Sans jeu de mots par rapport aux circonstances tragiques que le pays vient de connaitre récemment durant les gigantesques incendies qui ont ravagé nos forêts et une partie importante de notre économie locale, en Kabylie particulièrement, le «plan d’action» soumis par le Premier ministre et ministre des Finances au Conseil des ministres – en prévision d’un débat au Parlement – le met en situation de combat contre de vieux obstacles et une crise nationale des plus sévères.

Par Lyes Sakhi
Le Conseil des ministres extraordinaire de lundi, 30 août, semble s’être passé comme le moment véritable pour le Premier ministre d’entrer dans le vif du sujet que lui a soumis le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune, en le nommant à la tête de la primature le 30 juin 2021.
Durant les trois mois qui se sont écoulés depuis son arrivée au Palais du gouvernement, Aïmene Benabderrahmane a dû surtout constater les difficultés de l’Exécutif, le sien, à riposter à la crise sanitaire dont le pic et le bilan de juillet ont ébranlé le dispositif anti-covid et à combattre les feux qui ont dramatiquement ravagé les forêts du pays, particulièrement en Kabylie.
Depuis deux jours, outre la réflexion à laquelle il a dû être incité durant ces grandes épreuves, dont les conséquences resteront lourdes à gérer – c’est vrai en particulier pour la catastrophe majeure qui a détruit tout un patrimoine écologique et économique en Kabyle -, il est officiellement porteur devant les Algériens d’un «Plan d’action» qu’il soumettra bientôt au Parlement.

Amorcer une sortie de la crise multidimensionnelle
On n’en connait que les grands axes – huit selon le communiqué du Conseil des ministres – mais on sait au moins que la logique qui les soutient est d’amorcer une sortie de la crise multidimensionnelle dans laquelle se trouve le pays. Il est question de «consolidation de l’Etat de droit et de gouvernance rénovée», d’«identité nationale de Mémoire», de «relance économique», de «défense», de «cyber défense» et de «politique étrangère» : des noms de dossiers et de chantiers dont certains sont déjà en cours à l’exemple de «la modernisation de la justice et du renforcement de son indépendance», de la «gouvernance rénovée (…) pour une moralisation de la vie publique et de lutte contre la corruption» ou de la «réforme (…) de l’administration publique».
Ceux-ci comme d’autres, à l’exception peut-être des développements qu’on observe en politique étrangère pour laquelle un effort et un engagement plus marqués sont annoncés par le chef de l’Etat et son chef de la diplomatie, Ramtane Lamamra, étaient déjà au cœur du débat et des interrogations de l’opinion nationale quand le gouvernement Djerad était encore aux affaires. Il s’agit, alors pour celui que dirige aujourd’hui Aïmene Benabderrahmane, de les accélérer ou d’y produire les orientations qui ont manqué pour les renforcer et les réussir, notamment en matière de «relance économique», une impulsion que tout le monde attend après le lourd impact sanitaire sur les revenus générés par les hydrocarbures, véritable carburant du pays, et sur l’entreprise d’une manière générale.
Pour s’attaquer à ce front, un vrai baptême pour le Premier ministre et argentier du pays, les données disponibles ne sont pas toutes rassurantes – un marché énergétique encore hésitant et toujours menacé par la baisse des prix malgré la relative embellie du premier trimestre 2021, des caisses de l’Etat dont la ressource ne correspond que très difficilement aux besoins et à la dépense publique, un réseau entrepreneurial et industriel en panne ou frappé d’épuisement, des sociales importantes-, mais il y a, en face, des indications de résilience – des réserves de change encore relativement importantes – et des initiatives qui, si elles sont courageusement et efficacement portées, devraient redonner quelques couleurs au climat des affaires.

Une impulsion économique que tout le monde attend
Parmi elles, lit-on ou rappelle-t-on plutôt, à travers les grands axes du «Plan d’action» annoncé, la «modernisation du système bancaire et financier», la «garantie de la stabilité juridique et institutionnelle» qui est restée pendant plus de deux décennies le maillon faible de l’environnement des investissements, lequel souffre aujourd’hui dans son volet «gestion» d’une tentation de «judiciarisation» et de pénalisation tous azimuts de l’acte de gestion contre laquelle le chef de l’Etat vient de mettre en garde le département de la Justice via le ministère de l’intérieur, lundi 30 août.
Le pays enregistre ces derniers mois «un recul de la cadence des investissements qui se traduit par l’hésitation des investisseurs à entamer des projets à cause des lenteurs dans le traitement des dossiers relatifs à l’investissement local». La peur de «poursuites judiciaires» empêche les responsables de signer les documents nécessaires au démarrage des projets, lit-on dans l’instruction présidentielle. Cette situation a «grandement influé sur la relance de l’économie nationale et freiné son affranchissement progressif des hydrocarbures, ainsi que la création d’emplois pour les jeunes», trouve-t-on encore dans ce document adressé aux walis et aux responsables locaux.
Dans le «plan d’action», figurent également des desseins poursuivis depuis avant l’arrivée d’Aïmene Benabderrahmane à la Primature comme la qualité de la santé et de l’enseignement à tous les niveaux, la disponibilité de l’eau (l’objectif est d’augmenter les capacités nationales de stockage de 10 milliards m3 à 12 milliards m3), le «renforcement de l’intégration du secteur parallèle dans les canaux officiels», le «développement du foncier économique et l’amélioration de son exploitation», la «modernisation du secteur agricole, de la pêche et développement des zones rurales», ainsi que la «promotion de l’industrie pharmaceutique» ; un secteur parmi les plus prometteurs où il existe de véritables petits champions qu’il convient d’appuyer, notamment sur le plan de la dépénalisation de la gestion et de la réglementation des changes comme le montre depuis des mois la triste affaire Merinal.