Par Khaled Remouche
Une partie de l’administration semble faire fi des instructions des autorités destinées à améliorer la situation économique et sociale du pays. Faut-il un mécanisme de sanctions, comme l’a suggéré le patronat, pour qu’enfin la bureaucratie ne constitue plus un rempart contre les forces de progrès dans le pays.
L’Algérie hérite aujourd’hui d’un gros problème de gouvernance. En effet, de nombreuses actions consignées dans les plans des gouvernements qui se sont succédé ces dernières années n’ont pas connu de concrétisation jusqu’à aujourd’hui. Le gouvernement Djerad n’est pas en reste. Et les grandes lignes, dévoilées lundi dernier, du plan d’action du gouvernement Benabderrahmane montrent qu’il s’agit de la reconduction en substance des mesures qui n’ont pas été appliquées ces dernières années et qui ont fait l’objet de multiples effets d’annonce du président de la République sans qu’ils soient suivis d’une mise en œuvre.
Qu’il s’agisse de la dépénalisation de l’acte de gestion, de la réforme du secteur bancaire et financier et du secteur public, de l’amélioration du climat des affaires, de la préservation du pouvoir d’achat et de la relance économique. Citons la réforme du secteur bancaire et financier, qui traîne et constitue l’un des principaux freins au développement économique du pays. Au demeurant, les changements opérés jusqu’ici ne touchent pas l’essentiel de ce qu’il faudrait faire pour que les banques et le système financier jouent le rôle de catalyseur de la dynamique économique et d’une croissance forte et durable. Gestion administrative au lieu d’une gestion fondée sur la performance, système d’injonctions au lieu d’une intermédiation efficace, dont la matérialisation est le choix de bons projets d’investissements, c’est-à-dire rentables ou d’un apport en termes de substitution aux importations, désignation d’administrateurs des banques publiques non en fonction de leur grande compétence ou de leur expertise avérée dans la gestion des banques, formation insuffisante aux métiers modernes de la banque, pauvreté du portefeuille de produits, boulet des créances non performantes, faiblesse de la bancarisation, retard dans la mise en place des système d’information moderne et de la digitalisation, persistance de la rigidité du régime de change, une Bourse parmi les dernières en termes de capitalisation dans la zone Afrique du Nord-Moyen-Orient, recul du marché obligataire national… Autant de points noirs dans le système financier algérien. Les résistances au changement et la mentalité bureaucratique expliquent en partie le peu de progrès réalisés dans la modernisation des banques. Quant à la préservation du pouvoir d’achat, il fait partie du discours officiel qui est loin de refléter la réalité. Quand on sait que pour réduire le déficit budgétaire, le gouvernement a, ces trois dernières années, fait glisser le dinar. Cette dévaluation du dinar a contribué à l’érosion du pouvoir d’achat exacerbée par les conséquences de la crise sanitaire : inflation importée (flambée des matières premières importées à cause de la Covid-19). Et un marché intérieur guère maîtrisé depuis des lustres, livré à la spéculation.
Quant à l’amélioration du climat des affaires, nous restons parmi les derniers selon le classement Doing Business de la Banque Mondiale, en dépit de plusieurs actions réalisées pour changer les choses. Question de démarche, l’imagination accuse un déficit. Il aurait suffi d’examiner les critères retenus par la Banque Mondiale pour classer les pays et de s’attaquer à corriger ces points noirs pour que nous remontions à vive allure dans le classement, soit en deux trois ans seulement.
Aujourd’hui, en dépit d’un discours officiel qui insiste sur l’amélioration du climat des affaires, peu de choses ont bougé. La perception des opérateurs et des experts sur le climat des affaires n’est pas positive. Ces derniers se plaignent toujours de l’accès difficile au crédit bancaire, au foncier industriel et des méfaits de la bureaucratie. Quant au plan de relance, il paraît visible en théorie mais dans la pratique, l’entreprise qui est au coeur de la dynamique et de la relance économie souffre du fait que sa voix, aujourd’hui, est inaudible : pas de réponse officielle à l’absence d’un véritable plan de sauvetage des entreprises en difficulté de trésorerie, impactées par les effets de la crise sanitaire. Et dont l’une des mesures phares est l’octroi de crédits d’exploitation ou de nouveaux crédits d’exploitation aux entreprises précitées afin de faire face aux problèmes financiers induits par la Covid-19, prévue par le gouvernement Djerad, mais sur le terrain, elle n’est guère appliquée ou très partiellement. Alors, comment peut-on relancer l’économie avec un grand nombre d’entreprises sur la voie de mettre la clef sous le paillasson ou en butte à de graves difficultés financières ? Le nouveau Premier ministre est, d’ailleurs, attendu justement sur la consistance de ce plan de relance. Sa cohérence, la précision de ses objectifs, un échéancier de réalisations de ces actions à court, moyen et long termes et un mécanisme de suivi et d’évaluation périodique de la mise en oeuvre des mesures de ce programme gouvernemental. Il devra être accompagné d’un effort de transparence et de concertation avec les acteurs économiques et les cercles de spécialistes pour rendre plus efficace son application. Des conditions de réussite jusqu’ici ignorées par les précédents gouvernements. <