Le taux de réalisation du Plan national de lutte contre le cancer a atteint 70%, a indiqué le Professeur Messaoud Zitouni, chargé du suivi et de l’évaluation de ce plan. Dans une interview accordée à l’APS à la veille de Journée mondiale contre le cancer (4 février), le Pr Zitouni a précisé qu’«une véritable évaluation de ce programme ne peut se faire qu’après le parachèvement de toutes les étapes et expiration du délai restant qui s’étalera jusqu’à fin 2019 ou début 2020».
Comprenant huit principaux axes, ce plan a mis en exergue quatre types de cancer qui représentent, à eux seuls, 50% du nombre global des types les plus répandus en Algérie, estimés selon le registre national du cancer à 50 000 nouveaux cas/an, a-t-il fait savoir, précisant que les taux les plus élevés de cancers sont ceux du sein, du colon, du rectum, du poumon et de la prostate.
Il a, par ailleurs, fait part «d’obstacles bureaucratiques» qui entravent la mise en œuvre du plan dont il a la charge, dus à « l’absence de législation et réglementation, de prise en charge psychologique du patient, en sus de l’inexistence des services et hôpitaux qui prennent en charge le cancer des enfants».
Concernant l’enveloppe financière mobilisée par le Fonds national du cancer, estimée à 30 milliards de dinars, l’expert a fait état de «l’exploitation d’un taux faible de 3% seulement», imputant ce taux à la loi de finances qui n’a pas abordé le volet relatif à la gestion de ces fonds, d’une part, au manque de compétences pour mener à bien cette mission, d’autre part. Il a affirmé également que sans l’exploitation de la partie restante au cours des 11 mois du plan, «ces montants seront récupérés par le Trésor au moment où le secteur a besoin d’un soutien financier énorme pour lutter contre le cancer».
Soins privés : « revoir les tarifs »
Sur un autre volet, l’expert a mis à l’index les tarifs trop chers pratiqués par le secteur privé, appelant à une révision qui les rendrait plus accessibles au patient. Il est nécessaire de «revoir les tarifs des soins pratiqués dans le secteur privé, qui ne sont pas abordables pour le patient», a, en effet, souligné cet expert. Dans cette optique, il a préconisé l’application du système de contractualisation et la mise à jour de la nomenclature des métiers médicaux, appelant à cet égard à l’impérative coordination entre les secteurs public et privé. Cette procédure permettra «d’éviter tout dysfonctionnement qui pourrait survenir après l’augmentation du nombre de nouveaux centres au cours des prochaines années», a-t-il soutenu.
Accueilli hier à l’émission « L’Invité de la rédaction » de la Chaîne III, le Professeur Mourad Abid, chef du service de chirurgie au Centre de lutte anticancer de Batna, a estimé que le plan national anticancer «aura permis et permettra encore d’aboutir à une meilleure coordination et à disposer de chiffres interprétables». A propos des annonces relatives à la création d’un Réseau national d’enregistrement des cas de cancer et de système de détection précoce de cette affection, l’intervenant considère que de tels organes sont indispensables d’autant, note-t-il, que «faute d’indicateurs, les spécialistes sont contraints de s’appuyer sur des approximations pour évaluer le taux de survie ou de mortalité des patients».
Pour le Pr Abid, la lutte contre le cancer ne saurait avoir les résultats escomptés, et cette lourde pathologie continuera à sévir fortement tant que le calendrier de radiothérapie restera inorganisé et contraindra des malades à «attendre jusqu’à six mois» au lieu de faire l’objet d’une prise en charge «plus rapide», soulignera-t-il. Ajoutant qu’il est nécessaire de «rationaliser les moyens matériels et, en même temps, de disposer de personnels de soins mieux formés» au niveau des 17 centres anticancer disséminés à travers le pays.
Confirmant la probabilité d’une augmentation du nombre de personnes atteintes du cancer en Algérie, l’invité l’explique par les mauvaises habitudes alimentaires et de vie de nombre de citoyens. La meilleure façon de lutter contre cette pathologie consiste à «prendre sérieusement en compte l’axe 1 du plan anticancer qui recommande la prévention, notamment celle visant à mener une lutte de tous les instants contre le tabagisme et la mauvaise alimentation».