Les cours du brut ont terminé en baisse vendredi dernier. Le Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre a lâché
55 cents, ou 1,2%, pour finir à 44,35 dollars. A New York, le baril américain, le West Texas Intermediate (WTI), pour le mois d’octobre, dont c’est le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, a perdu 48 cents, ou 1,1% à 42,34 dollars.

«La faiblesse observée sur la fin de la semaine est sans doute la conséquence des inquiétudes persistantes sur la croissance de la demande à long terme», estime le spécialiste Robbie Fraser de Schneider Electric. «Après un rebond assez rapide au cours des derniers mois, le fossé qui se maintient entre le niveau actuel de la demande et les niveaux habituels semble de plus en plus difficile à combler, et la situation pourrait ne pas se normaliser avant fin 2021 ou début 2022», avance-t-il.
Raison principale : la pandémie du Covid-19 et ses conséquences sur l’économie mondiale et la consommation de pétrole. Les derniers chiffres montrent un rebond de la pandémie dans certains pays d’Europe comme la France, l’Italie, l’Allemagne ou encore l’Espagne et pourrait à ce titre déclencher la ré-imposition de nouvelles mesures de restriction, avertissent les experts. La remontée du dollar, vendredi, a aussi pu peser sur les prix de pétrole dans la mesure où cela rend plus chers les barils vendus dans la devise américaine pour les acheteurs munis d’autres monnaies.
Après la réunion virtuelle des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs alliés, mercredi dernier, une autre mauvaise nouvelle est apparue sur le tableau des analyses : la difficulté pour certains membres de l’Opep+ comme l’Irak de compenser leur surproduction des mois précédents et cela est considéré comme une nouvelle négative par le marché aujourd’hui», ajoute-t-il.
En attendant que ces pays membres reviennent au respect de leurs engagements, l’Opep+ devrait compenser l’offre excédentaire de mai à juillet en réduisant sa production de plus d’un million de barils par jour pendant deux mois. Le volume à réduire équivaut 2,31 millions de b/j sur un mois, selon Reuters qui cite un rapport interne de l’Opep+.

Scénarios pour un marché dépendant de la crise sanitaire
«Ces réductions de rémunération ne concernent que les mois d’août et de septembre et elles s’ajoutent aux réductions de production actuelles des membres», ajoute l’agence de presse. Les réductions supplémentaires, si elles sont uniformément réparties, signifieraient que la réduction effective des approvisionnements du groupe serait d’environ 8,85 millions de b/j en août et septembre, déduit également la même source.
Les pays de l’OPEP+ qui compenseront leur surproduction ont jusqu’à la fin de la semaine prochaine pour soumettre leurs plans de production mis à jour pour août et septembre. En avril, l’impact du nouveau coronavirus sur les voyages aériens et routiers et d’autres domaines de l’économie mondiale a fait passer les prix de référence du pétrole en dessous de 16 dollars le baril. Les réductions de l’offre de l’OPEP+ et le lent rebond de l’activité économique avec une reprise progressive des transports ont conduit à un raffermissement des prix à un peu moins de 44 dollars vendredi. La propagation continue du virus menace les prévisions de reprise de la demande de pétrole. Le rapport montre que l’OPEP+ s’attend à ce que la demande de pétrole en 2020 diminue de 9,1 millions de b/j, soit 100 000 b/j de plus que dans ses prévisions précédentes, avant d’augmenter de 7 millions de b/j en 2021.
Cependant, il présente également un scénario alternatif dans lequel une deuxième vague d’infections plus forte et plus prolongée frappe l’Europe, les Etats-Unis, l’Inde et la Chine au second semestre. Selon ce scénario, la demande devrait baisser de 11,2 millions de b/j en 2020, ce qui porterait les stocks de pétrole commercial de l’OCDE au quatrième trimestre à 233 millions de barils au-dessus de la dernière moyenne quinquennale, selon le document de l’Opep+. Les stocks se situeraient à 250 millions de barils au-dessus de la dernière moyenne quinquennale en 2021.
Mercredi, à l’issue de la réunion de l’Opep+, le ministre algérien de l’Energie a commenté cette situation par un appel à un «optimisme prudent». Abdelmadjid Attar a estimé que «d’une part, la reprise économique est réelle, la demande pétrolière redevient croissante, et les stocks pétroliers mondiaux baissent. Mais que, d’autre part, la possibilité d’une seconde vague de la pandémie ne peut être exclue, avec des conséquences négatives sur l’activité économique et la demande pétrolière mondiales». <