La problématique des tensions fiscales, en plus des charges administratives et financières inhérentes au tiers-payant pesant sur les pharmaciens d’officines était au centre de la rencontre qui a réuni, lundi dernier, le ministre des Finances Aymane Ben Abderrahmane et une équipe du bureau national du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo) menée par son président Messaoud Belambri.
A la suite de cette rencontre, le ministre des Finances «a réitéré au Snapo la volonté du gouvernement de travailler dans un cadre de concertation avec les organisations professionnelles représentatives», souligne un communiqué du syndicat parvenu à la Rédaction. Il est aussi précisé que le Snapo a présenté au ministre des Finances un « état des lieux de l’officine tout en rappelant le rôle important des pharmaciens dans le système de santé algérien, dans la prise en charge des citoyens, notamment leur engagement aux côtés de la Sécurité sociale à travers les conventions du tiers-payant qui les lient aux différents organismes de sécurité sociale».
Le président du Snapo, Messaoud Belambri, nous a déclaré, hier, qu’après avoir exposé au ministre des Finances les conditions de travail difficiles dans lesquelles se trouvent les pharmaciens actuellement, « nous avons demandé des mesures fiscales pour accompagner les pharmaciens afin qu’ils puisse accomplir leur mission de santé publique et jouer ce rôle important de tiers-payant à travers la Sécurité sociale, car ce sont les pharmaciens qui sont sur le terrain et l’outil qui permet d’avancer pratiquement gratuitement les médicaments aux malades qui possèdent une carte Chifa».
A propos des dossiers abordés lors de cette audience accordée par le ministre des Finances, Messaoud Belarmbri déclare : « Nous avons notamment abordé le dossier du prix des médicaments. Il faut savoir que les prix ne sont pas libres et que la marge qui est très réglementée n’a pas évolué depuis le décret de février 1998. Par conséquent, la marge a énormément baissé en 22 ans et cette année avec la pandémie de la Covid-19, il y a eu un très fort impact négatif d’un point de vue économique.»
Il a ajouté que les dossiers du tiers-payant a aussi été abordé en exposant au ministre que cela a engendré une lourde charge administrative et financière sur les officines et qu’« actuellement elle est devenue insupportables parce que la marge n’as pas été améliorée, en plus de l’application des tarifs de référence qui a provoqué la chute des prix des médicaments. Avec pour conséquence une diminution de revenus et de bénéfices pour les pharmaciens d’officine. Tandis que les charges fiscales sont très lourdes ». Il met ainsi en exergue le fait que «pratiquement la majorité des officines sont liées du point de vue économique au tiers-payant et qu’il y a un très fort engagement social de la part des officines dans le cadre des conventions avec les caisses de sécurité sociale notamment la Cnas et la Casnos».
Il rappelle que la sécurité sociale a annoncé récemment que pratiquement le système du tiers-payant profite à plus de 35 millions d’Algériens à travers des assurés et leurs ayants droit, les malades chroniques, les retraités et les invalides.
Le président du Snapo explique ainsi que l’activité des officines est devenue totalement dépendante du tiers-payant et des conventions avec la Sécurité sociale. Les médicaments sont avancés aux malades assurés et que le paiement se fait à posteriori et toute la charge administrative a été transférée de la Sécurité sociale vers les officines.
A propos de « cette lourde charge administrative », Messaoud Belambri précise que « ce transfert nous a obligés à recruter du personnel et donc les charges ont augmenté. Le temps de travail a également augmenté car ce sont les pharmaciens qui sont chargés de la besogne d’établir les factures, de coller les vignettes, etc. Des actions qui prennent du temps et ont un coût. Nous avons aussi été obligés d’investir dans du matériel informatique car il faut au moins deux à trois ordinateurs par officine pour justement prendre en charge les assurés du tiers-payant. Ajouter à cela tout ce qui est consommables, les imprimantes et les lecteurs de carte Chifa». Sur ce dernier élément, notre interlocuteur tient à souligner que si, au départ de leur lancement, les lecteurs de carte Chifa coûtaient 4 500 DA, aujourd’hui, ils coûtent 15 000 DA.
Le président du Snapo insiste sur le fait que tous ces éléments inhérents au tiers-payant engendrent « des charges très lourdes et importantes pour les officines. Par conséquent, cela met une grande pression sur les pharmaciens d’officine sachant qu’en moyenne et par année, il y a 65 millions d’ordonnances traitées dans le cadre du tiers-payant».
Il a ajouté que cette « pression est d’autant plus énorme qu’il y a des risques de rejet ou des retours, d’erreurs, des ratures ou l’omission d’inscription de l’âge du malade, d’une griffe de médecin illisible… et qui allongent encore les durées de paiement de ces ordonnances ».
Le président du Snapo ajoute que, suite à l’audience accordée par le ministre des Finances, une réunion technique s’en est suivie avec la Directrice générale des impôts Amel Abdellatif en vue d’aborder l’économie et la fiscalité de l’officine ainsi que les problèmes spécifiques aux pharmaciens. Le Snapo a, dans ce contexte, présenté un certain nombre de propositions pour aider les pharmaciens dans leur exercice et de mener au mieux leur mission de santé publique. n