En pleine accélération de la campagne de lutte anti-Covid et à moins d’une semaine du «Big Day», journée du 11 septembre, durant laquelle le ministère concerné compte mobiliser tous les moyens pour vacciner le plus grand nombre de personnes dans le pays, l’attention est aussi portée sur le volet santé publique du «Plan d’action» du gouvernement. Un programme ambitieux qui nécessite une organisation sérieuse des différents acteurs du secteur

PAR Selma Allane
Dans son document, l’Exécutif affirme que «les principaux défis auxquels est confronté notre système de santé résultent de la transition sanitaire et démographique que traverse notre pays». Il s’agit de l’apparition de nouvelles pathologies bousculant la médecine algérienne car nécessitant une nouvelle offre thérapeutique curative. En raison des bouleversements dans les habitudes de vie de notre société, beaucoup d’Algériens souffrent, en effet, de maladies, notamment chroniques, qui n’étaient pas connues ou répandues auparavant. Il s’agit également de l’accroissement rapide de la population, un facteur qui multiplie les besoins en santé et la pression sur le personnel et les structures de soins dans le pays. La politique qu’il entend mener dans le secteur sera ainsi «renforcée dans son approche multisectorielle et pluridisciplinaire» à l’échelle nationale et locale. «Elle œuvrera à consolider et à améliorer l’intégration de la variable démographique (…) en vue d’assurer l’équilibre entre les ressources humaines, les ressources économiques et l’environnement».
En somme, il est question pour le gouvernement de mobiliser toutes ces ressources en fonction des régions et de leurs populations selon «trois axes prioritaires» : «l’humanisation de l’activité santé par l’amélioration de l’accueil, notamment au niveau des urgences médico-chirurgicales», la sensibilisation, la mobilisation et la motivation des professionnels de la santé». Pour l’organisation de l’ensemble et performer l’offre de soins algérienne, le gouvernement annonce la mise en place d’une «carte sanitaire» et d’un «schéma d’organisation sanitaire» qui consisteront à regrouper «les entités au niveau local, afin de répondre aux besoins de santé de manière intégrée, hiérarchisée et permanente au niveau d’une aire géo-sanitaire précise, en mutualisant les ressources humaines et matérielles». Il s’agira de «normaliser, à tous les niveaux, afin de disposer de structures performantes avec des plateaux techniques standardisés et une répartition équitable en moyens humains et matériels, garantissant un accès équitable aux services de santé».
Le gouvernement entend renforcer les capacités des structures de proximité et «développer la santé de proximité par l’externalisation des consultations spécialisées et la concrétisation de la notion de médecin référent». Il veut consolider «l’organisation et le fonctionnement des structures d’urgence, à travers la normalisation, la mise en place des réseaux de prise en charge hiérarchisée, le renforcement des points d’urgences de proximité et la réorganisation de l’Etablissement d’aide médicale d’urgence (Eamu) et des Service d’aide médicale d’urgence (Samu). Il annonce s’attacher également à la normalisation de l’activité au niveau du secteur privé «en tant que secteur complémentaire au secteur public». Dans les zones géographiques ne disposant pas des «plateaux techniques» adéquats pour la prise en charge de certaines maladies, il affirme «développer le transport aérien dédié aux évacuations dans le Sud et les Hauts-Plateaux» ainsi qu’un «système d’information sanitaire performant, en intégrant les technologies de l’information et de la communication et développer des plateformes internes et externes pour les établissements de santé et de télémédecine».
En ce qui concerne le volet formation des professionnels de la santé, il s’agira de répondre «aux besoins en termes de pluridisciplinarité et développer l’évaluation de la qualité des pratiques et de la sécurité des soins, de «mettre en place un programme spécial de formation nécessaire pour pallier au déficit actuel de certains professionnels tels que les assistants médicaux d’anesthésie et de réanimation, les sages-femmes, les accoucheuses rurales et les manipulateurs radio, et développer d’autres filières de formation pour s’adapter à l’évolution technologique». En matière de prévention et de lutte contre les maladies transmissibles, la priorité est à la vaccination dans la lutte contre les maladies contrôlables par ce moyen comme la polio, la diphtérie, la rougeole, la rubéole et la tuberculose.

Lutte anti-Covid : 20 millions de personnes à vacciner
Pour la lutte anti-Covid, il s’agira de « renforcer les actions de sensibilisation de la population pour l’application des mesures de prévention», d’«améliorer les conditions de prise en charge des malades atteints du Covid-19, en renforçant les établissements hospitaliers en moyens humains et matériels, notamment en oxygène». «Il est ainsi programmé le lancement d’opérations de maintenance des équipements d’approvisionnement en oxygène au niveau des établissements de santé et l’acquisition d’unités de production d’oxygène. En ce qui concerne la vaccination anti-Covid, l’objectif est de «vacciner 70% de la population adulte, soit 20 millions de personnes, avant d’étendre la campagne de vaccination à toute la population concernée à travers la mise en œuvre du programme national de vaccination».
«En matière de prise en charge des maladies non transmissibles et des risques sanitaires liés à l’environnement et au climat, il s’agira de créer des réseaux de soins avec hiérarchisation de la prise en charge (urgences cardiovasculaires, cancer, réanimation, AVC, femme gestante…), pour une meilleure prise en charge des maladies non transmissibles». Il est question de «promouvoir le dépistage des cancers, à la consolidation du réseau national des registres de cancer et la réduction de l’impact environnemental sur la santé, redynamiser le plan national de promotion de la santé mentale, développer la greffe d’organes».
En matière de couverture sanitaire dans le Sud et les Hauts-Plateaux, il s’agira de (…) renforcer la surveillance épidémiologique au niveau des wilayas frontalières, compte tenu des menaces sanitaires émergentes et ré-émergentes à potentiel épidémique, de «créer un observatoire des maladies tropicales à Tamanrasset», d’«améliorer les conditions et les mesures incitatives pour les professionnels de santé au niveau des régions du Sud et des Hauts-Plateaux, et «mettre en place un programme spécial en faveur des médecins généralistes issus des Hauts-Plateaux et du Sud en vue de leur assurer une formation dans diverses spécialités et de leur affectation dans ces régions». Il est question également de «renforcer le dispositif de jumelage et de télémédecine entre les établissements de santé du Sud et des Hauts-Plateaux avec ceux du Nord, pour assurer un accompagnement en matière de formation et de soins spécialisés de proximité»
«En matière de financement, il s’agira de formaliser le système de contractualisation entre les établissements de santé et les organismes de sécurité sociale». Il s’agira également de «mettre en place un système d’évaluation et d’audit en santé ainsi que des projets de service, projets d’établissement, des contrats d’objectifs et de performance, dans un souci de planification et de maîtrise des dépenses».