Ce qu’a dit le ministre de l’Industrie et des Mines, hier, sur la pièce de rechange fera certainement débat aujourd’hui au salon Equip’Auto qui lui est en grande partie dédiée. Selon Abdeslam Bouchouareb, l’activité de la « pièce détachée », comme on le dit si bien sous nos cieux sera bientôt soumise à un cahier des charges.

Autrement dit à une réglementation plus rigoureuse du marché, ce que de nombreux professionnels du secteur n’ont pas cessé de demander depuis le début des années 2000 et l’émergence dans le pays d’un marché de la concession automobile parmi les plus importants d’Afrique. Que dire de ce cahier des charges ? En l’absence du texte qui sera publié incessamment, il faut s’appuyer sur ce qu’a dit hier le ministre de l’Industrie : « Exiger un contrat direct entre l’importateur ou le concessionnaire et le constructeur original ou son fabricant homologué pour lui fournir des pièces » ; « La relation sera directe avec le fabricant original ou alors avec celui qui dispose de l’homologation pour produire au profit du constructeur ». Ces informations devront satisfaire avant tout ceux qui militent pour un assainissement du marché de la pièce contrefaite, souvent responsable du taux d’accidentologie élevé dans notre pays.
A un autre niveau, elles devront réjouir tous ceux d’entre les grands distributeurs qui pestent contre le « marché noir » et l’informel dont la pratique est dominante, affirment de nombreux professionnels.
La décision d’exiger aux importateurs des contrats d’achat auprès des constructeurs ou de leurs représentants homologués va sérieusement limiter, en effet, la chaîne des intervenants et des intermédiaires au sein de la filière. Elle va aussi rendre davantage visibles les acteurs d’un marché estimé hier par M. Bouchouareb à quelque 800 millions de dollars et opérer sans doute une sérieuse coupe dans leur effectif, l’achat direct auprès des constructeurs ne permettant plus les marges parfois incroyables que se permettent certains d’entre eux. Répercussions possibles ? En théorie, il y en a au moins trois : création d’un monopole d’importateurs ayant accès directement aux fabricants, raréfaction possible de l’offre du moins pendant la période transitoire au cours de laquelle de nombreux opérateurs disparaîtront par fuite de l’impôt réel et de l’obligation de transparence et l’extinction possible de nombreux détaillants habitués au « forfait » et aux factures de complaisance mais qui ont réussi à avoir leur place dans le circuit et satisfaire la demande des usagers. Trois contraintes en somme que le gouvernement doit absolument éviter. Pour que la réglementation, qui arrive très en retard dans notre pays alors que de mauvaises habitudes s’y sont enracinées, ne crée pas de dérives.
Et rater l’objectif: pièce achetée pour pièce vendue dans les normes, l’intérêt pour tous et la qualité requise.