Les gens qui ont connu la ville par le passé, les anciens comme on dit, n’ont jamais vu ça : des SDF à Ghardaïa ! Hommes, femmes, enfants, des personnes de tous âges et de toutes les régions du pays, des Subsahariens également, trainent du matin au soir dans la ville en quête de pitance avant d’aller se fondre dans la nuit froide, sans abri.

En certains endroits, la cité millénaire est devenue un camp de sinistrés à ciel ouvert où se meuvent des loques humaines dont les conditions de vie (ou plutôt de survie) fendent le cœur aux plus insensibles. Dans ces lieux aussi, des dizaines de familles subsahariennes, constituées en majorité de femmes et de beaucoup d’enfants, tentent de survivre dans les pires conditions : froid, promiscuité, absence de services d’hygiène et insalubrité. Pour s’en convaincre, il suffit de s’aventurer derrière la poste principale de Ghardaïa, mitoyenne de la gare routière, la « SNTV », pour constater la désolation. Âmes sensibles, s’abstenir de se rapprocher du « Village Africa », constitué de baraques, de huttes et d’abris en plastique et de toutes sortes de planches et de feuilles en zinc, trônant au milieu d’une montagne d’immondices et d’eaux stagnantes, gluantes et nauséabondes. Autour, des gamins en haillons, absorbés par leurs jeux et l’insouciance de leur âge. Il fait froid, très froid. Durant ces derniers jours, le thermomètre affiche les 8, voire 6 ou 5 degrés Celsius. «Ce ne sont pas ces quelques opérations ponctuelles menées dans un grand déploiement de forces de l’ordre sous les projecteurs et les caméras de télévisions qui vont atténuer les souffrances de ces gens. Il faut arrêter ce cirque et procéder discrètement en respectant leur dignité. Pourquoi venir tel un bataillon avec un déploiement de plusieurs véhicules de police, gyrophares allumés, pour juste leur donner, sous l’œil de journalistes déplacés pour l’occasion, un bol de soupe chaude ou une petite couverture ? Il faut arrêter de se donner bonne conscience pour la forme. Des actions sans tambours ni trompettes, il n’y a pas mieux», s’insurge un sociologue bien connu dans la région, révulsé par « l’ atteinte à la dignité des gens ». O. Y.