Comme annoncé 24 heures avant sa tenue par les services du Premier ministre, la réunion du Conseil des ministres présidée par le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a constitué plus un «point d’ancrage» pour les ministres qu’un plan d’action qui traditionnellement décline les missions et les objectifs assignés à chaque département.

Il énonce cependant des orientations importantes sur de grands dossiers, ce qui laisse vraisemblablement supposer que le gouvernement Djerad est soumis à un contrat de performance sous le signe de l’urgence, notamment celle de «procéder à une révision profonde des modes de gouvernance et de concevoir de nouvelles règles afin de mener à bien les politiques de développement et d’insuffler une dynamique interactive».
Pour y arriver, le gouvernement mise, à se fier à sa feuille de route, sur l’adoption de plusieurs mécanismes, «essentiellement la réforme du système électoral, l’opérationnalisation de mécanismes innovants de réforme financière et fiscale ». Comme il mise sur «l’adoption d’une démarche rassurante en direction des opérateurs économiques les plus affectés par les choix inappropriés en matière de gestion des affaires économiques ».
On l’aura ainsi constaté que le gouvernement parle clairement de «choix inappropriés », œuvre de l’ancien Exécutif qui n’était pourtant que celui des affaires courantes, mais auxquels doit désormais faire face le staff de Djerad, qui évoque dans son plan un « renouvellement économique » basé sur le triptyque, sécurité alimentaire, transition énergétique, économie numérique. Et si l’objectif de la sécurité alimentaire ne laisse pas de place à l’équivoque, les deux autres dossiers, à savoir la transition énergétique et l’économie numérique, recommandent un surcroît de prudence pour des raisons objectives.
Réforme de l’Ecole et de l’Université
Par ailleurs, le plan Djerad, qui sera soumis à l’Assemblée populaire nationale (APN) et au Conseil de la Nation conformément à l’article 94 de la Constitution, annonce « la réforme et le redressement » des systèmes de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et de la Formation et de l’Enseignement professionnels.
Autrement dit, le système éducatif national sera, une nouvelle fois, réformé tel que l’a annoncé le premier magistrat du pays dès sa prise de fonction présidentielle et maintes fois réitéré lors des précédentes réunions du Conseil des ministres où la question de l’Ecole a toujours occupé une place centrale. S’agissant du système en vigueur dans l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique, le Président Tebboune a ordonné au ministre en charge du secteur «une profonde révision de ce système dans son volet social et pédagogique pour être en adéquation avec les exigences de l’heure, notamment l’accroissement démographique pesant sur les capacités de l’Etat». A l’évidence, une « profonde révision » du système n’annonce pas moins une remise en cause de l’expérience du LMD (Licence-master-doctorat) qui ne compte pas de nombreux partisans au sein de la famille universitaire. Le ministre de l’Enseignement supérieur, dont la nomination à ce poste a été saluée par la communauté universitaire, fait partie de ceux qui n’avaient pas approuvé l’option LMD. « En privilégiant l’option LMD, les autorités algériennes se fourvoient et compromettent l’avenir du pays », avait-il dit, alors qu’il s’exprimait sous la casquette de l’universitaire chercheur, estimant que « nous avons besoin d’ingénieurs et qu’il faut remettre les disciplines techniques à l’université dans la mesure où les enjeux actuels nous imposent de revoir rapidement notre stratégie ».

La lancinante question des libertés publiques
Dans le registre des libertés publiques et des droits de manifester, une problématique qui se pose avec acuité depuis plusieurs mois dans le sillage des manifestations du mouvement populaire, avec la multiplication d’arrestations et d’incarcération d’acteurs politiques, le communiqué du Conseil des ministres indique que « le gouvernement œuvrera à garantir les libertés de réunion et de manifestation pacifique ». Cette œuvre est à inscrire dans le cadre de «la consolidation de l’Etat de droit et de la promotion de la pratique de la démocratie réelle », lit-on dans le communiqué.
Il a été question, selon la même source, de « soutenir la presse et les médias dans l’exercice de leurs activités dans le cadre de la liberté, du professionnalisme et du sens de responsabilité et de l’éthique, outre la régulation de la presse électronique et de la publicité ». Cette promesse intervient après l’instruction du chef de l’Etat portant sur « la régularisation de la situation juridique des journaux électroniques domiciliés en Algérie », précisant que « ces médias seront traités sur un pied d’égalité que la presse nationale écrite en matière de couverture des activités nationales et officielles et d’accès à la publicité publique et ce, dans le strict cadre de la loi et de la déontologie de la profession ».