Les annonces et indications du ministre des Finances, dans l’entretien accordé à l’APS, fournissent des indices de l’incohérence du discours officiel sur la situation financière du pays ainsi que sur les alternatives pour la sortie de crise. Le plus étonnant dans les affirmations du grand argentier du pays est cette nette distanciation par rapport à l’annonce du porte-parole du gouvernement Hassane Rabhi. Ce dernier avait indiqué, le 23 juin dernier, que l’Algérie s’orientait vers la fin de la mise en œuvre de la planche à billets. Le ministre des Finances, lui, affirme que cette mesure «sera gelée en 2019 mais restera un instrument de financement valable jusqu’en 2022». L’annonce du ministre des Finances tranche également avec la position de la Banque d’Algérie sur la planche à billets. Des voix dissonantes entretiennent le flou sur l’évolution de la situation financière du pays. Il convient de rappeler que, dans une note rendue publique récemment, la Banque d’Algérie avait clairement affiché qu’elle était opposée à cette mesure et que l’Algérie disposait, contrairement aux affirmations de l’ex-Premier ministre Ouyahia, de plusieurs alternatives, notamment monétaires, qui permettaient d’éviter l’émission de dinars sans contrepartie productive afin de faire face aux dépenses publiques. Ce financement non conventionnel peut avoir un impact négatif sur l’économie nationale, à savoir un risque d’hyperinflation et une forte dévaluation du dinar. En clair, des retombées guères positives sur le pouvoir d’achat de la majorité de la population, selon l’avis de beaucoup d’économistes nationaux. Le ministre des Finances, de façon surprenante, censé exprimer la position du gouvernement, s’écarte donc de cette ligne. Alors que des observateurs avertis de la scène financière nationale pensaient que cette option allait être définitivement abandonnée, Mohamed Loukal laisse planer le doute. Il annonce d’abord, l’abandon de la planche à billets en 2019, en indiquant toutefois que 1 000 milliards de dinars au titre de ce financement ont été mobilisés l’année en cours pour réduire le déficit budgétaire. Il laisse entendre, ensuite, que ce financement non conventionnel constituera une alternative que le gouvernement pourrait utiliser jusqu’en 2022. Cette sortie du premier argentier du pays fournit un indice des courants contradictoires qui traversent la gouvernance politique et économique du pays ainsi que des résistances du système rentier qui est loin d’être remis en cause malgré les pressions du mouvement citoyen. Le ministre des Finances, avec ces annonces, se projette du reste dans un horizon à moyen terme alors qu’il fait partie d’un gouvernement provisoire, juste chargé de gérer les affaires courantes, en attendant l’organisation d’une véritable élection présidentielle.
Le ministre des Finances n’a pas présenté, du reste au cours de cet entretien, une batterie de véritables solutions à court terme pour augmenter les recettes budgétaires et les liquidités bancaires, réduire le train de vie de l’Etat, que préconisent maints économistes nationaux depuis plusieurs années. Le gouvernement Bedoui ne semble pas avoir actuellement une véritable feuille de route à court terme, du moins assez consistante pour réduire le déficit budgétaire, la facture des importations et freiner la fonte des réserves de change. Juste une esquisse de programme, voire quelques recettes utilisées par les gouvernements précédents et qui ont échoué.
Sur la situation financière de l’Algérie, le premier argentier du pays est optimiste : les réserves de change couvrent deux ans d’importations, de quoi éviter le recours au FMI en 2020 et 2021. Il oublie qu’en cas de poursuite de l’impasse politique et/ou d’une baisse des prix du pétrole, on assistera à une dégradation plus importante de la situation économique du pays qui pourrait aliéner la souveraineté économique de l’Algérie avec ses effets sur le chômage et le pouvoir d’achat. Ce qui inquiète au plus haut point la majorité des observateurs de la scène économique et politique du pays et qui, du coup, insistent sur la nécessité de trouver rapidement une issue à l’impasse politique, d’aller vers une véritable élection présidentielle sans quoi le pire est à craindre.
D’autant que le gouvernement actuel manque de légitimité pour pouvoir agir face à cette situation économique difficile.
Quant au patrimoine industriel détenu par les hommes d’affaires incarcérés, le ministre des Finances indique qu’un mécanisme réglementaire est prévu pour préserver cet outil de production ainsi que les emplois. Il ne souffle pas mot, cependant, sur les moyens, solutions ou approches, pour récupérer tout ou une partie l’argent dilapidé ou transféré illégalement à l’étranger. Sur l’endettement extérieur, il est resté évasif : «Il ne constitue pas une priorité pour le gouvernement». Cependant, il n’exclut pas cette option mais seulement, selon lui, pour des projets d’investissements rentables et à des conditions favorables pour le pays (crédits concessionnels). C’est ce que préconisent plusieurs économistes algériens.