On savait que le marché mondial du pétrole était très sensible aux questions et aux bouleversements politiques, mais on ne savait pas qu’il pouvait être considérablement impacté par l’effet d’un virus et de sa propagation ainsi que par les menaces qu’il fait peser sur la santé dans le monde.

Avec le virus qui s’est déclaré dans la métropole de Wuhan en Chine, une ville de plus de 50 millions d’habitants, et l’effet de tension qu’il exerce depuis plusieurs jours sur les grandes places de ce marché pétrolier, une autre page de l’histoire de l’or noir et sa vulnérabilité à des facteurs exogènes, autre que ceux de l’offre et de la demande, démarre bel et bien.
Selon les experts, cette épidémie de pneumonie virale qui s’est déclarée en Chine a un impact nettement plus lourd que celui de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) au premier et au second trimestre 2003. Elle a provoqué une grosse chute de tension sur les marchés pétroliers en proie à leur pire mois depuis mai 2019 à New York et novembre 2018 à Londres.
Les deux barils de référence, le WTI coté à New York et le Brent coté à Londres, ont subi une baisse de respectivement 16% et 12% depuis le début de l’année. Les cours avaient pourtant encore bondi il y a quelques semaines au pic des tensions entre l’Iran et les Etats-Unis. Mais « les prix du pétrole ont été extrêmement vulnérables à l’épidémie » du nouveau coronavirus, remarque pour l’AFP Craig Erlam, analyste du courtier en ligne Oanda. Plus elle « se propage, plus l’impact économique potentiel et l’impact sur la consommation de pétrole sont importants », ajoute-t-il.
A l’origine de ce phénomène, le ralentissement de l’économie chinoise, la deuxième au monde, auprès que les autorités à Pékin aient pris des mesures drastiques pour limiter la propagande du coronavirus. Sur la période du 15 au 22 janvier, les importations chinoises de pétrole ont plongé de près de 2 millions de barils par jour (mbj) par rapport à la moyenne de janvier 2019, et de 3 mbj par rapport au début de l’année 2020, ont constaté les analystes de Kpler qui surveillent les va-et-vient des tankers. Le bilan de la situation fait état de plus 250 morts et a dépassé celui de l’épidémie du Sras il y a dix-sept ans.
La croissance chinoise avait alors été amputée de 2% au premier et au second trimestres 2003, ont rappelé les analystes. En toute logique, «quand le moteur économique commence à avoir des ratés, le besoin en carburant chute », résume pour Reuters Naeem Aslam, un analyste de Avatrade.
L’ampleur des mesures de quarantaine imposées par les autorités chinoises ainsi que la suspension par de nombreuses compagnies aériennes de leurs liaisons avec le pays «posent un risque économique majeur» pour la Chine et l’ensemble de l’économie mondiale, ainsi que «pour la demande en pétrole», remarque Yujiao Lei, consultante pour le cabinet Wood Mackenzie. «Etant donné que les mesures préventives se concentrent principalement sur l’aviation et le transport public de passagers, la demande en kérosène sera la plus affectée », avance-t-elle. Au total, anticipe l’experte, la demande chinoise de pétrole pourrait diminuer de 250 000 barils par jour au premier trimestre.
Les pays producteurs
sur la brèche
En prenant en compte les autres pays, la demande mondiale sur la même période pourrait être amputée de 500 000 barils par jour. Ces perspectives d’une baisse de la demande surviennent au moment où l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) lutte pour soutenir des prix pétroliers déjà fragilisés par l’offre pléthorique d’or noir et la croissance mondiale qui ralentit. Le Brent s’est par exemple enfoncé sous la barre des 60 dollars le baril, un des seuils symboliques pour les analystes et une première depuis début novembre.
Interrogé par l’APS, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, a indiqué comme « très probable » l’avancée à février de la rencontre « afin que nous puissions trouver les moyens d’assurer l’équilibre du marché ». M. Arkab a déclaré que « des discussions sont en cours avec les pays de l’Opep et que des décisions seront prises dans les jours à venir».
« Il est très probable d’avancer, à février prochain, la rencontre Opep, initialement prévue au début du mois de mars, afin que nous puissions trouver les moyens d’assurer l’équilibre du marché », a-t-il ajouté.
L’Opep devait tenir deux réunions début de mars pour l’évaluation de la situation du marché durant le premier semestre de l’année en cours. Il s’agit de la réunion de la Commission ministérielle de suivi de la mise en œuvre de l’accord de Vienne, composée de 7 membres à savoir, l’Algérie, le Royaume d’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Irak, le Koweït, le Nigeria et le Venezuela en sus de deux pays non-membres, la Russie et le Kazakhstan. La deuxième est celle des pays de l’Opep.
«Nous avons des concertations continues avec les ministres de l’énergie des pays membres de l’Opep sur la situation et les moyens et mesures à prendre dans un proche avenir pour préserver le marché », a affirmé le ministre algérien de l’Energie, ajoutant que l’objectif étant la préservation de l’équilibre du marché ainsi que des prix adéquats tant pour le consommateur et que pour le producteur.
A une question sur la possibilité de prolonger l’accord portant baisse de la production au-delà du 31 mars prochain, M. Arkab a indiqué que «d’autres mécanismes existent, mais que tout est envisageable », soulignant que « l’Algérie est attachée à la coordination entre les pays de l’Opep et nous œuvrerons à un compromis pour mettre en place un plan d’action visant à réaliser l’équilibre du marché du pétrole ». La dernière réunion de l’Opep a été couronnée par la signature d’un accord d’accroissement des baisses de production du pétrole d’au moins de 500 000 barils par jour, soit un totale des baisses de 1,7 millions barils/jour par les Etats membres de l’Opep et leur alliés. Cette modification dans les baisses de production est entrée en vigueur au début du mois courant.
Vendredi, le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, s’est dit prêt à une rencontre « très rapidement si nécessaire». M. Novak a indiqué que l’épidémie pouvait «affecter à la baisse la demande» en hydrocarbures.<