Après donc un faux suspense qui n’aura pas duré si longtemps, Abderrezak Makri est plébiscité candidat du MSP à la présidentielle du 18 avril prochain. C’est la décision prise par le conseil consultatif du parti réuni, ce week-end, en session consacrée à l’examen de la situation en lien avec le scrutin présidentiel du printemps prochain.

La décision du parti islamiste de prendre part à ce scrutin, si elle n’avait pas laissé assez de doute quant à son choix de participer ou pas, signe, cependant, un retour du MSP à l’élection présidentielle, une compétition dans laquelle il n’a pas figuré depuis… 24 ans. La dernière candidature du MSP remonte, en effet, à l’élection présidentielle de 1995 qui a vu le chef et fondateur du parti, Mahfoud Nahnah, postuler à la magistrature suprême devant Liamine Zeroual – vainqueur de la consultation -, Saïd Sadi et Noureddine Boukrouh.
Président du parti depuis 2013, en succession à Aboudjerra Soltani, qui a fait état de son intention de postuler à ce scrutin avant de se rétracter au cours des travaux du dernier conseil consultatif du parti, Makri hérite ainsi de la responsabilité de mettre le MSP à l’épreuve de la présidentielle.
Emanant d’une formation politique participationniste, le choix de prendre part à cette consultation électorale correspond visiblement à l’activisme dont aura faire preuve Makri depuis son accession au règne du parti islamiste. L’opinion aura remarqué, en effet, la forte présence du président du MSP sur l’espace public et médiatique en dépit de son recul en matière de représentativité dans les assemblées élues.
Sous la direction d’un Makri omniprésent, qui mena le MSP vers une certaine forme d’opposition au pouvoir, le parti ne cédait pas la moindre tribune d’expression pour défendre les thèses du parti.
Cet entrain s’est manifesté notamment par le rôle central que le parti s’est accordé dans la défunte Coordination nationale pour le changement et la transition démocratique (Cnltd). Et c’est dans cette logique, de mettre à profit toute opportunité d’investir l’espace public, que le chef du MSP se présente à la présidentielle 2019 maintenant qu’il a eu à l’unanimité du quitus du conseil consultatif. Et si l’on se réfère aux propos tenus par Makri himself, quand il avait insinué à une très probable participation du parti à la présidentielle, nul doute que le MSP s’y préparait en conséquence, comme le témoigne le « programme alternatif » qui sera le socle de sa campagne.
Il reste, cependant, à Makri de s’armer d’un argumentaire très solide, une fois, bien entendu, sa candidature validée par le Conseil constitutionnel, compte tenu des réactions que son activisme et ses différentes initiatives politiques avaient suscitées, particulièrement celles portant sur le report de la présidentielle. Aussi, Makri a laissé entendre durant des mois que « le MSP ne participera pas à la présidentielle si Bouteflika se portait candidat ». Un préalable qu’il n’a pas respecté, dans le sens où il se lance dans la bataille sans même savoir si Bouteflika briguera un 5e mandat ou pas.
Interrogé lors de la conférence de presse, animée après son plébiscite comme candidat du MSP, Makri a rétorqué : « Cette question (candidature de Bouteflika) n’a plus de sens dans l’état actuel des choses, du moment où nous sommes dans une situation où le président est absent. Ce que nous avons constaté aussi est que la question du 5e mandat a été utilisée pour cloîtrer les partis politiques. »
« En 2019, nous sommes à la fin d’une étape marquée par le règne de Bouteflika. Certains veulent organiser l’étape d’après, sans nous, mais cela n’arrivera pas. Ils ont voulu nous éliminer à travers cette opacité, mais nous n’allons pas disparaître de cette façon », a-t-il estimé, ajoutant que l’institution militaire « doit être neutre » à l’occasion de ce scrutin. S’agissant des conditions du scrutin, il a soutenu que son parti « n’a jamais lié sa participation aux garanties de transparence », expliquant que la transparence « reste une question de lutte de tous les jours ». Makri a affirmé à cette occasion qu’il oeuvrera à la concrétisation du consensus national s’il venait à être élu président de la République, car il s’agit, selon lui, « d’une étape indispensable pour le développement du pays ».<