La situation financière délicate actuelle rend difficile à court terme la concrétisation des mesures contenues dans le Plan d’action : déficit budgétaire énorme, montée des dépenses publiques
au courant des six derniers mois, faiblesse de la liquidité bancaire et une défiance à l’égard
du secteur bancaire et financier.

Par Khaled Remouche
Que ce soit au Parlement ou au sénat, les débats sur le Plan d’action du gouvernement se sont focalisés sur les questions du pouvoir d’achat, de la dévaluation du dinar, de la modernisation de la gestion du secteur public, du développement local. Nombre de députés ont appelé à l’application de mesures urgentes en matière protection du pouvoir d’achat des ménages, de consolidation du dinar, en matière de dépénalisation des actes de gestion. Ils ont appelé également à la fixation d’échéanciers de mise en oeuvre de ce plan, à des mécanismes précis d’évaluation des actions du programme gouvernemental, ainsi qu’à la détermination des moyens de financement.
En dépit de toutes ces réserves, le document vient d’être adopté par les deux chambres du Parlement. Un quitus donné au Premier ministre Aïmene Benabderrahmane lui permettant d’engager plus aisément les actions prévues par la feuille de route précitée.
Mais ce sera contre vents et marées que le gouvernement devra manœuvrer à court terme. Une situation financière délicate qui rend difficile la concrétisation des mesures de ce plan : déficit budgétaire énorme, faiblesse de la liquidité bancaire et un déficit de confiance à l’égard du secteur bancaire et financier. A cela s’ajoute un climat social guère serein avec menaces de grèves des syndicats de l’Education, montée au créneau des associations de consommateurs pour dénoncer la flambée des prix des produits de large consommation et l’incapacité à anticiper les épisodiques flambées des prix des produits sensibles. Jusqu’ici, les réponses du gouvernement aux préoccupations de larges franges de la population ne sont pas convaincantes. C’est pourtant sur la qualité des réponses de l’Exécutif sur le terrain à ces inquiétudes que sera jugé le gouvernement d’Aïmene Benabdarrahmane.
Face à la montée des dépenses publiques, en un mot des besoins de financement, le gouvernement continue à recourir à la planche à billets. Une mesure inflationniste, en l’absence de contrepartie productive à la quantité de masse monétaire supplémentaire en circulation. Cette mesure encourage l’érosion du pouvoir d’achat des ménages déjà touchés par les effets des glissements successifs de la valeur du dinar et les manœuvres spéculatives en force à chaque perturbation de l’offre sur le marché intérieur.
Sur ce plan, le Gouvernement est loin de disposer d’une feuille de route claire et précise pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens et encore moins de mode d’emploi à court terme pour corriger les dysfonctionnements du système de distribution de produits de large consommation. Il suffit pourtant d’appliquer la réglementation en matière d’organisation des marchés et des suggestions pertinentes des associations de consommateurs pour enregistrer des améliorations en matière de fluidité du marché, de transparence et de traçabilité dans les transactions et partant des réductions de prix sur les produits de large consommation.
L’autre réalité moins soulignée, face à une situation financière difficile, l’Algérie a fermé son marché de l’importation comme c’est le cas de l’automobile. « La vérité, ce n’est pas une question de cahier des charges ni de manquements des concessionnaires à ces dispositions, mais il s’agit d’une volonté des pouvoirs publics de ne pas ouvrir le marché de l’importation des véhicules en 2020 et 2021 en vue de préserver les réserves de change. Cette mesure se conjugue avec les nouvelles restrictions administratives aux importations de produits destinés à la revente en l’état qui participent à la volonté du gouvernement de réduire les importations », explique un économiste qui a requis l’anonymat.
Enfin, il convient de souligner que les nouveaux moyens de financement hors budget de l’Etat, exposés dans le Plan d’action, ne peuvent être mobilisés à court terme. Il s’agit, en particulier, de l’argent de l’informel estimé à des dizaines de milliards de dollars difficilement mobilisables en raison du gap de confiance et de l’absence de mesures réellement incitatives pour drainer cette manne financière. Le partenariat public-privé attend, lui, la finalisation d’une loi sur cette formule de financement des infrastructures et l’identification des projets éligibles à ce type de financement. Les ouvertures du capital des entreprises publiques, elles, nécessitent un processus qui met du temps, au moins deux ans, entre l’identification des entreprises touchées, le diagnostic, l’évaluation des actifs jusqu’au choix des repreneurs. n