Le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, a défendu, hier à Washington, l’option choisie par le gouvernement Ouyahia, pour les réformes, dès son arrivée aux commandes.

Lors de ses entretiens avec les responsables de la Banque mondiale, le vice-président pour la région Mena, Hafez Ghanem, le vice-président de société financière internationale, Sergio Pimenta, et la directrice des opérations pour le Maghreb, Abderrahmane Raouya a rappelé à ses interlocuteurs l’engagement ferme de l’Algérie de mener à terme un important programme de réformes pour stabiliser l’économie et promouvoir une croissance durable et inclusive, afin de faire face à la chute des prix des hydrocarbures. Après la conférence de presse du Premier ministre, durant laquelle a été rappelée la nécessité de poursuivre les réformes budgétaires et économiques initiées depuis maintenant quelques mois, le ministre des Finances était venu à son tour défendre les ajustements auxquels s’adonne le gouvernement, dont le but est de rétablir la viabilité des finances publiques. La semaine dernière, la Banque mondiale avait dressé un tableau peu reluisant des perspectives de l’économie algérienne prise au piège de la chute des cours pétroliers mondiaux. Le ministre des Finances s’est expliqué essentiellement au sujet de la planche à billets, une option décriée par les institutions de Bretton Woods, la semaine dernière, dans des rapports distincts sur l’évolution des agrégats financiers de l’Algérie. «L’adoption d’une politique monétaire non conventionnelle allège les contraintes sur les finances publiques à court terme, mais donne de fausses indications sur la réorientation envisagée pour l’économie, qui vise à réduire la dépendance par rapport aux hydrocarbures, et sur le rôle de l’État, tel qu’il ressort du rapport Vision 2035 qui sera prochainement diffusé», a souligné la Banque mondiale dans ses prévisions sur l’évolution de l’économie algérienne diffusées la semaine dernière. Son institution jumelle, le Fonds monétaire international, suggère, de son côté, qu’en cas de maintien du financement monétaire, de mettre en place des sauvegardes robustes pour le plafonner en volume et en durée, tout en lui appliquant un taux de marché. En marge de sa participation aux réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, Abderrahmane Raouya a assuré aux responsables de ces institutions que le financement non conventionnel auquel a recouru l’Algérie a été accompagné de mesures rigoureuses en matière de suivi et de mise en œuvre pour assurer le rétablissement des équilibres macroéconomiques.
Le ministre des Finances a présenté l’évolution récente de la situation économique en Algérie, mettant en avant les dispositions réglementaires prises pour encadrer le recours au financement non conventionnel par des mesures rigoureuses en matière de suivi et de mise en œuvre d’un important programme de réformes. Devant les experts du FMI, Abderrahmane Raouya a précisé que le financement non conventionnel est orienté vers le secteur productif afin de stimuler la croissance et la création d’emplois. C’est la première réplique officielle du gouvernement face aux critiques des institutions de Brettons Woods, qui estiment que la planche à billets pourrait être porteuse de conséquences néfastes pour l’économie, dont des fièvres inflationnistes qui pourraient se révéler incontrôlables à l’avenir.
A ce sujet, le FMI table sur un niveau d’inflation de 7,4% cette année contre une projection initiale de 4,4%. La projection pour 2019 se situe autour de 7,6%. Les experts de la Banque mondiale s’attendent quant à eux à ce que le taux d’inflation grimpe cette année à 7,5% conséquemment, en partie, à la décision d’opter sur la création monétaire pour financer les déficits. Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, a, de son côté, indiqué que la stratégie du gouvernement était de mettre en place des réformes susceptibles «de renforcer la croissance potentielle et la productivité, créer des emplois, relever les défis liés aux progrès technologiques rapides, réduire les inégalités et promouvoir l’inclusion». Comme pour solliciter la compréhension du FMI quant à certaines décisions prises par l’Algérie pour faire face aux effets du contrechoc pétrolier, Mohamed Loukal a indiqué que les pays pétroliers «émergeaient graduellement des effets du choc externe de 2014 en contexte de reprise récente des prix de pétrole et du raffermissement de la croissance mondiale». Pour autant, il a estimé que les perspectives économiques de ces pays dépendaient fortement de leur effort de diversification, de reconstitution de coussins de sécurité, de prise en charge des vulnérabilités financières, de création d’emplois et de distribution des revenus. Dans le même contexte, le gouverneur a lancé un appel au FMI et à la communauté financière internationale à renforcer leur soutien aux pays à faible revenu et pays affectés par des conflits mais sans alourdir le fardeau de leur dette.