En dépit d’une baisse de 8 cents, affichée par rapport à la clôture de vendredi, le prix du baril de Brent de la mer du Nord s’est maintenu hier en cours d’échanges européens au-dessus des 70 dollars, seuil que les cours de l’or noir n’avaient plus atteint depuis un mois.

Pour la journée d’ouverture hebdomadaire du marché, le Brent pour livraison en mai s’affichait, en effet, à 70,37 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, alors que dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude», pour la même échéance valait 65,64 dollars, après avoir perdu 24 cents par rapport à la clôture de vendredi.
Le Brent et le «light sweet crude» ont même gagné plus en valeur marchande en cours d’échanges asiatiques, s’établissant à respectivement 71,05 dollars et 66,55 dollars, soit leur plus haut depuis fin janvier, période qui avait vu les cours toucher des sommets depuis plus de trois ans, à 71,28 dollars pour le Brent et à 66,66 dollars pour le WTI.
Générée principalement par les tensions politiques qui ont automatiquement suivi la nomination, par Donald Trump, du néoconservateur John Bolton au poste très influent de conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, la remontée du baril pourrait bien se poursuivre dans un scénario qui n’augure pas d’une baisse de ces tensions perturbatrices de l’offre mondiale. John Bolton n’ayant jamais caché son hostilité au régime iranien, son intronisation à ce poste décisif a tout d’un nouveau durcissement de ton envers le troisième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qu’est l’Iran.
«Les tensions géopolitiques laissent présager de possibles perturbations de l’offre dans le futur proche, particulièrement du côté de l’Iran et du Venezuela», notent les analystes de JBC Energy.
La Maison-Blanche doit décider le 12 mai de continuer ou non à adhérer à l’accord sur le nucléaire iranien qui permet notamment au pays d’exporter son pétrole. «Si l’accord est rompu, le marché devrait grimper», a estimé Naeem Aslam, analyste chez Think Markets, qui souligne que les investisseurs qui parient sur une baisse des cours du pétrole n’ont pas été aussi peu nombreux depuis 2014.

La Chine lance ses propres contrats à terme
Sur un autre registre, la Chine a décidé de lancer hier ses propres contrats pétroliers à terme, une démarche à travers laquelle le premier importateur mondial de brut espère rivaliser avec le WTI new-yorkais et le Brent londonien, actuels baromètres de référence. Ainsi, les échanges sur ces contrats, libellés en yuans et accessibles aux investisseurs étrangers, ont débuté sur le Shanghai International Energy Exchange, division de la Bourse shanghaïenne des matières premières. En mettant à exécution un plan pour lequel il nourrit des ambitions depuis un quart de siècle, le géant chinois espère mieux peser sur les marchés énergétiques, et ce, en rivalisant avec le Brent et le «light sweet crude», deux types de pétrole brut, libellés en dollars et échangés respectivement à Londres et Wall Street, qui servent de référence commerciale absolue aux échanges mondiaux et déterminent les prix internationaux. Or, «il manquait un baromètre capable de refléter précisément les marchés asiatiques», plaide Gao Jian, analyste de SCI, cabinet chinois d’information sur les matières premières. Ce dernier considère que le contrat shanghaïen, concernant un brut «moyen sulfuré», serait «mieux adapté aux besoins chinois».
Mais l’objectif est surtout «d’accroître la capacité (de la Chine) à négocier sa facture énergétique», en intervenant plus directement dans la détermination des cours mondiaux, insistent les analystes de la firme chinoise ICIS.
La Chine est devenue, l’année dernière, premier importateur mondial de pétrole, après avoir dépassé les Etats-Unis, en atteignant le record de 420 millions de tonnes.
L’initiative chinoise pique la curiosité des investisseurs occidentaux sans vraiment convaincre : seuls 19 courtiers étrangers se sont enregistrés pour participer aux échanges, dont la quasi-totalité… basés à Hong Kong.
«Il y a davantage de curiosité que d’appétit», confirme à l’AFP Michal Meidan, analyste du cabinet Energy Aspects.