La dépendance exagérée, et dangereuse, des hydrocarbures, dont souffre l’économie algérienne, a été à nouveau mise en avant par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad. L’impact de cette dépendance se vérifie à tous les niveaux, constituant un frein au développement de nombreux autres secteurs, constate M. Djerad dans son mot à l’occasion de la publication du Plan de relance économique 2020/24.

Par Feriel Nourine
Notons d’abord que « grâce à ses ressources en hydrocarbures, pétrole et gaz naturel, l’Algérie a pu assurer un certain niveau de développement économique, notamment par le développement de nombreuses infrastructures, et concrétiser un Etat social garantissant notamment l’éducation et la santé gratuite pour tous », le Premier ministre revient sur les chiffres qui consacrent le secteur dans le statut de poumon de l’économie nationale, assurant « plus de 90% des exportations et représentant près de 40% des recettes de l’Etat ». Cependant, « ce qui constitue sa force constitue également sa plus grande vulnérabilité », explique l’intervenant avant de rappeler le coup dur encaissé par le pays depuis. Et d’insister sur « le poids écrasant du secteur des hydrocarbures » qui « a empêché toute diversification de l’économie, favorisé les importations par rapport aux exportations (hors hydrocarbures) et a fini par limiter le poids du secteur industriel a seulement 6 à 7% du PIB ».
Cette configuration se décline également par une économie qui connaît « une faible productivité des moyens de production et souffre notamment de lourdeurs administratives, de carences en termes de gestion, de difficultés d’accès au financement ou encore de l’absence d’une vision intersectorielle de long terme cohérente, pouvant guider et encadrer la mise en œuvre des politiques publiques », constate encore le Premier ministre, avant de souligner aussi l’impact de la Covid-19 qui est venu se greffer, ces deux dernières années, sur les difficultés qui mettaient préalablement à rude épreuve l’économie du pays.
Cette situation, qui n’est, cependant, pas irréversible, selon le même responsable, impose des défis majeurs à relever par le pays, explique-t-il, citant celui de « la diversification économique et celui de l’amélioration du climat des investissements », deux objectifs qui doivent bénéficier d’un mode d’emploi idoine pour se concrétiser, préconise-t-il.

Diversification des ressources financières : la voie à suivre
Cette voie est à trouver dans une conjoncture où il devient de plus en plus difficile de mobiliser la ressource financière, à cause de la baisse des recettes des hydrocarbures combinée à l’impact de la crise sanitaire sur l’activité économique, fait remarquer la même source. En effet, « dans cet ordre d’idées, la problématique de la mobilisation des ressources financières nécessaires au développement des infrastructures publiques et des investissements des entreprises économiques se pose de plus en plus avec acuité en raison de la persistance de la baisse drastique des ressources provenant des hydrocarbures et des effets de la crise sanitaire sur les activités économiques », lit-on dans son écrit. Lequel revient sur qui échoit aux pouvoir publics pour faire face à cette situation, entre trouver les solutions nécessaires à l’élargissement et à la diversification des sources de financement « en déployant les capacités nécessaires et les formules appropriées pour rétablir les liens de confiance, notamment, avec la sphère informelle la plus apte à renouer avec l’inclusion financière et économique », une diversification des sources de financement, particulièrement des infrastructures, serait utile afin de préserver les ressources budgétaires limitées pour les situations sans autre alternative, et la réforme et la modernisation du système bancaire et financière qui « constituent la pierre angulaire de la réussite de toute réforme économique ».
D’où le plan de relance économique mis en place comme « une nécessité impérieuse pour relever tous les défis socio-économiques des années à venir » et qui « devrait s’appuyer sur une intégration cohérente de tous les aspects des réformes, qu’il s’agisse des réformes macro-économiques, micro-économiques, organisationnelles ou encore institutionnelles. Ces réformes devraient inclure des mécanismes proactifs et efficaces afin de prendre en charge les éventuels effets collatéraux pouvant résulter de ces mesures, notamment sur le pouvoir d’achat des citoyens », poursuit le Premier ministre. En ce sens, il estime que les principaux fondements de ce plan de relance devraient être le renforcement de l’Etat de droit (primauté de la loi), le renforcement des institutions (renforcement des capacités de l’Etat), la concrétisation de l’égalité des chances (équité sociale), la participation à l’élaboration des politiques (inclusivité), la soutenabilité financière des projets, programmes et/ou réformes, l’amélioration du niveau de l’enseignement (amélioration du capital humain), le renforcement du rôle du secteur privé et des institutions de la société civile.
Cependant, la concrétisation de cette nouvelle approche économique « demeure tributaire de la libération de toutes les initiatives des contraintes bureaucratiques à travers la numérisation et l’assainissement des legs du passé, en veillant à garantir la stabilité de notre cadre législatif », est-il mentionné par le chef de l’Exécutif, lequel souligne que le gouvernement a orienté son action sur la diversification de notre économie, la maîtrise du cadrage de notre commerce extérieur, la valorisation des ressources naturelles, notamment le potentiel minier, la substitution des produits importés par des produits fabriqués localement, la promotion du tissu des entreprises nationales, en particulier PME, les micro-entreprises, la valorisation de nos potentialités humaines créatives et innovantes, notamment celles établies à l’étranger, la révision de la règle 49/51, l’abrogation du droit de préemption et sa substitution par l’autorisation préalable du Gouvernement, la suppression de l’obligation du recours au financement local pour les investissements étrangers, l’annulation du régime préférentiel d’importation des kits CKD/SKD, ainsi que sur le parachèvement de l’écosystème nécessaire au développement des startups et de l’économie de la connaissance.
En matière fiscale, « le gouvernement a mis en lumière les différentes réformes à mettre en œuvre, telles que la réhabilitation du service public, l’élargissement de l’assiette fiscale, la mobilisation des ressources et la numérisation de l’administration des impôts », souligne encore M. Djerad, en ajoutant que « cela permettrait de lutter efficacement contre la fraude fiscale ».<