Dans un communiqué diffusé vendredi, à l’issue de la conclusion de l’évaluation de la stabilité du système financier (FSSA) avec l’Algérie, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué que «la monétisation du déficit avait augmenté les risques macroéconomiques et les réserves internationales avaient considérablement diminué».

«Les interventions du gouvernement dans l’économie sont omniprésentes et financées par les revenus des hydrocarbures, ce qui rend l’Algérie très vulnérable aux chocs exogènes et lui laisse une marge de manœuvre limitée pour les absorber», conclut l’institution de Bretton Woods, mettant en garde contre les vulnérabilités du système bancaire algérien, dont les tests de résistance ont montré que le choc COVID-19 est susceptible de laisser certaines banques sous-capitalisées et, s’il se prolonge, pourrait entraîner une sous-capitalisation à l’échelle du système. Ce n’est pas la première fois que le FMI met en garde contre les effets pervers du financement monétaire des déficits budgétaires. Au lendemain de l’adoption, en octobre 2017, de la planche à billets comme moyen de financement, les économistes du FMI avait averti dans leur rapport publié à la mi 2018, faisant suite à leur séjour à Alger, dans le cadre de l’article 4 des statuts du FMI, que cette approche, à savoir la planche à billets, «pourrait certes offrir un répit à l’économie à court terme, mais également faire peser des risques considérables sur les perspectives économiques». Les experts du FMI, ayant séjourné à Alger fin 2017, coïncidant avec l’adoption du financement non conventionnel par le gouvernement, ont souligné, à ce moment-là, que la monétisation des déficits aura comme conséquence probable d’exacerber les déséquilibres budgétaires et extérieurs, d’alimenter l’inflation, d’accélérer la diminution des réserves de change, d’aggraver les risques pour la stabilité financière et, en fin de compte, de ralentir la croissance. Deux années plus tard, le Fonds monétaire international revient sur ses précédentes alertes et fait constater que, moins de trois ans après que la planche à billets ait commencé à produire, la situation macroéconomique du pays s’est nettement détériorée et le secteur bancaire, qui était passé d’un état de sous-liquidité à une situation de surliquidité, reste, aujourd’hui, totalement vulnérable et dépendant de la planche à billets. «La gestion des liquidités est sous-développée. Les subventions administrées via le secteur financier devraient être réformées et la finance inclusive et les paiements numériques mieux développés», recommande l’institution multilatérale dans son communiqué de vendredi dernier. Les administrateurs du FMI n’ont cessé depuis 2015 d’appeler à l’indépendance de l’autorité et politique monétaires. Face aux alertes du FMI quant aux effets pervers du financement monétaire du déficit, la banque centrale s’était engagée à rester vigilante et à stériliser, le cas échéant, les liquidités apportées par le financement monétaire. Depuis peu, le gouvernement multiplie les sorties médiatiques pour dire son choix de tourner définitivement la page de la planche à billets. Cependant, depuis la résurgence des problèmes des liquidités, sur fond de baisse des disponibilités financières et des recettes, alors que le budget 2021 se caractérise par une nette hausse des dépenses, la question du financement des déficits se pose avec acuité, tout comme celle invoquant les alternatives possibles à la baisse des liquidités bancaires. Le FMI vient de remettre au goût du jour ses mises en garde quant aux conséquences de la planche à billets sur la situation macroéconomique du pays, histoire d’avertir, une fois de plus, s’il en fallait une, sur les risques du financement non conventionnel en ces temps de vaches maigres. <