année qui a vu le baril de Brent rompre avec les seuils d’au-dessus 100 dollars.
Avec des recettes pétrolières en très fortes chutes, le gouvernement ne pourra pas d’abord injecter de l’argent frais à ce matelas en monnaie forte, mais devra aussi y puiser les ressources nécessaires pour combler le manque en ressources financières et assumer un programme à diverses cibles de développement, à l’exemple des zones d’ombre, la relance de la machine économique ou encore les besoins sociaux.
Du coup, le niveau des réserves de change est appelé à reculer davantage pour se situer à 46,84 milliards de dollars en 2021. C’est le niveau fixé par le PLF, présenté hier devant la Commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN) par la ministre des Relations avec le Parlement, Besma Azouar, au nom du ministre des Finances. Cette dernière précisera que cette masse en devises pourra couvrir 16 mois d’importations.
Reste à savoir si cette prévision comptabilise aussi l’objectif du président de la République de réduire la facture d’importation de 5 milliards de dollars l’année prochaine. Ce sont donc près de 5 mds usd qui vont être tirés des réserves de change l’année prochaine, si l’on se réfère à la LFC 2020 qui l’avait fixé à 51,6 mds usd.
Mais la tendance qui dure depuis plusieurs années, faisant diviser par quatre les réserves de change du pays, devrait être inversée en 2022, à travers une reprise progressive qui se poursuivra en 2023, prévoit le ministère des Finances, en comptant sur l’excédent prévu pour ces deux années, et qui portera le solde successivement à 47,53 mds usd et 50,02 mds usd, selon la même source.
Croissance économique à 3,98%, inflation à 4,5%
Côté croissance économique, le projet de texte de loi prévoit un taux de 3,98%, a indiqué, par ailleurs, Mme Azouar. Il s’agit donc d’un redressement qui interviendra après le recul de 4,6 %, estimé pour la clôture de l’exercice 2020. Selon le même exposé, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) devrait s’établir à 4,0 % sur la période 2021-2023
Concernant la croissance hors hydrocarbures, elle devrait atteindre 2,4 % en 2021, 3,37 % en 2022 et 3,81 % en 2023, ajoute le même document, soulignant que le secteur des hydrocarbures demeurera relativement équilibré en matière de croissance globale, le niveau de la croissance du volume de sa valeur ajoutée s’élèverait à 7,24 % entre 2021-2023.
Le PLF 2021 prévoit, en outre, «une légère accélération» de l’inflation en 2021. Celle-ci devrait atteindre 4,5 %, en raison de la baisse de la consommation et des revenus des ménages et des sociétés, suite à l’exécution des instruments de la politique monétaire, explique-t-on.
En 2022, l’inflation connaîtra un léger recul pour se situer à 4,05%, puis remontera de nouveau en 2023, pour atteindre 4,72%, prévoit encore le PLF de l’année prochaine
Selon l’encadrement économique global auquel s’est référé le PLF, le prix référentiel du baril de pétrole devrait se stabiliser autour de 40 USD pour la période 2021-2023 avec la stabilité des cours du marché mais avec un écart de cinq (+5) dollars/baril par rapport au prix du baril devant s’établir à 45 dollars durant la même période.
Les recettes pétrolières devront atteindre, durant la période 2021-2023, 23,21 mds usd en 2021, 28,68 mds USD en 2022 et 26,45 mds usd en 2023, sur la base de 45 dollars le baril de pétrole brut Sahara Blend durant la période de projection.
Le PLF 2021 prévoit, par ailleurs, un recul des cours de change du Dinar algérien (DA) contre le dollar américain (USD), où la moyenne annuelle devrait atteindre 142,20 Da/USD en 2021, 149,31 DA/USD en 2022 et 156,78 DA/USD en 2023.
Par conséquent, l’encadrement économique global du PLF 2021 exige l’enregistrement d’un léger recul de la valeur de la monnaie nationale contre l’USD d’un taux de près de 5% annuellement.
Concernant l’importation des marchandises, une baisse devrait être enregistrée d’un taux de 14,4% de la valeur courante en 2021 par rapport à la clôture 2020, pour atteindre 28,21 mds usd. Les importations devraient atteindre 27,39 mds usd en 2022 puis 27,01 mds usd en 2023 et ce, dans le cadre de la rationalisation continue des importations et leur remplacement progressif par le produit local.
Quant aux comptes extérieurs de l’Etat, ils devront atteindre un solde global négatif de -3,60 mds usd, soit une amélioration ressentie par rapport à 2019 (-16,93 Mds/USD) et à 2020 (-12,3 Mds/USD par rapport à la clôture 2020).
Pour ce qui est du déficit budgétaire du compte courant, le PLF 2021 prévoit une baisse de 10,6% par rapport au Produit intérieur brut (PIB) à la clôture 2020 puis de 2,7% en 2021.
Le même projet de Loi de finances propose, par ailleurs, la clôture de 38 comptes d’affectation spéciale et ce, dans le cadre de la réhabilitation des principes budgétaires publics, fait savoir encore le ministère des Finances, soulignant que «cette mesure vise à améliorer et à conférer davantage de transparence à la gouvernance financière publique à travers la réhabilitation des principes budgétaires», a indiqué, à ce propos, Mme Azouar, soulignant que la mise en place de ce type de gestion vise principalement à financer des opérations à caractère spécial, cyclique et limité dans le temps.
«Au fil du temps, ce mécanisme est devenu un outil de financement permanent, ce qui a rendu difficile le contrôle des dépenses publiques», a-t-il expliqué, et «la multiplication des comptes d’affectation spéciale a entraîné une mobilisation inefficace des ressources budgétaires», a-t-elle ajouté. <