Les pays de l’OPEP+, membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs dix alliés, ne sont pas réunis hier en sommet, contrairement à ce qui était prévu. Les membres de l’Opep élargie devaient entériner la décision d’augmenter chaque mois la production de brut de 400.000 barils/jour entre août et décembre 2021, soit un total de 2 millions de barils/jour remis sur le marché d’ici la fin de l’année. A l’origine de cette mésentente, les Emirats arabes unis qui veulent revoir leur niveau de production à la hausse.

Par Feriel Nourine
La réunion de l’Opep+ n’a finalement pas eu lieu hier, tel que prévu par les 23 pays de l’Opep et leurs dix partenaires dans l’alliance, vendredi dernier, après l’opposition des Emirats arabes unis à l’accord dégagé le jour-même.
Alors qu’il devait avoir lieu jeudi, pour dégager la démarche à suivre par l’Opep+ en matière de production pour le mois d’août, ce rendez-vous mensuel s’est heurté aux tractations très serrées qui n’ont pas tardé à se transformer en difficultés à aboutir à un consensus, puis à son renvoi pour la journée d’hier, à partir de 13H.
Sauf que la position d’Abu Dhabi était toujours en son état de vendredi et le refus des Emiratis, de suivre le consensus sur lequel il a été statué, sous la houlette de l’Arabie saoudite et de la Russie, ne changeait pas d’un iota, rendant les discussions de plus en plus difficiles à mener. Du coup, la réunion devenait impossible et son report sine die a fini par s’imposer aux ministres des pays concernés.
Un report qui a pesé sur les cours du pétrole en ce premier jour de la semaine. Après une légère hausse en matinée, les prix ont accéléré la cadence en fin de journée, avec un baril de Brent de la mer du Nord qui atteignait 77,16 dollars sur le marché londonien, alors que le WTI s’échangeait à 76,33 dollars à New York. Les deux références européenne et américaine gagnent respectivement 1,30% et 1,56% par rapport à la clôture de vendredi, affichant leur plus haut sur deux années et demie.
Ce qui s’est passé hier au sein de l’Opep+ est le résultat d’un scénario inédit dans les annales des relations très proches entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, mettant l’alliance dans une impasse. Ses pays se sont entendus, dès jeudi passé, à augmenter la production de 2 millions de barils par jour entre août et décembre, à raison de 400 000 barils par jour chaque mois. Une option qui n’a pas été du goût des Emirats, dont le PIB dépend à 30% des hydrocarbures, qui a d’ailleurs confirmé hier être à l’origine du blocage des négociations, estimant que l’accord était «injuste». C’est pourquoi, ils «réclament justice (…) pour l’après-avril» 2022, date d’expiration du cadre actuel, selon le ministre émirati de l’Energie Souheil al-Mazrouei.
«Il est déraisonnable d’accepter de nouvelles injustices et sacrifices. Nous avons déjà été patients», a-t-il ajouté auprès de Sky News Arabia, basée aux Emirats. Au cœur du différend se trouve la question du volume de production de référence, à partir duquel est calculé le quota de chaque pays. Pour le ministre émirati, le volume de son pays -fixé à 3,17 millions de barils par jour- devrait être revu à la hausse (3,8 millions de barils par jour) en cas de prolongation de l’accord. Cette demande a été rejetée par le ministre saoudien. «J’assiste aux réunions de l’Opep depuis 34 ans et je n’ai jamais vu de telles demandes», a déclaré le prince Abdelaziz à Al-Arabiya.
Le ministre saoudien a refusé de céder aux demandes d’Abou Dhabi en arguant notamment que la prolongation de l’accord en l’état jusqu’à fin 2022 était nécessaire pour la stabilité du marché. «C’est tout le groupe contre un seul pays», avait commenté dimanche le ministre saoudien Abdelaziz ben Salmane, interrogé par Bloomberg TV, tout en appelant dans une autre interview, sur la chaîne Al-Arabiya, à «un peu de rationalité et un peu de compromis».
Connues pour avoir lieu entre les deux géants saoudien et russe, les divergences opposent donc cette fois deux voisins et partenaires traditionnels dans la région du Golfe, faisant partie, de surcroît, de l’Opep. La stratégie proposée s’inscrit pourtant dans ce qui a fait la force de la politique du cartel depuis le mois de mai, à savoir rouvrir petit à petit le robinet d’or noir après l’avoir serré de manière très forte au début de la pandémie face à une demande moribonde.