L’Opep et ses partenaires, emmenés par la Russie, ont adopté, hier, à Vienne une « charte » pour pérenniser leur alliance, appelé également Opep+, à travers un mécanisme de «coopération permanente». Ils semblent ainsi avoir établi une stratégie cohérente, inscrite dans la durée. Il est tout à fait clair que le simple fait de conclure une telle entente aura de l’influence sur les marchés. En ces temps de turbulence des marchés, tous les pays formant cette alliance paraissent animés de la même volonté de travailler ensemble dans l’intérêt du groupe dans son ensemble.
Ils estiment que les règles du marché et le bons sens doivent faire bon ménage dans une conjoncture où la crise affectant l’économie mondiale (guerre commerciale, faiblesse de la croissance mondiale…) agit en premier lieu sur les fondamentaux du marché (offre, demande…). Le déséquilibre est significatif aujourd’hui entre une demande molle et une offre en hausse. La vraie menace à la cohésion des marchés vient de l’offre américaine en schiste. L’Opep et ses partenaires en sont conscients et veulent y faire face en rangs serrés. Ils savent que la convergence de vues entre les différents membres de l’alliance aura un poids de plus en plus important et significatif dans la prise de décisions en leur sein.
Et que cela leur facilite la tâche de pouvoir le faire. Comptant en son sein deux membres très influents sur la scène énergétique, en l’occurrence la Russie et l’Arabie saoudite, l’Opep+ sera désormais un acteur incontournable du marché.
Elle pompe la moitié du pétrole du globe. De fait, l’accord de coopération signé hier consolide le bloc face aux Etats-Unis, premier producteur de pétrole de la planète.
Il empêche aussi une marginalisation de l’organisation, selon le ministre saoudien de l’Energie, Khaled al-Falih. L’Opep seule, c’est moins de 30% de la production mondiale. L’influence de la Russie, grand exportateur, est bienvenue, a-t-il expliqué lundi dernier. La Russie est le deuxième pays producteur de brut derrière les Etats-Unis et devant l’Arabie saoudite. L’accord permet d’avoir une structure pour des rencontres fréquentes, réunions techniques, sommets pour coordonner plus étroitement les niveaux de la production commune et peser sur les prix. Ce rapprochement consacre l’ascendant pris par la Russie sur la politique de l’organisation au grand dam de l’Iran, qui s’était dit farouchement opposé à une coopération permanente, avant de finir par s’y rallier non sans réticence.
Présent à cette réunion, le ministre de l’Energie, vice-président de l’Opep, Mohamed Arakab, a qualifié de «grand succès », la réunion de la 176e conférence des pays de l’Opep. Il a ajouté que cet accord de coopération constitue un cadre de coopération à long terme. Cela, a-t-il dit, permettra d’ancrer cette coopération, de la structurer et d’attirer d’autres pays producteurs de pétrole. Arkab a, par ailleurs, expliqué que l’Algérie a joué un rôle important dans la recherche d’un consensus et dans l’élaboration du projet final. Il a, également, ajouté qu’il a été décidé de tenir la prochaine conférence de l’Opep les 5 et 6 décembre prochains à Vienne. Cela, a-t-il poursuivi, nous permettra d’évaluer à nouveau les conditions du marché pétrolier et de prendre les décisions idoines si c’est nécessaire. Il convient de rappeler que les membres de l’Opep s’étaient mis d’accord avec dix autres pays pétroliers, dont la Russie, le Mexique et le Kazakhstan, pour limiter leur production.
Sans surprise, l’ensemble de ces pays a également reconduit lundi, pour neuf mois, leur accord de décembre dernier visant à réduire leur offre cumulée de 1,2 million de barils/jour par rapport à leur production d’octobre 2018. Cette extension jusqu’à mars 2020 intervient, alors que les prix restent sous forte pression, entre une offre abondante alimentée par le boom du pétrole de schiste américain, et une consommation mondiale en berne sur fond d’essoufflement économique.<