PAR MILINA KOUACI
Le personnel de l’Education nationale exige que les pouvoirs publics satisfassent leurs revendications socioprofessionnelles, qui sont à l’origine des actions de protestations passées ou à venir. L’exercice syndical est régi par une loi qui définit clairement les droits et obligations des travailleurs. Cependant, la loi 90-14 relative aux modalités d’exercice syndical est «archaïque» et comporte des lacunes qu’il faut corriger, à condition que le partenaire social soit associé aux concertations. Réagissant à l’instruction du président de la République de préparer un projet de loi-cadre relatif à l’exercice syndical, qui régira les droits et obligations et défendra les intérêts des fonctionnaires et travailleurs, loin des tractations partisanes et politiciennes, Zoubir Rouina, secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), se «demande quel est l’objectif ou la pertinence d’élaborer un projet de loi pareil du moment qu’une loi définissant l’activité syndicale, droits et obligations des travailleurs est là ?». Le problème à ses yeux est de «pratiquer et d’appliquer des lois qui sont en vigueur», ajoute notre interlocuteur.
Les syndicats autonomes de différents secteurs crient notamment à la restriction de l’exercice syndical, à l’image des poursuites judiciaires contre les syndicalistes, des condamnations et le non-rétablissement des travailleurs que la justice a demandé de réhabiliter dans leurs postes, ajoute entre autres le secrétaire général du CLA. Il n’omet pas de rappeler que la Confédération des syndicats algériens (CSA) attend son récépissé d’enregistrement depuis près de trois ans.
Pour lui, les syndicats de l’Education nationale ne font pas de la politique. Les protestations et débrayages qu’ils observent sont alimentés par la situation sociale et la non-concrétisation des revendications soulevées depuis des années. «On ne fait pas de politique et les travailleurs ne peuvent être manipulés. Ceux qui se mobilisent le font pour améliorer leur situation socioprofessionnelle et dénoncer les conditions de travail et non par appartenance à un quelconque parti politique», ajoute le secrétaire général du CLA. Il cite, en particulier, la situation sociale, le volume horaire et la baisse du pouvoir d’achat. Il insiste, le secteur n’a pas besoin d’une nouvelle loi-cadre régissant l’activité syndicale, mais plutôt le respect des libertés syndicales.
Contrairement à M. Rouina, Amar Zouidi, secrétaire général du Syndicat national des superviseurs et adjoints de l’Education (SNSAE), estime que la loi 90-14 relative aux modalités d’exercice syndical est «archaïque» d’autant qu’elle ne protège pas les syndicalistes des poursuites judiciaires». Ce qui explique, selon lui, «l’abstention du travail syndical». Le monde du travail et les différents secteurs ont connu une évolution et des changements, ce qui exige d’élaborer une loi qui convient au contexte actuel.
Cette corporation salue ainsi la décision portant préparation d’un projet de loi régissant l’activité syndicale notamment pour mettre fin aux atteintes aux libertés syndicales constatées dans le secteur de l’Education nationale. «Nous avons besoin d’une loi qui prémunit les travailleurs des poursuites judiciaires. Une loi qui régit les relations entre syndicat, gouvernement et entre syndicats eux-mêmes», ajoute M. Zoudi, qui précise avoir demandé à réviser la loi régissant l’exercice syndical de manière à garantir les droits des travailleurs syndiqués. «Plusieurs secrétaires de wilaya sont poursuivis en justice par les directeurs d’établissement où ils exercent et non par la tutelle. «Ces dépassements doivent cesser», clame M. Zoudi.
Sur un autre volet, le secrétaire général du SNACE indique que «le nombre de syndicats a augmenté et les ministères reçoivent toutes les organisations syndicales, y compris celles qui ne disposent pas de 20% de représentativité lui permettant de négocier avec la tutelle». Il croit «opportun» d’élaborer une loi qui cadre l’activité syndicale, protège les travailleurs et empêche d’exploiter l’activité syndicale à des fins étroites.
Abondant dans le même sens, le secrétaire général du Syndicat national des corps communs, Sid Ali Bahari, exprime sa satisfaction envers cette décision à condition qu’elle profite aux syndicalistes et qu’ils soient associés aux débats et concertations. «Le pluralisme syndical existe, mais il n’est pas appliqué sur le terrain», regrette M. Bahari. Il explique que les syndicats de la Fonction publique, qui sont une force de proposition, sont exclus des réunions de la tripartite et des débats, dénonce notre interlocuteur. Sur un autre volet, il évoque les violations de la loi 90/14. «Un syndicat ne peut faire d’activité politique. Mais des partis travaillent avec des syndicats», conclut M. Bahari, qui pointe un doigt accusateur sur «l’absence du ministère du Travail». <