Décidée par le gouvernement et annoncée par l’autorité sanitaire chargée du suivi de la lutte contre la Covid-19, cette décision a des difficultés à être appliquée. Dans les pharmacies d’officine, ce masque de protection est, en effet, cédé au double du tarif communiqué officiellement. Dans une fourchette comprise entre 80 et 120 DA, selon ce que nous avons pu voir auprès des pharmaciens et gérants de ces établissements.

Si ces derniers affirment que « les quantités sont suffisantes et permettent de couvrir la demande », ils restent interrogatifs, en revanche, sur le prix de vente « plafonné » annoncé par le gouvernement. « L’échantillon des produits qui nous parviennent est proposé à partir de 70 DA la pièce», déclare un pharmacien à Bachdjarah. Brandissant une facture, il ajoute qu’il n’a pas encore reçu de marchandises lui permettant d’envisager une vente à 40 dinars la pièce. « Pour moi, c’est de la pure chimère », poursuit-il, nous invitant à « bien lire les chiffres ». « Le lot de 1 000 masques m’est proposé à 63 dinars l’unité. Avec une petite marge, il n’y a de possibilité que de le revendre à 70 dinars. Autrement, ce n’est pas intéressant ». « Certains collègues dans le quartier, ajoute-t-il encore, proposent ces produits à 80 dinars pour couvrir leurs frais ».
Notre interlocuteur jure que la fourchette de 70 à 80 « restera la plus basse du marché si l’on comprend qu’il s’agit bien de produits de protection et pas autre chose ». « Vendre la bavette à 40 dinars, ce sera possible si l’Etat s’engage à couvrir l’écart entre le prix du marché et le prix plafonné » qu’il a annoncé, nous fait-il savoir.
Pour un grossiste de produits d’usage pharmaceutique, à El Harrach, « les 40 dinars annoncés comme prix plafonné de la bavette ne correspondent même pas au coût de fabrication des produits que nous proposons aux pharmaciens d’officine et aux distributeurs de produits d’hygiène. Le tissu et les élastiques sont des produits importés », affirme-t-il. « S’il y a un circuit de fabrication locale, il faudrait le faire savoir aux opérateurs. A défaut, il faut encourager les ateliers de couture à confectionner des bavettes sous le contrôle d’une autorité compétente », souligne-t-il.
Pour rappel, le gouvernement a décidé de rendre « strictement obligatoire » le port des masques dans l’espace public à partir du premier jour de l’Aïd, lors de son dernier Conseil des ministres, et enfreindre cette obligation impérative exposerait les « contrevenants à des sanctions légales ».
« L’entrée dans les espaces et autres lieux publics tels que les marchés couverts, les souks, les cimetières, les parkings et les magasins, etc. est formellement interdite sans port de masque et respect de la distanciation physique », a-t-on précisé.
 Pour crédibiliser son action, le gouvernement compte beaucoup sur l’action associative encadrée par les walis. Lors du dernier Conseil des ministres, il s’est engagé pour que les masques soient disponibles à « grande échelle » et que leur distribution soit assurée à travers les « structures, comités et associations de la société civile ».
Il a chargé les walis de mettre en place « les dispositifs d’organisation et de coordination de collecte et de distribution des masques aux citoyens en s’appuyant notamment sur le réseau social, associations, comités de quartier, Scouts musulmans, Croissant-Rouge algérien ».n