Pour commercialiser des médicaments psychotropes, les pharmaciens d’officine devront examiner attentivement les ordonnances qui leur seront présentées par les patients ou leurs proches. La prescription médicale qui leur sera présentée doit avoir des caractéristiques particulières désormais, afin d’éviter toute circulation frauduleuse de produits susceptibles d’être consommés comme des stupéfiants. Faute de quoi, ils risquent d’avoir de graves ennuis avec la justice.

Les pharmaciens d’officine ne pourront plus dispenser de médicaments ayant des propriétés psychotropes selon les procédures habituelles. Ces médicaments ne peuvent être dispensés que sur présentation d’ordonnance à souche, explique Messaoud Belambri, président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo). Ce pharmacien syndicaliste rappelle que les dispositions du décret exécutif 19-379 publié dans le Journal Officiel du 5 janvier dernier, fixant les modalités de vente, de contrôle administratif, technique et de sécurité des substances et médicaments ayant des propriétés psychotropes, seront applicables dès le 3 novembre prochain.
«Ces médicaments ne peuvent être dispensés aux citoyens par les pharmaciens que sur présentation d’ordonnance à souche, comme le stipule la réglementation en vigueur», avertit M. Belambri, rappelant que l’application de ce décret a été reportée de six mois pour permettre aux établissements publics et privés de disposer du temps nécessaire pour adapter les outils et les supports de gestion dédiés aux substances et aux médicaments ayant des propriétés psychotropes et se conformer aux dispositions du décret exécutif désormais en vigueur.
«On n’a pas pu mettre en place les dispositions pratiques d’application dudit décret pour des raisons liées à la conjoncture sanitaire. Et par crainte d’exposer les pharmaciens et médecins du secteur public et privé à des sanctions pénales, nous avons demandé de reporter l’application du décret en question», signale le dirigeant du Snapo. Il rappelle également que les médecins devront également se conformer aux dispositions du même texte de loi.
Le décret soumet les psychotropes à une réglementation rigoureuse et spécifique et ces médicaments ne pourront plus être délivrés par les pharmaciens sur présentation des ordonnances habituelles, mais uniquement et exclusivement sur présentation d’ordonnances à souche de couleurs différentes et portant un numéro de série», insiste-t-il à l’adresse des médecins du libéral et du public.

Un décret anti-risque pour les pharmaciens
Les ordonnances destinées aux psychotropes doivent répondre à certains critères. «Elles doivent être établies en trois exemplaires, de couleur rose, jaune et blanche, et contenir un numéro de série». L’exemplaire rose, indique M. Belambri, est gardé chez le médecin, le jaune chez le pharmacien, et l’exemplaire blanc sera gardé par le malade. Une disposition permettant de sécuriser et d’authentifier la prescription et qui met le médecin, le pharmacien et le malade à l’abri du risque des fausses ordonnances.
Pour rappel, le décret 19-379 porte sur toutes les opérations visant la traçabilité de ces substances et médicaments depuis la réception des matières premières jusqu’à la dispensation par le pharmacien d’officine ou le pharmacien hospitalier. Il exige des pharmaciens d’officine de disposer d’un registre des entrées pour enregistrer toutes les entrées et achats des psychotropes, la détention des documents relatifs entre autres au programme d’importation de la matière première, l’autorisation d’importation de la matière première ou du produit fini (certificat officiel d’importation), le registre des sorties des produits finis à partir de la matière première, le registre de ventilation, le registre des matières premières, déchets ou produits non conformes.
Avant l’élaboration de ce texte de loi, la vente de médicaments non-inscrits dans la liste de psychotropes, classée par la justice comme substance psychotrope, avait entraîné l’emprisonnement de plusieurs pharmaciens ayant vendu ces produits, provoquant un réel malaise dans la profession. Sur une liste répertoriant une centaine de DCI classés comme psychotropes dans le monde, une douzaine de produits sont inscrits sur le fichier national de médicaments à propriété psychotrope. n