L’Algérie assiste à un rétrécissement de la rente et un reflux de l’investissement étranger dans le secteur des hydrocarbures. La mise en oeuvre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures ainsi que la rationalisation de la consommation énergétique pourraient inverser la tendance.

Par Khaled Remouche
Toufik Hakkar a indiqué à la chaîne publique d’information que le plan de développement de Sonatrach 2022- 2026 nécessitera 40 milliards de dollars dont 8 milliards de dollars en 2022. Soit le même montant que le plan de développement 2021-2025 annoncé fin 2020. La part du lion sera réservée comme dans les programmes précédents à l’amont. Au tableau rose, la nouvelle loi sur les hydrocarbures, considérée comme plus attractive contrairement à la loi précédente, permettra à Sonatrach de ne plus supporter à 100% le financement d’un projet d’investissement dans l’amont. L’investisseur étranger s’engagera au prorata de sa part dans le gisement qui ne doit pas dépasser 49%.
Cette nouvelle réglementation qui encadre le secteur des hydrocarbures devra inverser la tendance en matière d’investissement étranger. Après le reflux des investissements étrangers dans le secteur des hydrocarbures, la nouvelle loi devrait favoriser une nouvelle dynamique en matière d’investissements à la faveur de l’injection de capitaux étrangers dans l’exploration et le développement des gisements sans lesquels la mobilisation de nouvelles ressources hydrocarbures ne pourra intervenir rapidement. Le partenariat avec des compagnies étrangères restera durant cette période 2022-2026 un axe stratégique de la politique de développement de Sonatrach.
Bemol, si on compare les montants d’investissements projetés à la chute des prix du baril de 2014, ils sont nettement plus importants que les 40 milliards de dollars projetés. Le plan de développement 2012-2016 projetait 80 milliards de dollars d’investissements en cinq ans. En 2018 Sonatrach annonçait un plan quinquennal de développement de 56 milliards de dollars. Ce qui démontre le rétrécissement de la rente et de la capacité de Sonatrach à financer seule les investissements dans l’amont pétrolier et gazier.
La crise sanitaire avec ses effets sur la compagnie pétrolière nationale n’est pas en reste. Sans le recours à de plus grands engagements des compagnies étrangères en Algérie durant la période, on assistera probablement à une stabilisation de la valeur de ses investissement. L’autre élément de l’équation à ne pas négliger, le financement de ce plan de développement ne sera assuré que si les prix du baril ne descendent pas sous les 70 dollars, a indiqué Toufik Hakkar.
Ce montant plus modeste laisse supposer que la pétrochimie, que le plan actions du gouvernement prévoit de développer pour favoriser l’intégration de l’industrie nationale et l’édification d’une industrie puissante de transformation des matières premières, ne bénéficiera pas d’une portion très importante de ces 40 milliards de dollars d’investissements. Cela se fera-t-il au détriment des grands projets pétrochimiques projetés depuis belle lurette comme les complexes de vapocraquage de fuel, de méthanol, de crackage de fuel et qui attendent depuis plus d’une dizaine d’années la signature de contrats de réalisation en association avec des partenaires étrangers.
L’autre indice important communiqué par le PDG de Sonatrach est le rythme de croissance de la demande domestique en produits pétroliers et gaziers, 5% par an. Cette forte croissance de la demande, si elle n’est pas freinée, risque de réduire les exportations de gaz et de pétrole à moyen terme, d’où l’urgence des urgences est d’aller rapidement vers la rationalisation de la consommation énergétique et la lutte contre le gaspillage de l’énergie. Cela passe par le frein à la consommation du gas oil par l’arrêt de l’importation de véhicules diesel et des prix du GPL et du GNC plus attractifs que l’essence sans plomb et surtout le gasoil. Cela passe également par l’arrêt de l’importation de produits électroménagers énergivores et une moindre taxation sur les produits électroménagers économes en énergie. Cela passe entre autres mesures importantes par l’isolation thermique des centaines de milliers de nouveaux logements livrés annuellement et, par extension, du parc immobilier national. <