Plusieurs manifestants des marches hebdomadaires du vendredi incarcérés au niveau de la maison d’arrêt d’El Harrach ont décidé, dans un rebondissement aux conséquences inquiétantes, d’entamer une grève de la faim. Le recours à une action de cette nature est justifié par la volonté des concernés de «protester contre l’arbitraire qu’ils subissent et le procès politique dans lequel ils ont été embourbés», estiment les avocats des détenus. Le recours à la grève de la faim comme action de contestation a été pris par 24 manifestants, arrêtés le 13 septembre et placés en détention préventive le 15 du même mois par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed à Alger.
Une ordonnance confirmée, par la suite, par la chambre d’accusation près la Cour d’Alger, qui a rejeté la demande de liberté provisoire introduite par le collectif de défense au profit de 24 détenus. La demande de liberté a été accordée uniquement à Bilal Ziane, visiblement sur la base de l’état de santé du concerné, atteint d’une tumeur.
Réagissant à l’annonce d’une grève de la faim des détenus, le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) s’alarme quant aux conséquences d’une «option extrême» prise au lendemain de la confirmation des mandats de dépôt par la Cour d’Alger à leur encontre. Mais, selon un avocat proche du dossier, la grève de la faim a été entamée il y a déjà quatre jours par le militant associatif de Rassemblement actions jeunesse (RAJ) Wafi Tigrine, et que c’est en signe de solidarité que ses codétenus ont décidé de lui emboiter le pas à partir de vendredi (hier, ndlr). Les détenus arrêtés lors des marches hebdomadaires du vendredi sont poursuivis pour «incitation à attroupement et atteinte à la sécurité de l’Etat», énoncés dans les articles 96 et 87 du code pénal.
Le CNLD appelle la société civile «à se mobiliser et s’unir pour exiger la libération immédiate de tous les détenus d’opinion et politiques, en participant massivement à la marche pacifique, prévue aujourd’hui, pour la commémoration du 31e anniversaire des événements d’Octobre 1988». Les avocats dénoncent, pour leur part, depuis la multiplication des arrestations qui ciblent les militants politiques et associatifs, ce qu’ils considèrent comme des «procès politiques et non de droit». Le Conseil de l’ordre des avocats d’Alger a menacé, mardi dernier, de «boycotter les procès contre les manifestants» au niveau du tribunal de Sidi M’hamed. Le barreau d’Alger a dénoncé, dans son communiqué, «les atteintes aux libertés fondamentales des citoyens, surtout le droit de manifester pacifiquement et la liberté d’expression». Le même barreau a exprimé, également, sa colère suite aux «violations de la procédure et de la loi qui touchent aux droits et aux libertés les plus élémentaires ainsi qu’aux droits de la défense dans le traitement des dossiers des détenus du Hirak». Considérant que ces atteintes «constituent une violation flagrante aux droits et libertés consacrés par la Constitution et les conventions internationales», le barreau d’Alger s’est dit «tenu à l’obligation de boycotter toutes les procédures de poursuites qui mènent vers des procès fictifs pour ne pas être partie prenante des atteintes aux droits des Algériens en assurant la légitimité à ces violations et atteintes dans le cas où elles se poursuivent».