Sur la voie d’autres personnalités, l’ancien président de l’APN (2002-2004) Karim Younès plaide en faveur du dialogue à même de sortir le pays de la crise et où le mouvement populaire pourra trouver des réponses à ses revendications. Dans une déclaration, publiée hier, il a estimé que « le pays ne saurait retrouver son cours normal de vie, la satisfaction des revendications majeures des générations d’aujourd’hui, ses espérances maintes fois contrariées que par la rencontre des intelligences de tous dans un dialogue fécond, où chaque élément de la société aura trouvé sa place ». Seulement, pour ce dialogue, Karim Younès suggère qu’au-delà des hommes, des tendances de pouvoir et des velléités de récupération politicienne, « la mission historique de sauvegarde du pays en péril ne peut être menée que par ceux qui ont à cœur les intérêts suprêmes du peuple algérien ». Comme beaucoup de propositions, l’idée de Karim Younès n’écarte pas l’institution militaire, dont « le rôle dans la construction d’un Etat de droit » n’est pas à minimiser, selon lui. « On a beau soutenir que la mission du soldat est la défense du territoire et de son intégrité, cela demeure toujours ‘’un discours’’ qui durera le temps que durent les discours », estime-t-il, suggérant toutefois que « l’armée doit laisser des espaces plus grands aux partis dont le rôle consiste à être les relais de la société dans ses différentes expressions ». Ce qui est valable aussi pour le mouvement associatif, les ligues des droits de l’Homme, etc. Cette exigence, Karim Younès la justifie par le fait, qu’aujourd’hui encore, « le citoyen ne conçoit pas l’Etat sans son Armée et il en est de même pour toutes les Armées du monde, y compris celles des superpuissances ». À cela, il faudra cependant garantir via la Constitution, « l’exercice dans la transparence de l’intervention de l’Armée» et que ce qu’il qualifie de « frontières » soient dressées entre le politique et le militaire. Mais, « non l’une contre l’autre, mais l’une complétant l’autre dans l’intérêt de la République », a-t-il plaidé. Pour l’ancien président démissionnaire de l’APN, « on ne peut, en aucun cas, dénier à cette Armée le droit et le devoir de veiller sur l’état de la Nation ».
Reste, outre le dialogue, la feuille de route à suivre pour mettre fin à la crise. Sur ce, l’homme ne propose pas une voie précise, préférant redonner « la parole d’abord aux acteurs de ce formidable mouvement, issu d’une génération capable de suggérer les solutions qui entrent dans le cadre philosophique de sa démarche ». En effet, Karim Younès dont la « génération» doit, selon lui, tenir compte des nouveaux besoins et des interpellations de la société d’aujourd’hui et lui apporter l’appui nécessaire par un soutien franc et qualitatif, afin de rendre irréversible la marche vers de nouveaux lendemains. « On ne doit plus se substituer aux hommes et femmes qui ont pris la noble et courageuse décision de changer la trajectoire que doit prendre notre pays. » Pour les solutions, il estime qu’elles « existent» et sont d’ailleurs « largement suggérées dans les marches par une jeunesse consciente des enjeux, présents et futurs », non sans plaider pour l’impulsion d’un « cadre organisationnel » dont l’objectif commun consiste, écrit-il, « à tracer les contours d’une Algérie plurielle, plus apaisée, en conformité avec les espérances d’un pays en orbite sur le millénaire en cours».
Dans une allusion à tout ce qui est entrepris par le pouvoir, ou qui serait proposé par d’autres acteurs, pour tenter de dépasser la crise, Karim Younès se retient de toute critique, soutenant que ce n’est pas l’enjeu. « Les discussions autour de la ‘constitutionnalité’ des décisions pour une sortie de la situation de crise sont d’une stérilité évidente, alors que l’enjeu est d’assurer une politique de salut national et d’éviter toute dérive menaçante pour la Nation », conclut l’ancien président de l’APN.n