Alors que la production américaine de brut est pour l’instant dictée par les industriels du pétrole de schiste, les marchés devront à plus long terme garder un œil sur les exploitations offshore, dès lors que l’administration Trump a déclaré son intention d’ouvrir la quasi-totalité des eaux littorales des Etats-Unis.

«Le processus va prendre du temps, et n’aura pas d’effet sur l’offre de pétrole dans les deux prochaines années, mais sur le long terme, il sera crucial», a prévenu Olivier Jakob, analyste au cabinet Petromatrix. En effet, jeudi dernier, l’administration Trump a fait cette annonce, par la voix du secrétaire d’Etat à l’Intérieur, responsable des ressources naturelles, qui a déclaré que son pays allait procéder à une relance massive de l’industrie pétrolière offshore du pays. 

« Nous allons devenir la superpuissance de l’énergie » a lancé Ryan Zinke en indiquant que Washington compte ouvrir à l’exploration pétrolière 90 % des zones maritimes américaines, progressivement à partir de 2019. La mesure, qui mettra plusieurs trimestres pour être mise en œuvre, s’accompagne de deux autres décisions importantes : l’autorisation des forages dans un sanctuaire de l’Alaska, l’Arctic National Wildlife Refuge ainsi que l’assouplissement des régulations techniques sur le forage en mer, qui avaient été adoptées dans la foulée de la catastrophe Deepwater Horizon d’avril 2010 dans le golfe du Mexique. Elle annule les dispositions de protection environnementale prises par l’ancien président Barack Obama, et permet aux industries pétrolières d’avoir les mains totalement libres pour relancer les activités offshores.
Ryan Zinke a précisé que les autorités américaines envisagent d’accorder 47 autorisations de forage sur une période de cinq ans, soulignant que les dispositions actuelles ne permettent l’exploitation que dans 6% des zones maritimes concernées. Sur les 47 licences, a-t-il dit, 19 seraient accordées au large des côtes de l’Alaska, 7 sur celles du Pacifique, 12 dans le Golfe du Mexique et 9 dans l’Atlantique. La réaction des milieux pétroliers a été immédiate : « étendre l’accès à des réserves maritimes supplémentaires va permettre aux Etats-Unis de mieux savoir où sont les potentialités de production et où le capital doit être investi », a, en effet, réagi l’Association des producteurs indépendants de produits pétroliers américaine (IPAA). Mais cette mesure a été immédiatement dénoncée par des organisations de défense de l’environnement. « Plutôt que d’écouter les gens qu’ils sont censés servir, Trump et Zinke écoutent les industriels qui ont financé leur campagne et composent leur administration », ont accusé les représentants démocrates et républicains des communautés littorales, les gouverneurs d’Etat comme le New Jersey, la Caroline du Nord et du Sud, la Virginie, la Floride, ainsi que les ONG. La décision de l’administration Trump concerne 90% des eaux côtières américaines qui abritent 98% des ressources encore inexploitées en pétrole et en gaz situées dans le domaine fédéral. Elle montre que le gouvernement fédéral s’impliquera moins dans le contrôle des puits.
Désormais, il appartiendrait aux industries pétrolières et non pas à l’Etat de déterminer si une installation est sécurisée ou non. Selon elles, la surveillance exercée par l’Etat fédéral n’était pas nécessaire car elles ont tiré les leçons de Deepwater Horizon qui a coûté à BP, le responsable de la plateforme qui a pris feu alors qu’elle était utilisée dans le creusement du puits le plus profond en off shore, 61,6 milliards de dollars de pertes et 18,7 milliards de dollars en pénalités et dommages et intérêts. Le drame avait fait 11 morts et provoqué une marée noire sur 180.000 kilomètres carrés.
En avril 2017, le chef de la Maison-Blanche avait signé un décret demandant de réexaminer les mesures accusées de « priver [le] pays de milliers et de milliers d’emplois potentiels et de milliards de dollars de richesse ». Avant Noël, il avait annoncé préparer des mesures d’assouplissement de certaines règles de sécurité.
La production américaine de brut, dopée par les nouvelles technologies d’exploitation du pétrole de schiste, est en nette progression depuis 2011. Après un léger repli lorsque les prix du pétrole avaient baissé sous les 30 dollars, les extractions sont reparties à la hausse à l’automne 2016 et atteignent désormais plus de 9,7 millions de barils par jour soit près de la moitié de la consommation du pays. <